Vincenzo Nibali (Astana)
Vincenzo Nibali (Astana), nouveau leader du Giro | AFP - LUK BENIES

Nibali, le panache et l'instinct

Publié le , modifié le

A l'opposé des tenants d'un cyclisme scientifique, Vincenzo Nibali incarne le coureur d'instinct, qui a su gravir les échelons jusqu'à sa magistrale victoire dans le Giro, dimanche, à l'âge de 28 ans.

Le brun Sicilien né à Messine est un homme calme, dont la voix posée cache  un fond de timidité. Il désamorce les débuts de polémiques, comme pendant le  Giro 2010 au fil de sa cohabitation avec Ivan Basso, respecte tout un chacun,  insiste sur les valeurs familiales et privilégie le "made in Italy." Par-dessus tout, il est Sicilien et se réclame de sa terre natale, porteuse  de tant de clichés et de préjugés. Il rappelle volontiers son enfance dans une  famille modeste, ses premières émotions cyclistes quand il accompagnait son  père, Salvatore, un ancien coureur amateur qui tenait un petit labo de  photos-vidéos. "J'ai couru trois ans, des années extraordinaires. Mais, pour grandir et  pouvoir devenir un jour coureur professionnel, j'ai dû quitter la Sicile",  raconte-t-il. Il part alors pour la Toscane et termine son adolescence dans une  famille d'accueil, les Franceschi, avec laquelle il est resté en contact: "Ils  m'ont aidé à devenir ce que je suis".

Descendeur éblouissant

Médaillé dans le contre-la-montre des Championnats du monde juniors (2002)  puis espoirs (2004), Nibali a très vite été perçu comme un champion en devenir  par les observateurs. Ils étaient intéressés par ses qualités en côte, et  éblouis surtout par son aisance diabolique dans les descentes et son  tempérament offensif sous les couleurs de l'équipe Liquigas, qu'il a quittée  fin 2012 pour rejoindre la formation kazakhe Astana. "J'ai toujours aimé attaquer, je ne suis pas rapide au sprint et je n'ai  pas d'autre choix. Je suis prêt à saisir la moindre occasion", reconnaît-il.  Comme dans Tirreno-Adriatico, en mars dernier, quand il sut tirer parti des  conditions météo détestables -et aussi de côtes très raides- pour pousser à la  rupture le Britannique Chris Froome. Deux mois plus tard, il a fait de même à  l'égard d'un autre Anglais, Bradley Wiggins, dans ce Giro.

Orgueilleux, déterminé, tenace ("il en faut beaucoup pour me décourager ou me faire changer d'avis", dit-il), le grimpeur de Messine, surnommé "le Squale  du détroit", a su enrichir un palmarès qui comporte désormais, en première  ligne, deux grands Tours (Vuelta 2010, Giro 2013). "Mon objectif absolu, c'est de gagner chacun des trois grands Tours",  confiait-il au journal français L'Equipe l'été dernier. Il n'en reste plus  qu'un... Mais, pour l'année 2013, son prochain grand rendez-vous est fixé au 29  septembre, à Florence. Ce sera le Championnat du monde, en Toscane, sur un  parcours qui, dit-on dans son pays, devrait lui convenir.

AFP