Nairo Quintana, Movistar, 05/2014
Nairo Quintana en action | YUZURU SUNADA

Quintana favori sur le Tour d'Italie

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Deuxième du Tour de France l’an dernier, le grimpeur Nairo Quintana a choisi de faire l’impasse cet été pour s’aligner sur le Giro (9 mai -1er juin). Sur les routes italiennes, le Colombien fera figure de grand favori. A condition de bien gérer son statut de leader de l’équipe Movistar, une nouveauté pour lui, et de résister aux assauts de Rodriguez et Uran, ses deux principaux concurrents.

En Colombie, Nairo Quintana est une idole. Pour rejoindre le monument Luis Herrera, il doit gagner un grand tour. En 1987, le grand Lucho plaçait définitivement le pays cafetero sur la carte du cyclisme mondial en remportant la Vuelta. Un an plus tard, son compatriote Fabio Parra s’accrochait à la troisième marche du podium sur le Tour de France. En  1993, Alvaro Mejia terminait quatrième. Depuis, hormis les éclairs Santi Botero et Mauricio Soler, meilleurs grimpeurs des éditions 2000 et 2007 de la Grande Boucle, distinction couplée à une 7e place finale pour le premier, le pays au drapeau jaune, bleu et rouge n’avait plus voix au chapitre de la petite reine. Jusqu’à l’année dernière. Sur le Tour d’Italie, Rigoberto Uran, dauphin de Nibali et Carlos Betancur, 5e, ravivaient la flamme.

Leader d'équipe et Tour d'Italie, deux découvertes

Une mise en bouche avant le grand festin. Deux mois plus tard, Nairo Quintana s’invitait à la table des grands. Vainqueur au sommet du Mont Semnoz lors de la 20e étape, le petit colombien de 23 ans terminait dans la roue de Froome sur les Champs-Elysées, devant Rodriguez et Contador... Le meilleur classement d’un "scarabée", surnom donné aux grimpeurs colombiens dans les années 80, sur la plus prestigieuse des courses à étapes du monde. Un résultat qu’il ne pourra pas améliorer cet été. " Je ne crois pas que prendre Nairo, à son âge, sur ce Tour de France, avec la pression de faire mieux que l’an dernier, soit le choix le plus intéressant pour sa progression, s’est justifié le manager général de Movistar Eusebio Unzue. Je préfère que dans sa phase actuelle de formation il connaisse le Giro. Ce sera une course intéressante pour qu’il progresse dans plusieurs secteurs. Pour la première fois, il devra assumer dès le départ le rôle de leader de l’équipe dans un Grand Tour."

Titulaire de ce statut sur la course italienne en 2011, Igor Anton cède volontiers le flambeau à son coéquipier. "Nairo est un leader incontestable et une valeur sûre pour l'équipe. Il est le présent et le futur de la formation, assure le coureur espagnol au site Biciciclismo. Il a les pieds sur terre. J'étais avec lui sur Tirreno et le Tour de Catalogne. Il est très exigent, il veut toujours aller plus vite, ce n'est jamais suffisant." Vainqueur du Tour de San Luis en début de saison, la "perle de Boyaca" a prouvé qu’il n’était pas un feu de paille en terminant deuxième de la Tirreno-Adriatico derrière Contador et cinquième du relevé Tour de Catalogne, gagné par… Joaquim Rodriguez. "Purito" ayant également opté pour le Giro plutôt que pour la Grande Boucle, il sera l’un des concurrents les plus sérieux de Quintana pour la victoire finale. "Ça ne me dérange pas d’être battu. Cela arrive. Parfois, je les ai battus et maintenant ils me battent, nuance le Colombien sur le site Cyclism’Actu. Je dois bien m’entraîner, notamment en altitude, pour atteindre mon meilleur niveau que j’aurai besoin de maintenir jusqu’au Giro." Pour peaufiner sa préparation, le frêle grimpeur de 56 kilos (pour 1,67 m) est retourné s’isoler au pays avec son équipier Jonathan Castroviejo. Une tactique payante sur le Tour de France l’an passé.

Purito Rodriguez: "Quintana, l'homme à battre"

A la tête "d’une équipe construite pour le soutenir afin de lutter pour le podium", selon son manager Eusebio Unzue, Nairo Quintana prendra le départ de son troisième grand tour après la Vuelta 2012 (36e) et le Tour de France 2013 (2e et meilleur grimpeur). Une inexpérience que craint Unzue : "Il n'a aucune expérience du Giro et c'est très particulier. Encore plus que dans les autres grands tours, la course peut se gagner ou se perdre n'importe où. Chaque étape est imprévisible." A l’aise dans les forts pourcentages et les longues ascensions, le jeune prodige trouvera toutefois dans cette édition du Tour d’Italie un terrain de jeu idéal puisque dix arrivées d’étapes seront jugées au sommet. "Je pense que je peux le gagner, mais je dois être prudent, affirme-t-il à Biciciclismo. Mes adversaires seront au départ avec la même ambition."

Une retenue que l’on retrouve chez le manager de la formation espagnole : "Gagner ? Après sa deuxième place du Tour, il est prêt pour y parvenir mais nous n'oublions pas que c'est la  première fois qu'il aura de telles responsabilités dès le départ." Comme son compatriote Rigoberto Uran et Joaquim Rodriguez, le joyau colombien de 24 ans tentera de conquérir une première victoire dans une course majeure. "C’est un fort caractère, il est intelligent, il comprend tout de suite les choses, confie Eusebio Unzue. Et avec un peu plus d’expérience, deux ou trois Grands tours de plus dans les jambes, il sera parmi les plus forts." En attendant la couronne, Purito Rodriguez lui a déjà tressé des lauriers en le désignant "homme à battre" dans la botte.

Jerome Carrere