Marco Pantani
Le cycliste italien Marco Pantani | AFP - PATRICK KOVARIK

Et si la mort de Pantani n'était pas un accident?

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La justice italienne a rouvert l'enquête sur le décès du coureur cycliste Marco Pantani, retrouvé mort dans une chambre d'hôtel en 2004, afin de déterminer si la surdose de cocaïne dont il a été victime n'aurait pas été administrée par un tiers, selon les médias italiens. Il serait possible selon la justice que le vainqueur du Giro et du Tour de France 98 ait été assassiné.

Dix ans après le décès à 34 ans du "Pirate", retrouvé mort dans la chambre  d'un hôtel-résidence de la station balnéaire de Rimini (est) le jour de la  Saint-Valentin, l'Italie se souvient toujours avec émotion de son  "campionissimo".  "Nous venons de recevoir les documents envoyés par les proches (de Pantani,  ndlr) et avons ouvert une enquête (...) Nous les lirons et si nous estimons  qu'il faut procéder à des investigations, nous saisirons un juge  d'instruction", a affirmé samedi le procureur de la République de Rimini, Paolo  Giovagnoli.

"Pantani a été tué, contraint à boire de la cocaïne" (mélangée à de l'eau,  ndlr), titre la Gazzetta dello Sport, qui précise que l'enquête a été rouverte  pour "homicide avec altération de cadavre et des lieux du crime". Quant à la Repubblica, écrivant tout haut ce que nombre de "tifosi" pensent  tout bas, elle lâche: "Sur la vérité vraie, s'est incrustée et peut-être  cimentée une vérité bien commode, celle de l'overdose". Cette nouvelle survient seize ans après la victoire du coureur romagnol  dans le Tour de France, a rappelé sur sa page Facebook la mère de Pantani,  Tonina, qui se bat depuis des années pour que le "suicide" de son fils soit  requalifié en meurtre.

La Une de la Gazzetta Dello Sport

Quantité folle de drogue

Après avoir été exclu du Giro en 1999 pour des valeurs sanguines non  conformes, le coureur de Cesenatico(est) ne s'était jamais vraiment remis de  cette humiliation, cherchant dans le vélo "une solitude qui a été une dernière  et difficile compagne", écrit la Repubblica. Les années suivantes n'avaient été qu'une longue dégringolade, mêlant  accidents, démêlés avec la justice et cures de désintoxication. Jusqu'à la  découverte de son corps, le 14 février 2004.

Déjà, dans un livre publié en 2007, intitulé "Vie et mort de Marco  Pantani", le journaliste et écrivain français Philippe Brunel dénonçait  l'enquête, l'estimant bâclée et trop rapidement conclue sur l'hypothèse d'une  surdose de cocaïne. Or, les doutes sont nombreux, selon la Repubblica: "Des coups compatibles  avec une rixe", "des signes prouvant que le cadavre a été déplacé", "une  quantité folle de drogue dans le corps", "une bouteille d'eau suspecte" et  jamais analysée, etc. Et le tout, "dans une chambre au chaos trop rangé", où, selon la première  enquête, "personne n'est entré ni sorti", ce qui avait exclu d'office à  l'époque l'intervention d'un tiers, poursuit le journal.

Saint-Valentin dramatique

Tous ces éléments troublants, ajoutés à une certaine "omerta" dans cette  Riviera romagnole baignée alors par le trafic de drogue, sont contenus dans un  nouveau rapport, mandaté par la famille Pantani et confié au professeur  Francesco Maria Avato. Selon cet expert médico-légal, "la grande quantité de drogue trouvée dans  le corps de Pantani n'a pu être prise que diluée dans de l'eau". Etant donné la quantité de cocaïne retrouvée (plusieurs dizaines de  grammes, soit six fois la dose létale), avalée volontairement, elle aurait  forcément "brûlé la bouche et enflammé l'estomac". Autres éléments mystérieux: les restes du petit déjeuner retrouvé dans  l'estomac du coureur et jamais commandé à la réception de l'hôtel.

Et quid de la glace ingérée ce matin-là alors que le frigo de la chambre n'avait pas de  freezer ? Pour l'expert, tout cela ne peut s'expliquer que par l'intrusion d'une ou  plusieurs personnes, sur une "scène de crime sensiblement polluée" par la  suite, "violant en cela toute procédure légale". "La vérité sur ce qu'il est réellement arrivé à Marco Pantani dans la  chambre D5 de la résidence +les Roses+ de Rimini (détruite quelques mois après,  NDLR), en ce dramatique jour de Saint-Valentin il y a dix ans, conclut la  Repubblica, est une histoire qu'il reste à écrire".

AFP