Coronavirus : Paris-Roubaix fin octobre, qu'est-ce que cela changerait ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Paris roubaix

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Traditionnellement, Paris-Roubaix a lieu début avril, une semaine après le Tour des Flandres. Dernière classique flandrienne du calendrier, les pavés du Nord marquent alors un premier tournant de la saison cycliste, débutée fin janvier. Mais pas en 2020. Reporté face la pandémie de Covid-19, l’Enfer du Nord devrait avoir lieu fin octobre. Or, sur le plan sportif, ce report pourrait offrir une course encore plus spectaculaire.

Parmi les clichés qui collent à la peau du Nord de la France, la pluie est sans doute le plus récurrent. Souvent le plus juste, avouons-le. Mais en tant que vitrine de sa région, la course Paris-Roubaix s’évertue à le démentir depuis des années. "Cela fait quinze ans qu’on a des éditions sèches, sans une goûte de pluie. J’espère que cette année, on verra son retour sur les pavés", implore François Doulcier. Et si le président des 'Amis de Paris-Roubaix' réclame un temps pluvieux, ce n’est pas pour sortir son nouveau k-way : "Sur les pavés, la pluie, cela change tout. La course serait tout autre…". Attendu par les mordus de l’Enfer du Nord, le retour des pavés humides et de la boue ne seraient pas la seule conséquence du report de la course à fin octobre.

Pédalons sous la pluie

Evidemment, la météo est le principal facteur de changement : "Mais de toute façon, on ne peut pas la prévoir, même à quelques jours de la course", balaye Marc Madiot, directeur sportif de la Groupama-FDJ. Double vainqueur du Paris-Roubaix, Madiot sait pour autant que la pluie transforme la reine des Classiques : "En 1985, je gagne sous la pluie, c’était des conditions que je préférais vraiment à l’époque. Bon, en 1991, je gagne par temps sec, donc après j’aimais aussi le soleil (rires)". Mais tous les coureurs du peloton ne sont pas aussi polyvalents, et la pluie peut en freiner plus d’un. "On a cette image des coureurs plein de boue, qui ont fait la légende de la course, avec les chutes que cela entraîne. C’est spectaculaire, mais cela peut effrayer des coureurs, et rendre la course moins animée", tempère Thomas Vœckler.

Les pavés deviennent très humides. Il ne suffit plus de pédaler, il faut alors être un as du guidon pour ne pas tomber, un virtuose. Les coureurs ayant fait du cyclo-cross peuvent apprécier ce genre de conditions.

Outre la dimension homérique que prend un Paris-Roubaix boueux, la pluie a une vraie incidence sportive, comme l’explique François Doulcier : "Les pavés deviennent très humides. Il ne suffit plus de pédaler, il faut alors être un as du guidon pour ne pas tomber, un virtuose. Les coureurs ayant fait du cyclo-cross peuvent apprécier ce genre de conditions". Or, le peloton actuel n’a jamais été confronté à de telles conditions à Roubaix : "Ils l’ont été sur d’autres classiques flandriennes, mais ici les pavés sont les pires, bien plus durs qu’en Belgique. De telles conditions météos changeront la course, et laisseront sûrement apparaître de nouveaux prétendants", estime François Doulcier, fin connaisseur de ces pavés qu’il rénove toute l’année avec son association.

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Sur les pavés, de nouveaux visages

D’autres facteurs pourraient donner leur chance à des outsiders inattendus. Si le calendrier n’est pas encore officiel, les grandes lignes suggèrent que Paris-Roubaix se tiendrait fin octobre après le Tour de France et le Giro, mais avant la Vuelta. Ce serait alors la dernière des classiques de la saison. "Des coureurs sont plus performants en fin de saison qu’en début, ou l’inverse. Forcément, un Paris-Roubaix en fin de saison, les cartes vont être redistribuées", pense Thomas Vœckler, qui développe : "En plus, après un Grand Tour, un coureur a une plus grande résistance physique. Là, il y en aura eu deux avant. Autrement dit, on pourrait retrouver des coureurs pas forcément spécialistes des classiques flandriennes en tête, certains visages inhabituels"

Si on prend l’exemple d’Alaphilippe, il n’a pas le gabarit pour gagner Paris-Roubaix en avril, il faut être plus costaud. Mais là, dans ces circonstances, après un grand Tour, il peut faire partie de ces coureurs surprises.

François Doulcier partage l’analyse de l’ancien coureur d’Europcar : "J’aimerai bien que ça sourisse à un outsider français comme Démarre, Sénéchal, ou pourquoi pas Alaphilippe. Il est plutôt spécialisé dans les courses de côtes, mais dans ce contexte… ". "Je n’en ai pas parlé avec lui, mais si on prend l’exemple d’Alaphilippe, il n’a pas le gabarit pour gagner Paris-Roubaix en avril, il faut être plus costaud. Mais là, dans ces circonstances, après un Grand Tour, il peut faire partie de ces coureurs surprises. Les grosses échéances de la saison seront passées, ce qui pourrait en rassurer certains et leur faire prendre le départ", abonde Vœckler. Marc Madiot confirme : "Il y aura peut-être des coureurs pas habitués qui seront là, on est dans un schéma très particulier avec un début de saison puis ce break de deux mois. C’est du jamais vu, physiquement on est dans l’inconnu".

Fins de contrats, tactique et inconnues

Pour le directeur sportif de la Groupama-FDJ, comme pour ceux des autres équipes du World Tour, le casse-tête commence. "On fera dans le simple : le Tour avec Pinot, le Giro et les classiques avec Démarre ou Küng. Mais là, pour l’heure on ne peut savoir. Le plus important, c’est que la crise sanitaire soit résolue, et qu’ensuite les courses aient lieu. Nous, on essaiera d’amener nos coureurs dans les meilleurs conditions aux départs", explique Madiot. Il poursuit : "On ne pourra pas faire la fine bouche : on emmènera un maximum de coureurs sur un maximum de courses".

Beaucoup de coureurs seront dans l’incertitude, et la crise économique ne va pas aider… Donc fin octobre, ça motivera encore plus les coureurs à se montrer. On peut avoir un contexte tendu. Untel aidera-t-il untel alors qu’il courra chez l’adversaire la saison suivante ?

Outre le problème physique, les managers devront aussi gérer les fins de contrat des coureurs. "Dans le vélo, le mois d’octobre, c’est souvent celui des tractations pour les nouveaux contrats. Beaucoup de coureurs seront dans l’incertitude, et la crise économique ne va pas aider… Donc fin octobre, ça motivera encore plus les coureurs à se montrer. On peut avoir un contexte tendu. Untel aidera-t-il untel alors qu’il courra chez l’adversaire la saison suivante ?", interroge Thomas Vœckler. Selon lui, ce ne sera pas la seule complication tactique à gérer : "En temps normal, les coureurs qui brillent sur Paris-Roubaix deviennent ensuite des coéquipiers sur les Grands Tours. Là, ce sera l’inverse, puisque les Grands Tour auront lieu avant. Il va falloir trouver la bonne approche physique et tactique pour que l’équipe soit optimale pour chaque course".  

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Les conditions météorologiques, les prétendants à la victoire, la gestion tactique de la course et même d’une partie de la saison … : "En vérité, tout change sauf le parcours", résume Thomas Vœckler, qui précise : "Il faut bien comprendre que Paris-Roubaix s’inscrit normalement dans une période précise, celle des Classiques. C’est toute une atmosphère, une planification adaptée, une autre façon de faire du vélo. On ne court par un Paris-Roubaix comme un Grand Tour". Rendu exceptionnel par sa date de report, le Paris-Roubaix 2020 pourrait donc le devenir d’un point de vue sportif. Comme beaucoup, François Doulcier en est persuadé : "Ce sera très spécial, c’est excitant. Mais attention : un Paris-Roubaix automnal, cela doit rester une exception. La saison des pavés, c’est au printemps !"

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