Siskevicius

Siskevicius, héros anonyme de Roubaix

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Devenu célèbre pour avoir été le dernier coureur à franchir les portes du Vélodrome en 2018, hors délai, à plus d'une heure du vainqueur Peter Sagan, Evaldas Siskevicius (Delko Marseille-Provence) a pris le départ, cette année, avec simplement l'ambition de finir, "une heure avant si possible". À l'arrivée, il signe une 9e place inattendue, devant certains gros favoris. Au lendemain de l'Enfer du Nord, il se confie à nous.

Il y a des grandes épopées qui marquent l'histoire du cyclisme et les esprits. Et il en existe des plus méconnues, toutes aussi impressionnantes, et qui forcent peut-être autant l’admiration. Quand on l'a vu entrer dans le Vélodrome pour jouer le Top 10, on avait de quoi être surpris. Evaldas Siskevicius (1.81 m, 76 kg) a fini 9e de l'Enfer du Nord. Cela parait peut-être anecdotique, mais pour l’intéressé, c'est une sacrée histoire à conter. "En fait je voulais faire un bon Paris-Roubaix, je voulais prendre l'échappée matinale, mais c'était compliqué", explique le Lituanien. "Les grosses équipes voulaient toutes y aller, je me suis donc mis en retrait. Après, je voulais accompagner les meilleurs le plus longtemps possible. Quand on a passé Arenberg, je me sentais encore à l'aise et là j'ai pensé que je pouvais faire quelque chose".

Une épopée dans l'anonymat

L'an dernier, son histoire fut connue du grand public grâce à une vidéo filmée par la chaîne flamande Sporza. Dans un groupe d'attardés, il crève à l'entrée de la Trouée d'Arenberg et se retrouve seul devant la voiture balai à plus de 70 kilomètres de l'arrivée. Il se lance alors dans une course contre-la-montre. Une crevaison de plus dans le carrefour de l'Arbre, le force à s'arrêter de nouveau. Il est contraint de récupérer une roue dans la voiture de son équipe qui se trouve elle-même, sur une dépanneuse, derrière lui. À aucun moment, il ne songe à abandonner.

Et même lorsque la voiture balai doit le laisser seul pour libérer la route à la circulation, il décide de continuer, dans l'anonymat, en devant respecter le code de la route. "Je n’allais pas arrêter aussi près du but et après autant de souffrance. Alors j’ai continué. Pas pour faire parler de moi. Les motards sont restés avec moi. En arrivant devant le Vélodrome, un type sympa d’ASO (NDLR : l’organisateur de l’épreuve) a rouvert le portail. Et je suis entré. [...] J’étais quand même le dernier des derniers." confiait-il au Parisien.

"J'étais étonné de voir une si petite différence entre les têtes d'affiche et les coureurs "normaux"." 

Cette année, il signe un réel exploit, celui de finir dans le top 10 en battant au sprint de sérieux prétendants au titre (Greg Van Avermaet, Oliver Naesen). "Sur le vélodrome, tous les favoris calaient, je me suis mis dans la roue de Greg Van Avermaet parce que je pensais que c'était lui le plus rapide au sprint. Ça m'a surpris de voir les favoris si fatigués. J'étais étonné de voir une si petite différence entre les têtes d'affiche et les coureurs "normaux"". 

Pour le Lituanien, cette 117e édition de l'Enfer du Nord est, sans aucun doute, la plus belle course de sa carrière. "Le moment le plus joyeux c'est quand j'ai réussi à anticiper le coup au carrefour de l'Arbre. J'ai passé le secteur en tête, intercalé entre le groupe de tête et le groupe battu des favoris, c'était incroyable." Il veut maintenant confirmer. Confirmer l'an prochain sur les pavés sans que l'on lui mette une pancarte d'outsider. 

Celui qui se considère, d'abord, comme un "coureur normal" garde la tête froide et n'oublie pas la précédente édition : "Je pense que mon geste de l'an denier est encore plus fort que ma performance de cette année. Mais après je préférerais que l'on ne parle plus que de ma 9e place", dit il en riant. "Maintenant quand on analyse les deux, ça fait une belle histoire et ça me fait chaud au cœur. Paris-Roubaix est une course incroyable." Et si la reine des classiques réserve toujours son lot de belles histoires, Siskevicius forge à sa manière, sa petite légende dans le vélo.