Lance Armstrong en jaune
Lance Armstrong en jaune sur le Tour de France | JOEL SAGET - AFP

Grandeur et décadence pour Armstrong

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La décision de Lance Armstrong de ne pas poursuivre le bras de fer avec l'Agence américaine antidopage (Usada) est lourde de conséquence. Le Texan se voit dépossédé de tous ses résultats depuis le 1er août 1998. Une nouvelle qui fait l'effet d'une bombe. Armstrong n'est plus septuple vainqueur du Tour. Retour sur une carrière loin d'être ordinaire.

Un début de carrière en fanfare

Lancer Armstrong passe professionnel en 1992 sous les couleurs de l'équipe Motorola. Loin de l'image de coureur de Grand Tour de sa deuxième partie de carrière, le jeune américain est alors un "baroudeur" un peu insouciant qui n'hésite jamais à se lancer dans des raids au long cours, pas souvent conclus par un succès. Mais petit à petit, il va apprendre la patience jusqu'au "sommet" d'Oslo en 1993. Il y devient Champion du Monde sur route au nez et à la barbe du grand Miguel Indurain, déjà vainqueur de trois Tours de France. La même année Jan Ulrich devient Champion du Monde amateurs. Les deux hommes ne savent pas encore qu'ils deviendront rivaux quelques années plus tard sur les routes françaises. Deux ans plus tard, sur les routes de la Grande Boucle, Lance Armstrong va écrire l'une des pages les plus émouvants de sa carrière. Le 18 juillet 1995, son coéquipier et ami, Fabio Casartelli décède après une chute dans la descente du Portet-d'Aspet. Deux jours plus tard, le Champion du monde 1993 remporte l'étape qui mène les coureurs à Limoges, en levant un doigt vers le ciel au moment de passer la ligne d'arrivée. Formidable coureur d'un jour, il remporte la Clasica San Sebastian en 1995 et la Flèche Wallone en 1996. L'année suivante est celle de sa révélation sur les courses à étapes, 2e de Paris-Nice, on lui prédit déjà un avenir doré sur les grandes courses s'il perd un peu de poids. Mais en octobre, les médecins lui diagnostiquent un cancer des testicules. C'est un tout autre combat qui débute pour lui. Un combat qu'il rempotera. L'Américain est de retour sur le vélo en 1998.

L'impensable come-back

Avant le Tour 1999, Armstrong se teste sur la Vuelta l'année précédente. Étonnant en montagne, faisant jeu égal avec Abraham Olano, champion du monde de la spécialité, en contre-la-montre, le Texan prend la 4e place de l'épreuve. "Il revient de si loin que vous ne pouvez pas vous empêcher de l'admirer" lâche Laurent Jalabert au sortir de ce Tour d'Espagne. En 1999, chose impensable jusqu'alors, il domine le Tour de France de la tête et des épaules. Mais déjà, des soupçons de dopage pèsent sur lui. Au matin de la première journée de repos, Le Monde révèle que le futur vainqueur a été contrôlé positif à un corticoïde au soir de la première étape. Panique à l'US Postal qui réussit à sortir une ordonnance, antidatée disent certains, pour justifier la présence de cette substance dans le corps du champion. Armstrong nie s'être dopé et remporte sa première Grande Boucle. La première d'une longue série. Sept au total. Ulrich, Basso, Kloden, Beloki, Pantani, Virenque, Zülle, tous ces coureurs s'inclinent devant les qualités exceptionnelles de celui qu'on surnomme alors "le Boss". Aérien en montagne, surpuissant en contre-la-montre, Armstrong est le prototype idéal du coureur de Grand Tour. Sa seule faiblesse réside dans sa résistance à sa chaleur. Pas suffisant néanmoins pour le faire perdre. Comme dans ce fabuleux Tour 2003 qui le voit chahuter par Ulrich, Vinokourov et Iban Mayo. Peut être la seule édition où l'on a vu le Texan fragile. Sa domination outrageuse et celle de son équipe, son arrogance, son amour exclusif pour le Tour, aux dépends des autres grandes courses du calendrier, font d'Armstrong un coureur controversé. Pendant tout son "règne", il a dû faire face aux accusations de dopage. Accusations qu'il a toujours réfutées. Mais en 2005, un mois après l'annonce de sa retraite, L’Équipe révèle que six échantillons de son urine, prélevée en 1999, contiennent de l'EPO. Le début de ses ennuis judiciaires mais le Texan n'en a que faire. Il fera même son retour à la compétition en 2009 pour prendre la 3e place d'un Tour remporté par Alberto Contador. Égalant du même coup le record du nombre de podium dans l'épreuve, détenu par Raymond Poulidor (8).

L'autre bataille

Du temps de sa splendeur, l'Américain ne cesse de répéter que c'est sa lutte contre le cancer qui lui a donné la force de gagner sept Tours de France. Malgré tout, dès 2005, de nombreuses voix s'élèvent pour le dénoncer. Notamment celles de ses anciens coéquipiers, Floyd Landis ou Tyler Hamilton qui l'accusent de s'être dopé et de les avoir forcés à se doper quand ils évoluaient à ses côtés. A la suite de ces témoignages, une enquête fédérale est diligentée aux États-Unis mais elle est arrêtée en février dernier. Quatre mois plus tard, c'est l'Usada qui annonce l'ouverture d'une procédure contre le coureur. Armstrong tente un ultime recours, arguant que l'agence américain antidopage n'est pas compétente pour le juger. Recours rejeté. Las de se battre, il annonce qu'il tourne la page et qu'il renonce à batailler avec l'Usada. Celle-ci décide dans la foulée l'annulation de tous ses résultats depuis le 1er août 1998 et sa radiation à vie du cyclisme professionnel.

Clap de fin sur la carrière du coureur le plus controversé de l'histoire du cyclisme. D'abord, chasseur d'étapes et de classiques, sa métamorphose en boulimique de Tour de France a surpris tous le landernau de la petite reine. Il laissera à n'en pas douter une trace dans l'histoire du cyclisme. Une trace indélébile. Celle d'un champion qui en 15 ans aura tout connu. La maladie, la gloire et la chute.