Marc Madiot
Marc Madiot, le manager de la FDJ-Big Mat | JOEL SAGET / AFP

Le cyclisme français veut voir plus loin que l'affaire Armstrong

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Lucides et motivés, deux des managers les plus influents du peloton hexagonal, Vincent Lavenu pour AG2r-La Mondiale, et Marc Madiot pour la FDJ-Big Mat, ont profité de leur passage à Paris pour la présentation du Tour de France 2013 pour marteler leur discours concernant un cyclisme propre, au-delà du cas personnel de Lance Armstrong. Ils veulent aller au bout des autres affaires en cours et contribuer à rebâtir.

Ils figurent parmi les plus anciens managers du cyclisme professionnel et leurs voix comptent énormément au sein du peloton français. "Ils", ce sont Marc Madiot et Vincent Lavenu. A respectivement 53 ans et 56 ans, les patrons de la FDJ-Big Mat et d'AG2r-La Mondiale suscitent le respect de la part de leurs pairs et des coureurs pour leur implication depuis quelques années dans la lutte anti-dopage. Ayant compris avant bien d'autres que leur sport avait besoin d'une sérieuse remise en question, Madiot et Lavenu ont tenu à réagir aux conséquences de l'affaire Armstrong. Une affaire qu'ils jugent opportune pour reconstruire.

Lavenu: "Croire en l'avenir"

"L'affaire Armstrong a été mise à jour. Tout le monde a bien compris qu'il a triché. Il va être puni, enlevé des palmarès. OK, on balaye. Ca ne veut pas dire qu'on oublie, mais il faut passer à autre chose", a ainsi lâché Vincent Lavenu. "Il faut croire en l'avenir. Si je suis là, c'est parce que j'aime ça", a-t-il poursuivi. "Au travers de l'affaire Armstrong, je me dis: "Tu es dans le vélo depuis si longtemps et pourtant tu le connais si peu. Bien sûr qu'il y avait des soupçons, ce n'est pas une surprise en soi. Mais l'organisation mise en place, la corruption à tous les niveaux pour organiser ça, c'est…pfff". Il n'a même pas terminé sa phrase. 

"Maintenant, on n'est sûr de rien. Mais je ne pense pas que ça revienne, en tous cas pas à ce niveau-là. Je pense qu'il y aura toujours des individus qui auront envie d'aller au-delà de leurs possibilités. Et je ne parle pas d'argent. Je parle d'ambition sportive démesurée, d'égo. Des gens qui veulent aller au-delà parce qu'ils pensent que certains font la même chose à côté donc ils veulent y aller. L'argent vient après", a-t-il expliqué.

Madiot: "Régler les affaires Padoue et Puerto"

Même son de cloche du côté de Marc Madiot qui s'est félicité de l'épilogue de l'affaire Armstrong. "Même les plus grands peuvent être attrapés. Cela a été le cas ces derniers jours. J'espère que ça va apporter un peu de réflexion à quelques-uns d'entre nous. Mais ce n'est pas qu'une histoire de faire le ménage, c'est surtout un changement de philosophie", a-t-il confié. "Il faut maintenant une prise de conscience générale: les patrons, les coureurs, l'encadrement des équipes, les médecins. Tout le monde". 

Selon lui, "les pouvoirs sportifs comme ASO ou l'UCI, les pouvoirs publics, ont également un rôle à jouer. Il faut aller au-delà de cette sale affaire. Il faut par exemple aller au bout de l'affaire de Padoue dont on entend peu parler en France mais qui me semble pour le vélo plus importante que ne l'était l'affaire Armstrong. L'affaire Armstrong, c'est un immense coup de projecteur médiatique sur la lutte anti-dopage. Mais Armstrong, qu'il soit encore ou non dans les palmarès, c'était déjà le passé. Tant qu'on n'aura pas été au bout dans les affaires Padoue* et Puerto*, on n'aura pas réglé le problème".

Puis il s'est penché sur le futur: "A la FDJ, on a de jeunes coureurs de grand talent, Pinot, Démare, Bouhani. On est résolument tourné vers l'avenir. On sait qu'on a les bons ingrédients pour être parmi les meilleurs dès le prochain Tour de France". Sans craindre la fuite des sponsors que d'aucuns redoutent: "Les sponsors comme ceux de la Française des Jeux sont des sponsors engagés. Ils ont une grande participation à la vie de l'équipe dans tous les domaines, éthiques, financiers, gestion de l'encadrement. On n'a pas connu les mêmes difficultés que Rabobank par exemple (NDLR: la formation batave arrête fin 2013). Moi je suis confiant dans nos prochaines saisons".

* L'Affaire Fuentes dite Puerto est un scandale de dopage qui touche, entre autres, le cyclisme professionnel au printemps 2006. D'autres sports comme le football et le tennis seraient concernés. Puerto est le nom de code de l'opération de dopage organisé par le docteur Fuentes.
* L'Affaire dite de Padoue concerne un système de dopage organisé avec au sommet de la pyramide le docteur Ferrari. Ce dernier est tout simplement l'homologue du docteur Fuentes, impliqué dans l'affaire Puerto en Espagne.

Madiot pas content qu'on lui reparle de Bassons

A la question: "Marc, regrettez-vous rétrospectivement d'avoir dit à Christophe Bassons (le chantre de la lutte anti-dopage à la fin des années 90) de se taire face à Armstrong?", le manager de la formation FDJ-Big Mat a répondu de façon très sèche: "Non. Pas du tout. L'histoire a été interprétée et mal écrite. Je n'ai jamais demandé à Bassons de se taire. Je lui ai demandé, tout en s'exprimant, d'être coureur cycliste. Il y a une nuance. Il était d'abord et avant tout coureur cycliste. Il avait un dossard dans le dos. Il était en bonne santé, il allait très bien physiquement. Après, que psychologiquement il ait été perturbé par tout ce qu'il se passait, je veux bien l'entendre, mais il était coureur cycliste. Sinon il fallait qu'il change de métier, qu'il pose le vélo et devienne journaliste ou consultant. Moi je l'avais mis au départ du Tour parce que c'était un bon cycliste, qu'il pouvait apporter une parole et pouvoir s'exprimer pendant le Tour, ça faisait aussi partie de ses qualités. Mais il était aussi coureur cycliste avant d'être quelqu'un qui s'exprime. C'est là où il y a eu un malentendu à mon avis. Mais je ne l'ai jamais empêché de s'exprimer. Il ne faut pas tout mélanger".