Le Tour des Flandres, plus qu'une course, un fleuron touristique flamand

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Oliver Naesen (AG2R La Mondiale) dans le Mur de Geraardsbergen lors de l'édition 2021.
Oliver Naesen (AG2R La Mondiale) dans le Mur de Geraardsbergen lors de la 102e édition du Tour des Flandres, le 1er avril 2018. | DIRK WAEM / AFP

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Reporté de quelques mois l'an passé en raison de la pandémie, le Tour des Flandres qui se court traditionnellement au début du printemps est de retour dimanche 4 avril. Devenue l'un des cinq "Monuments" du cyclisme mondial, cette course mythique s'est aussi transformée en un véritable moteur pour le tourisme et l'économie régionale.

Hawaï a le surf, l’Autriche a le ski, Liverpool a le football, et Los Angeles a le cinéma. Tout autour du monde, des villes - parfois des pays - s’appuient sur une industrie culturelle précise pour attirer les curieux et faire tourner l’économie locale. En Belgique, il y a bien sûr les villes d’art flamandes comme Bruges, Anvers ou Gand, les musées, les festivals de musique, le chocolat ou la bière, mais il y aussi - et surtout - la petite Reine. Pas celle qui vit au palais royal de Bruxelles, non, on parle bien de vélo et de l’une des plus grandes courses cyclistes : le Tour des Flandres. Fondée en 1913, cette course d’un jour escaladant les monts pavés est devenue tellement mythique en 104 éditions qu’elle fait aujourd’hui vivre le tourisme dans la région.

Une fête nationale officieuse

À chaque début de printemps, c’est la même rengaine : la Belgique s’enflamme pour sa semaine sainte. "Ce sont les Italiens qui l’appellent ainsi, elle désigne la période entre le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, avec Gand-Wevelgem en amont, le prix de l’Escaut. C’est comme une fête nationale des Flandres sur plusieurs jours", pose Laurent Stragier, guide conférencier belge, spécialisé dans l’histoire du cyclisme.

Sourire aux lèvres, il ajoute : "une année, on devait aller voter et ici en Belgique c’est obligatoire. Or, l’élection tombait le même jour que le Tour des Flandres, alors les bureaux de votes ont ouvert à 8h et il y avait une foule incroyable pour aller voter. Et dès que le départ a été donné, il n’y avait plus personne dans les bureaux de vote".

L’engouement ne se limite pas aux frontières du plat pays, ni même à celles du Vieux Continent. Par exemple, si les Américains ne savent peut-être pas placer la Belgique sur une carte, les fans de cyclisme outre-Atlantique connaissent le Vieux Quaremont, le Paterberg, le Koppenberg ou le mur de Grammont (quelques-unes des difficultés de la course).  "Il y a plusieurs événements sportifs internationaux en Belgique, mais en termes de public international la couverture médiatique du Ronde van Vlaanderen (nom flamand de la course) est la plus importante", affirme Dries Verclyte, de Visit Flanders.

Le Tour des Flandres, comme toutes les courses cyclistes flamandes, doit son existence à ses origines populaires, lorsque les ouvriers empruntaient ces mêmes chemins pavés pour aller travailler dans les usines des villes. De ce passé, la course a gardé son assise populaire dont elle tire son ambiance incroyable, ainsi que son charme, sur lesquels les autorités flamandes misent pour développer l’attractivité de leur territoire.

Le drapeau flamand s'est fait connaître le long des routes du Tour des Flandres.
Le drapeau flamand s'est fait connaître le long des routes du Tour des Flandres. © KRISTOF VAN ACCOM / AFP

"La région a investi ici, petit à petit le vélo est devenu un élément central de la vie quotidienne puis du tourisme. Il est aussi important que les villes anciennes et l’art flamand, voire peut-être plus important", avance Laurent Stragier, bien placé pour le savoir en tant que président des amis du musée national belge de la course cycliste. "Ce musée raconte l’histoire du vélo, toute son évolution, et l’histoire de la course cycliste via toute une série de maillots, de casquettes, d’affiches, de journaux, de livres", explique-t-il, tout en précisant que le fondateur du Tour des Flandres "habitait à 15 kilomètres d’ici. Le Tour des Flandres passe parfois ici, quand il part de Bruges". Mais son musée est loin d’être le seul. L’organisation du Ronde a même ouvert le sien à Oudenaarde, le point central d’une volonté claire de profiter de la notoriété de la course pour attirer des touristes.

L'exemple à suivre pour Roubaix

"Nous investissons ou nous nous associons à des événements tels que les courses cyclistes. Le Ronde est donc la plus grande mais dans une année normale, nous avons des courses tous les week-ends", explique Dries Verclyte, "Nous créons une offre touristique permanente autour de la course avec les musées KOERS de Roulers, le centre Tour des Flandres x-perience à Oudenaarde, le Centre Cycliste Sven Nys (à Trémeloir)", détaille-t-il, non sans oublier les nombreuses pistes cyclables.

À ces investissements institutionnels viennent logiquement s’ajouter des initiatives privées : auberges, hôtels, Airbnb. Et ça marche. Pourquoi ? Dries Verclyte répond : "L’avantage c’est qu’en tant que fan, vous pouvez pédaler sur les mêmes montées pavées, tout comme les coureurs professionnels. C’est un énorme avantage par rapport aux autres sports : il est très peu probable que vous puissiez jouer au tennis sur le court de Wimbledon ou au football au stade de Barcelone par exemple". CQFD.

Pour recréer l’expérience jusqu’au bout sans se fatiguer à suivre les panneaux des pistes cyclables, depuis 25 ans une course réservée aux cyclotouristes est même organisée la veille du véritable Tour des Flandres. Chaque année, 16 000 courageux - dont la moitié de Belges, seulement - viennent se frotter aux monts pavés. "Pour les amoureux de vélo, c’est très intéressant de venir sur cette semaine pour voir les courses, et participer à cette cyclo. On a dû limiter le nombre de participants à 16 000 tellement ceux qui veulent venir sont nombreux", apprécie Laurent Stragier. Si bien que les Flandres se sont imposées comme le lieux de pèlerinage incontournable des mordus de la pédale, qui traversent continents et océans pour y venir.  Sauf cette année, Covid oblige : "L'impact est énorme puisque les frontières sont fermées, nous n'avons pas de tourisme international", regrette Dries, qui apprécie toutefois que "faire du vélo ici est heureusement autorisé par groupe de quatre. Nous avons donc vu une énorme augmentation du nombre de Belges qui ont commencé le cyclisme". 
 
 "Depuis le 100e anniversaire de la Ronde van Vlaanderen en 2013, nous jouons de plus en plus la course flamande comme un atout touristique. Nous encourageons les passionnés de cyclisme du monde entier à venir découvrir le berceau des Flandriens. Vous ne pouvez pas vous appeler cycliste si vous n'avez pas pédalé au moins une fois dans votre vie sur la terre sacrée du Kapelmuur, du Kemmelberg, du Koppenberg ou du Kwaremont", défie Dries Verclyte.

Les coureurs dans le mur de Grammont lors du dernier Het Nieuwsblad en février 2021.
Les coureurs dans le mur de Grammont lors du dernier Het Nieuwsblad en février 2021. © MATTEO COGLIATI / AFP

La cible de ces appels du pied ? "Dans notre marketing, nous les appelons les MAMIL et WILMA : Hommes d'âge moyen en lycra et femmes en lycra d'âge moyen entre 35 et 55 ans", résume Dries Verclyte. En somme : des cyclistes amateurs courageux, qui ont le temps et les moyens de venir plusieurs jours dans les Flandres, avec leur vélo, pour pédaler. Et cela rapporte. Selon une thèse soutenue à l’université d’Anvers, on parle de 30 à 40 millions de retombées économiques annuelles pour le simple Tour des Flandres, provenant essentiellement du tourisme, de l’hébergement et du sponsoring. "Et ce n’est que le week-end de la course. Grâce aux investissements supplémentaires, nous sommes en mesure d'attirer les amateurs de cyclisme tout au long de l’année", se félicite Dries Verclyte.

Un succès qui fait quelques envieux de l’autre côté de la frontière, où un projet de musée sur le Paris-Roubaix est dans les cartons. "À Roubaix, il n’y a pas encore ce type d’infrastructures. Ça devrait être mieux indiqué, balisé, documenté. Il y a tout un mécanisme à mettre en place pour développer le tourisme", regrette Laurent Stragier, également guide de ce côté-là de l’Escaut, qui promet "Mais ça va changer. Il y a tout ce qu’il faut pour imiter ce qui se fait ici en Flandres".

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