Bouhanni, la mauvaise réputation

Bouhanni, la mauvaise réputation

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Vainqueur au sprint de la Cyclassics de Hambourg, Nacer Bouhanni (Cofidis) a finalement été déclassé au profit de Caleb Ewan (Orica-BikeExchange). Pas une première dans la carrière du sprinteur français, souvent victime de son tempérament et de sa réputation.

Quel noms viennent en premier lorsque l’on évoque des sprinteurs disons "houleux" ? Mark Cavendish et Nacer Bouhanni, dans le désordre. Différence entre le Britannique et le Français ? Le traitement par les jurys des commissaires. Pas plus tard qu’aux Jeux Olympiques, Cavendish avait envoyé au tapis Elia Viviani, son adversaire numéro un, lors de la dernière épreuve de l’Omnium. Bilan ? Un déclassement logique ? Non, une médaille d’argent. A quasiment dix milles kilomètres de la ville carioca, Nacer Bouhanni a vécu un de ces dimanches en forme de montagnes russes. Vainqueur d’une classique remportée ces dernières années par Greipel, Kristoff, Degnkolb ou… Démare, le Vosgien avait pris le meilleur sur tous ses adversaires (Ewan, Degenkolb, Kristoff, Nizzolo…) avant de subir un déclassement suite à une réclamation posée par la formation Orica-Bike-Exchange du nouveau vainqueur, Caleb Ewan. Et pourtant, certes Bouhanni change de ligne dans les 150 derniers mètres mais on a vu sprint plus engagé. 

"Dès que je bouge une oreille..."

Interrogé par L’Equipe, le Français cherchait les causes de ce qu’il voit comme un acharnement : "Je ne sais pas si c’est ma réputation, lâche-t-il. Quand je me décale d’un centimètre, on ne me rate pas. Sur le Tour de France, j’ai vu des sprints bien plus houleux que celui-là, des sprinteurs au comportement bien pire que le mien n’ont pas été déclassés. Moi dès que je bouge une oreille… Ils n’attendent que ça pour me sanctionner". Et de revenir en mémoire le déclassement de Bouhanni à Paris-Nice en mars dernier pour un contact avec Michael Matthews, le sprinteur d’Orica, déjà. Une sanction plus facile à comprendre qui a entretenu la réputation d’un Bouhanni dangereux dans l’emballage final. 

La cible de ses adversaires

Toujours pour L’Equipe, Jacques Décrion, l’entraîneur du champion de France 2012, analyse le sprint de dimanche : "Il avait le nez dans le guidon, les sprinteurs ont tellement de force dans les pédales que ça bouge et le sprint s’est déroulé dans une légère courbe". Pas de quoi fouetter un chat donc. Pourtant dans le milieu si spécial du sprint, Bouhanni est souvent la cible de critiques de ses adversaires. Ainsi sur le Giro 2013, Bernhard Eisel, poisson-pilote de Mark Cavendish, avait enjoint sur Twitter les organisateurs à le "renvoyer à la maison avant que quelqu’un ne soit tué". De son côté, Adam Blythe regrettait que certains sprinteurs, il visait Bouhanni, ne veuille se "battre sur le vélo". Quand on est ainsi montré du doigt par ses pairs, difficile de ne pas être dans le collimateur des commissaires. Et en creux, on imagine aisément que Bouhanni est aussi victime d’une sorte de condescendance envers le sprint français, autrefois en "deuxième division" et désormais capable de rivaliser avec les meilleurs.

Vainqueur puis disqualifié, appelé au contrôle antidopage puis exempté avant d’être demandé à nouveau, Bouhanni a vécu une sale fin d’après-midi à Hambourg. Arrivé en retard pour son avion, le sprinteur de Cofidis a volé vers Paris tôt dans la matinée ce lundi avant de prendre la direction du Tour du Poitou-Charentes dès aujourd’hui. Il y retrouvera Bryan Coquard, Elia Viviani ou encore Daniel McLay. Et sera scruté plus que les autres.

Christophe Gaudot @ChrisGaudot