Bradley Wiggins
Bradley Wiggins | ANSA/MAXPPP

Bradley Wiggins, c’est dans la tête

Publié le , modifié le

La première semaine du Tour d’Italie n’a pas été toute rose pour le favori de l’épreuve, Bradley Wiggins. Déjà relégué à 1’16" de son principal concurrent, Vincenzo Nibali, le Britannique est toujours dans le coup avant les très grandes étapes de montagne mais semble à la peine dans cette entame qui convenait pourtant à son profil. Et le problème est sans doute moins d'ordre physique que psychologique.

Vendredi, veille du contre-la-montre individuel censé lui permettre d’enfiler la tunique rose, Bradley Wiggins s’emmêlait les pédales. Sous la pluie et sur d’étroites routes glissantes, le leader du Team Sky, en difficulté toute l’étape, traversait un mauvais jour avant de chuter dans la dernière descente. Déjà décroché, "Wiggo" mettait un temps fou à se relever, avant de repartir groggy, comme sonné par sa glissade, incapable de se relancer seul, obligé d’attendre ses coéquipiers pour repartir du bon pied. Mardi déjà, il était étrangement piégé dans une cassure et perdait 17 secondes au général.

Après ces sept premières étapes compliquées, le Britannique espérait se remettre en confiance dans sa grande spécialité. Sur 55 km, samedi, il était pourtant bousculé en son royaume, auteur d’un bon chrono mais inférieur à celui de son compatriote Alex Dowsett, et surtout insuffisant pour grignoter le retard qui le sépare déjà de Nibali. Loin de survoler la course comme il l’espérait, le champion olympique limite la casse.

« Un blocage mental »

Hier encore, arrivé dans le même temps que l’Italien, il est apparu fatigué, à la traîne et gêné par la météo chaotique. Plusieurs fois détaché du groupe maillot rose, Wiggins a encore dû se reposer sur ses équipiers pour raccrocher ses rivaux – un effort de 20 kilomètres – et ne pas perdre de temps supplémentaire. Mais s’il essaye de se rassurer en expliquant que malgré toutes les galères subies, n’être qu’à 1’16 du leader n’est « pas si mal que cela », il y a clairement un hic. On évoque notamment des soucis gastriques. Mais pour Giovanni Visconti, le puncheur italien de l’équipe Movistar, ce souci est d’abord psychologique.

« Je courais juste derrière lui. Il négociait très mal les descentes. Ses jambes vont bien, mais c’est désormais dans la tête, il a un blocage mental », déclarait-il hier. Une analyse valable, car depuis le début du Giro, Wiggins roule régulièrement au ralenti, déconnecté, jamais dans les bons coups, souvent en péril. Tout est dans l’attitude : la tête bringuebalante, les mains cramponnées sur les freins dans les passages techniques, le visage marqué par la fatigue et l’inquiétude. Une image contrastant avec les propos du coureur, qui estime que « physiquement, je suis aussi bon que je l'ai jamais été ».

Directeur de la formation britannique, Dave Brailsford refuse de paniquer, se permettant même de lancer qu’il « n’y a jamais eu le moindre problème » concernant son leader sur le Tour d’Italie. « Bradley y est allé prudemment dans cette descente et avait confiance en la capacité de ses coéquipiers de le ramener ensuite au contact ».

Wiggins doit passer à l’attaque

Pourtant, la forme du dernier vainqueur du Tour de France, annoncée suspecte avant le Giro, est de moins en moins rassurante, et le patron de Sky ne manquera sans doute pas de lui rappeler qu’il n’aura pas de seconde chance cette saison, car le boss de la Grande Boucle s’appellera bel et bien Chris Froome. Une décision logique, au terme d’un long feuilleton frustrant pour le Britannique, qui avait plusieurs fois scandé son désir de faire le doublé Giro-Tour en 2013.

Wiggins, qui imaginait sans doute aborder la montagne en rose, a douze étapes pour faire taire ses détracteurs. Sauf qu’au lieu de défendre comme il sait si bien le faire, il doit désormais passer à l’offensive, quitte à prendre des risques. Une situation insolite inversant les rôles annoncés entre Sky et Astana, qui devraient se livrer une jolie bataille dans le final épique du Giro 2013. De bon augure pour le spectacle.