L'absence de Bardet et d'Alaphilippe aux Championnats de France est-elle compréhensible ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Charles-Antoine Nora
Alaphilippe

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Amputé de deux grosses têtes d'affiches tricolores, les Championnats de France de cyclisme sur route n'ont pas la même saveur. Romain Bardet et Julian Alaphilippe préfèrent se concentrer sur l'objectif Tour de France à une semaine du grand départ. Leur absence sur cette édition 2019 en Loire-Atlantique soulève quelques questions. 

Les Championnats de France se veulent "la grande fête du cyclisme français" comme aime le rappeler Michel Callot président de la Fédération Française de Cyclisme. La course en ligne se tiendra dimanche 30 juin sur un parcours sinueux de 252 kilomètres entre les vignes. Depuis cette année le règlement rend obligatoire la participation au Championnat de France. Une obligation dont se sont exemptés Romain Bardet et Julian Alaphilippe. Les deux têtes d'affiche ne seront pas du voyage en Loire-Atlantique. Les deux Français préfèrent se focaliser sur l'objectif Tour de France. Eux qui peaufinent et affinent leur préparation pour la plus grande course du monde. Distance, manque d'ambition, Tour de France. Les raisons sont nombreuses et compréhensibles alors que la participation avait été rendue obligatoire sans que le règlement ne prévoit de sanction, cette année. 

Alaphilippe, numéro un esseulé

Cette version 2019 avait l'air pourtant attrayante. Un profil ponctué de quelques difficultés qui aurait pu seoir parfaitement aux qualités du numéro un mondial actuel. Julian Alaphilippe, un numéro un sur le papier bien esseulé. Ne disposant (pour une fois) pas d'une grosse force de frappe au sein de sa formation Deceuninck Quick-Step, le coureur de 27 ans n'aurait pu compter que sur l'aide de Rémi Cavagna (Florian Sénéchal étant blessé). La situation paraissait mal embarquée à deux, face aux grosses armadas FDJ-Groupama (21 coureurs), AG2R La Mondiale (18 coureurs) ou Cofidis (15 coureurs). Alaphilippe qui avait la pancarte de l'homme à battre avait pourtant sa à carte jouer. Ses adversaires ne pourront que se consoler de son absence.

Bardet, une décision rationnelle 

On pourra plus facilement pardonner à l'Auvergnat, deux fois sur le podium du Tour en 2016 et 2017, de ne pas être de la partie dimanche. Romain Bardet, leader d'AG2R La Mondiale peaufine sa préparation dans les Alpes après un Critérium du Dauphiné sans réelle forme. Cette année on attend beaucoup de lui et de son compatriote Thibaut Pinot pour le classement général. Le Tour de France passe t-il avant le Championnat de France ? Oui. Un Grand Tour se prépare sur des mois, des longues semaines de préparations minutieuses et de reconnaissances nécessaires. La course de dimanche aurait pu faire partie de celles-ci, mais sur ce type de parcours, Bardet ne peut nourrir de grandes ambitions.

L'exemple Groupama-FDJ ?

La Groupama-FDJ fait office de bon élève en la matière. Thibaut Pinot, un autre ambitieux de la Grande Boucle sera au départ dimanche. La formation de Marc Madiot, également président de la Ligue nationale de cyclisme (LNC), et son artillerie lourde peuvent surtout viser un 4e titre de champion de France de suite. "Il y a le maillot tricolore au bout, il y a toute une histoire derrière cette course, cela fait partie de l'ADN de notre sport." souligne Madiot à L'AFP. Madiot a fait des couleurs bleu-blanc-rouge, l'emblème du maillot de sa formation. Un véritable porte-étendard du cyclisme français donc. "Normalement, quand on est coureur cycliste, venir aux championnats de France ça coule de source", a t-il ajouté. Des arguments cocardiers qui prendraient le pas sur les objectifs de la saison ? Pourtant en 2017 et après un Giro éprouvant terminé à la 4e place, Thibaut Pinot préférait se reposer en vue du Tour après avoir pris part au Championnat de France de contre-la-montre.

"Rencontrer, écouter les coureurs"

Certes une course de plus dans les jambes aurait pu être bénéfique à l'aube du Tour. Mais à l'inverse, se déplacer sur les Championnats de France peut entamer le capital fatigue. Ce n'est pas la distance de 252 kilomètres qui pèse, mais surtout le fait de ne pas avoir à se déplacer. L'économie d'un voyage, et de toutes les obligations qui y sont liées, dans une saison trop souvent rythmée par des déplacements incessants, est importante pour favoriser le repos physique et mental. Une équation qui parait logique à une semaine du départ du Tour en Belgique. 

Le choix du coureur est compréhensible, la réaction de la Fédération Française de Cyclisme (FFC)  aussi. Ce vendredi, la FFC en collaboration avec la LNC a publié un communiqué de presse. Un groupe de travail voit ainsi le jour pour "rencontrer, écouter les coureurs et proposer des règles de participation et points réglementaires clairs et applicables dès l’édition 2020". Un traitement des coureurs au cas par cas ou une obligation commune de participation pour chaque coureur, comme c'est le cas dans beaucoup d'autres pays ?
Difficile de pousser chaque coureur à participer aux championnats de France à une semaine de la plus grande épreuve cycliste du monde, une place dans le calendrier, compliquée à gérer pour certaines équipes. Difficile aussi de rester sur "une obligation indicative et non-sanctionnable". La norme doit vite évoluer pour éviter pareille polémique à l'avenir.