Geraint Thomas : "Je ne me réveille pas tous les matins en pensant au Tour de France"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Rodolphe Gaudin
Geraint Thomas
Geraint Thomas | KEI TSUJI / BettiniPhoto / DPPI via AFP

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Le vainqueur du Tour de France 2018 ne s’ennuie pas chez lui à Cardiff. La semaine dernière, il a bouclé un défi, un peu fou, de 3 jours de home trainer à raison de 12 heures consécutives pour récolter des fonds. Résultat, après plus de 1300 kilomètres sur place dans son garage, il a récolté plus de 350 000 livres (400 000 euros) pour le système de santé publique du Royaume-Uni.

Le Britannique attend maintenant le déconfinement pour rentrer à Monaco dans sa résidence principale. Pour préparer la Grande Boucle où il visera une deuxième victoire, à une période qui n’est pas pour lui déplaire. En septembre, il fera moins chaud et ça convient parfaitement au Gallois.

Quel était le but de ce défi ?
Geraint Thomas :
"Récolter le plus d’argent possible pour combattre cette pandémie pour nos hôpitaux. L’objectif était de 100 000 pounds et nous avons fait trois plus. C’est incroyable! Je me suis calé sur les horaires du personnel soignant que je connais bien. Ma mère travaille comme infirmière dans un service de cancérologie dans un hôpital de Cardiff. Ils travaillent par vacation de douze heures alors j’ai fait la même chose sur mon vélo."

Votre épopée sur home trainer correspond à combien d’étapes d’un grand Tour ?
GT :
"Trente six heures sur le vélo, ça correspond plus ou moins à 8 ou 9 étapes d’un grand Tour. Mais l’intensité n’est quand pas la même. C’est long, c’est fatigant mais ma femme me prépare des petits sandwich pour tenir le coup et mon fils de six mois Max m’encourage de son siège pour bébé (rires)…"

Le départ du Tour de France est reporté au 29 août. Soulagé?
GT :
"C’est déjà bien d’avoir une date pour se fixer un objectif mais on ne sait pas comment la situation va évoluer. J’espère qu’on pourra être au départ de la course en toute sécurité au niveau sanitaire et que ce virus sera derrière nous. Mais les choses évoluent tellement jour après jour que c’est difficile de se projeter si loin. On doit juste attendre l’évolution des prochaines semaines. Le plus important, c’est notre santé et on va croiser les doigts pour que le plus bel événement de sport de l’année dans le plus beau pays du monde puisse avoir lieu. Enfin, juste derrière le pays de Galles (rires)…"

Ce serait un Tour de France sans votre directeur sportif Nicolas Portal décédé en février dernier à l’âge de 40 ans...
GT :
"Nico était un homme exceptionnel. C’était avant tout un ami et pas seulement mon boss. Son charisme, sa manière d’être... il était apprécié par chacun des membres de l’équipe. Humainement, c’était un grand homme et professionnellement il a réalisé un job fantastique. Avec lui, on a gagné sur toutes les routes et plusieurs grands Tours (Giro, Tour de France, Vuelta). Il est la personne la plus importante de toute ma carrière. Toutes les grandes courses que j’ai gagnées ( Tour de France, Paris-Nice, le critérium du Dauphiné), il était derrière dans la voiture de directeur sportif. Il va beaucoup nous manquer et on ne l’oubliera jamais."

"Dans la dernière semaine (du Tour), il va y avoir des dégâts et des coureurs éparpillés partout sur la route."

Avez-vous des nouvelles de Christopher Froome et Egan Bernal ?
GT :
"Oui un peu sur le groupe WhatsApp de l’équipe. Je connais Froomey, c’est un gros bosseur ! Si certains coureurs essayent juste en ce moment de garder la forme, lui il doit travailler dur et mettre les bouchées doubles pour retrouver son niveau. Quand à Egan, j’ai quelques nouvelles de Colombie. Il est heureux d’être là-bas en famille. Il sera prêt. C’est un exceptionnel talent. J’espère qu’on va pouvoir courir ensemble cette saison et on verra bien qui est le plus fort…"

A quel genre de Tour de France vous attendez-vous?
GT :
"Ça va être un Tour très dur, très nerveux, encore plus que d’habitude. En raison de cette crise sanitaire, les coureurs n’auront pas le même niveau. Certains seront à 90% proche de leur meilleure forme et d’autres à 60% sans avoir beaucoup couru avant le Tour. Dans la dernière semaine, il va y avoir des dégâts et des coureurs éparpillés partout sur la route."

Dans quel état d’esprit êtes-vous en ce moment ?
GT :
"J’essaie de maintenir un certain niveau de forme et ne pas prendre de poids. Pour être honnête, je ne me réveille pas tous les matins en pensant au Tour de France. Mais il est dans un coin de ma tête. Je suis confiant et en relative bonne condition, j’irai sur le Tour pour le gagner."

Et le championnat du monde à Martigny en Suisse une semaine après le Tour ? 
GT :
"Oui j’espère bien y aller. D’habitude, ce rendez vous est trop tard dans le calendrier pour moi mais cette année c’est différent. Si je suis en forme en sortant du Tour, je serai excité et motivé pour participer aux championnats du monde."

Sinon vous comptez parler une peu français bientôt ?
GT :
"Oui, je dois trouver le temps de l’étudier un peu mais avec la naissance de mon fils, j’en manque."

Vous m’avez déjà dit ça avant sa naissance...
GT :
 (rires) "Oui c’est vrai, je suis vraiment désolé. Bon, promis sur le Tour je serai capable de dire quelques phrases en français. Marché conclu !"

Rodolphe Gaudin rodzegod