Coupés dans leur élan (1/3) : Nairo Quintana, une renaissance dans la brume

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Nairo Quintana Paris Nice 2020
La joie de Quintana lors de sa victoire à la Colmiane. | AFP

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L'interruption des compétitions internationales, précipitée par la pandémie de Covid-19, a bouleversé la saison de quasiment tous les sportifs du monde. Pour une partie des concernés, la frustration est encore plus grande, notamment ceux pour qui toutes les étoiles étaient alignées en 2020. Aérien depuis la reprise de la saison de cyclisme, Nairo Quintana fait partie de ceux-là. Le Colombien, attendu chaque année sur le Tour de France, pouvait à nouveau espérer une victoire finale sur la Grande Boucle. Il est aujourd'hui dans le brouillard complet.

La pandémie de Covid-19 a rebattu les cartes et plongé le monde du sport dans le flou. Les compétitions sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Pour la majorité des sportifs, l’entraînement est actuellement très contrarié. Dans des pays comme la France, où le confinement implique de renoncer aux sorties à vélo, il est impossible de maintenir une forme optimale pour un coureur cycliste. “Chaque jour, nous jetons nos plans à la poubelle”, a d'ailleurs déploré Marc Madiot dans nos colonnes.

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Dans le vélo, c’est tout un art de préparer un programme d’entraînement, de prévoir des pics de performance. La stratégie est au long cours et les réglages tant physiques, mentaux ou mécaniques sont millimétrés. Alors, quand la saison s’interrompt brusquement tout est remis en question, surtout pour celles et ceux qui avaient, jusqu’à présent, réussi tout ce qu’ils avaient entrepris en 2020. C’est le cas de Nairo Quintana. Insaisissable en montagne dans ses tentatives solitaires entre février et mars, le Colombien est actuellement confiné dans son pays natal.

"Il est vraiment au-dessus du lot"

Terrible coup d'arrêt pour celui qui était systématiquement en avance sur tous les autres grimpeurs aux temps de passage cette saison, avec le Tour de France déjà bien ancré dans un coin de la tête. Pour ses débuts européens avec Arkéa-Samsic, Quintana a décroché cinq victoires en trois courses : une étape et le général du Tour de Provence, même chose sur le Tour des Alpes Maritimes et surtout la dernière étape de Paris-Nice (soit autant de victoires que sur les deux années précédentes, ndlr). Aucun autre coureur n’a rencontré plus de succès que lui en 2020 (Remco Evenepoel en a aussi 5, ndlr).

Les adversaires du Colombien sont unanimes : Quintana était imprenable en ce début de saison. Demandez à Romain Bardet, Vincenzo Nibali ou encore Thibaut Pinot. Aucun d’entre eux n’a pu faire illusion. Après avoir concédé plus de deux minutes dans le Col d’Eze sur le Tour des Alpes Maritimes en février, Pinot n’a pas caché son impuissance. “J'ai essayé de le suivre, mais il est vraiment au-dessus du lot et demain ça sera une nouvelle correction", avait-il déclaré. 24 secondes se sont effectivement ajoutées à son retard le lendemain.

L'envol de Quintana sur Paris-Nice

A 30 ans, la légende vivante colombienne a retrouvé des jambes de feu, lui qui a très souvent déçu dans sa quête de victoire finale sur le Tour de France. Chaque année depuis 2013, Nairo Quintana était attendu comme le Messie qui viendrait libérer le peloton de la domination tyrannique du rouleau compresseur Sky, devenu Ineos. Après trois podiums (2013, 2015 et 2016), le grimpeur de poche s’est ensuite attiré les railleries de certains observateurs, réclamant de pied ferme une "attaque de Nérokintana” enfin décisive. Jugé attentiste face au maillot jaune, Quintana s’est illustré différemment lors de ses deux dernières participations, accrochant à chaque fois un succès d’étape en solitaire, mais en partie grâce à un retard conséquent au classement général.

De libéré à confiné

En rejoignant Arkéa-Samsic cet hiver, le natif de Tunja n’a pas revu ses objectifs à la baisse. Au contraire, c’est sa volonté d’accrocher un troisième grand tour à son palmarès après le Giro 2014 et la Vuelta 2016 qui l’a probablement motivé à changer d’air. Libéré de la concurrence malsaine avec Alejandro Valverde et Mikel Landa chez Movistar, Nairo Quintana a été accueilli comme un roi en Bretagne, avec un statut de recrue phare, de leader incontestable en montagne. 

Il a eu carte blanche pour choisir sa garde rapprochée, amenant son frère Dayer, Diego Rosa et Winner Anacona dans ses valises. “Je ne suis pas surpris. Ces dernières années, les gens ont peut-être un petit peu oublié qui est Nairo Quintana mais il a toujours été un grand de ce sport. La vérité, c’est qu’il a certainement connu un petit creux par manque de motivation”, a expliqué ce dernier à Direct Vélo.

S’il était assez étrange de voir la superstar colombienne poser ses valises à l’aéroport de Rennes en novembre dernier, Nairo Quintana n’a pas mis longtemps pour s'accommoder à l’air breton et à sa nouvelle équipe. Les images de joie après sa victoire sur Paris-Nice semblaient dire que tout est au beau fixe. Emmanuel Hubert, le manager de la formation Arkéa-Samsic, évoque un cycliste “épanoui, souriant, conquérant et offensif”, à l’état d’esprit irréprochable.

Quid de la forme estivale

Et si c’était enfin l’année de Nairo Quintana ? L’année durant laquelle le Colombien remporterait enfin le Tour de France ? Beaucoup d’observateurs ont commencé à étudier sérieusement la question, mais la suspension de la saison a jeté aux oubliettes les enseignements du début de l’année 2020. Personne ne sait quand et si le Tour de France aura lieu. Et surtout, rien ne dit que Quintana soit encore plus fort que ses adversaires à la reprise.

De retour en Colombie, il a annoncé samedi que le gouvernement lui avait ordonné de rester confiné dans un hôtel pour au moins 15 jours. Fort logiquement, l’Amérique du Sud prend ses précautions face aux voyageurs de retour d’Europe. En attendant d’en savoir plus, Nairo Quintana se maintient en forme grâce à des séances dans une piscine et surtout de home trainer. Pendant ce temps, Chris Froome s’est offert ses propres Strade Bianche en Afrique du Sud, dans un pays où les sorties sont encore autorisées. Preuve de l'inégalité des conditions d'entraînements des divers concurrents focalisés sur le Tour de France. Toute projection est à l’heure actuelle impossible à faire. Espérons pour Nairo Quintana que l'interruption ne coupe ce qui n'est pas loin d'être la forme de sa vie.