Femke Van den Driessche
Femke Van den Driessche. | Belga / AFP

Dopage mécanique dans le cyclisme : le point sur l'affaire

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Qu’a-t-on retenu de ce week-end cycliste ? Les nombreuses médailles françaises aux Mondiaux de cyclo-cross ? Le retour de Fabian Cancellara au premier plan ? Les rentrées prometteuses de Thibaut Pinot et Nacer Bouhanni ? La réponse réside dans un vélo. Le premier où l’on aurait découvert un moteur, première preuve qu’il existe un dopage technologique dans le cyclisme. Le point sur cette affaire qui éclabousse à nouveau le monde du vélo.

LES FAITS

Samedi 30 janvier. Dans le froid et sous la pluie de Zölder, les concurrentes espoirs se battent pour le titre de championne du monde des moins de 23 ans. Parmi elles, la Belge Femke Van den Driessche, 19 ans et favorite de la course. Mais la jeune femme abandonne à la mi-course, pour problème… mécanique. Aux alentours de 17h, l’Union Cycliste Internationale (UCI) annonce dans un communiqué "qu’en vertu du Règlement UCI relatif à la fraude technologique une bicyclette a été conservée pour de plus amples examens". La nouvelle fait rapidement le tour du peloton et des médias.

CE QU'ON ENTEND PAR DOPAGE TECHNOLOGIQUE 

Par dopage mécanique, on entend généralement une aide illicite à la  performance, à l'aide d'un moteur électrique miniaturisé. Celui-ci est souvent caché dans les tubes du vélo ou au niveau des roues. En 2010, l'ancien professionnel Davide Cassani, devenu consultant à la télévision italienne, avait notamment présenté un prototype de vélo équipé d'une technologie motorisée. Cela octroyait automatiquement des watts supplémentaires à son utilisateur.

LA RÉACTION DE L’UCI​

Silencieuse samedi, l’UCI a délivré plus de réponses ce dimanche matin lors d’une conférence de presse, par l’intermédiaire de son président, Bryan Cookson : "Nous pensons clairement qu'il y a eu fraude technologique, il y avait un moteur caché. Le dopage mécanique est désormais une réalité. "

"A tous ceux qui veulent donc tricher, nous avons envoyé hier un message clair : nous allons vous attraper et nous allons vous punir, parce que notre technologie pour détecter ce type de fraude semble fonctionner", a prévenu Cookson. Le président de l’UCI n’a pas donné plus de détail sur le moteur découvert dans le vélo de la concurrente. Femke Van den Driessche encourt une suspension minimale de six mois et une amende dont le montant peut s’élever jusqu'à 200 000 francs suisses (192 000 euros), selon le règlement. 

UN CHOC DANS LE MONDE DU CYCLISME

"Je n'ai jamais pensé que de tels agissements étaient possibles. C'est un scandale que l'entourage de Femke ait trompé la Fédération belge", a témoigné le sélectionneur de l’équipe de Belgique Rudy De Bie, qui s’est dit "choqué. Nous pensions avoir une jeune de talent, mais visiblement elle nous a tous trompés". 

Femke Van den Driessche a pris la parole ce dimanche sur la chaîne Sporza, pour dénoncer le fait que le vélo dans lequel un moteur a été détecté, ne lui appartenait pas. "Ce n'était pas mon vélo mais celui d'un ami, identique au mien, qui s'est retrouvé dans mes mains suite à une méprise d'un mécanicien. Cet ami est allé reconnaître le parcours samedi avant de déposer son vélo au camion. Un mécanicien, pensant qu'il s'agissait de mon vélo, l'a nettoyé et me l'a préparé pour la course."  La jeune Belge de 19 ans, en larmes, a soutenu le fait qu’elle n’est "pas une tricheuse" mais risque d’avoir du mal à trouver du soutien.
Le manager de l’équipe Etixx, Patrick Lefévère, a d’ores et déjà demandé "une suspension à vie pour la tricheuse".

POURQUOI CETTE AFFAIRE PREND UNE TELLE AMPLEUR​

Pour la première fois de son histoire, le cyclisme se retrouve confronté à une première affaire de dopage mécanique. Hanté par les vieux démons du dopage, ce sport souffre déjà d’une mauvaise image médiatique, suite aux affaires Festina et Puerto. Les rumeurs de dopage technologiques ne datent pas d’hier. Que ce soit Fabian Cancellara sur Paris-Roubaix, ou encore Chris Froome sur le Tour de France cette saison, l’idée qu’un moteur soit introduit dans certains vélos fait jaser et inquiète les spécialistes. Dans un rapport d’enquête qui a été publié en mars dernier, la commission indépendante pour la réforme du cyclisme (CIRC) avait prévenu de l’existence possible d’une telle tricherie, sans pouvoir pour autant apporter de preuves et exemples concrets. Souvent fantasme, l'idée d'un dopage mécanique est ainsi devenu réalité ce dimanche, reléguant ainsi au second plan l'ensemble des résultats cyclistes du week-end. Il faudra néanmoins attendre d'avoir plus d'informations concrètes sur l'identité du moteur retrouvé dans le vélo de Femke Van den Driessche, avant de pouvoir tirer de réelles conclusions sur cette première affaire, qui peut être le prémice d'un nouveau scandale.