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Lance Armstrong lors d'un examen médical sur le Tour de France 2003 | AFP - FRANCK FIFE

Aveux Armstrong - Ce qu'il a dit, ce qu'il n'a pas dit

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Malgré deux entretiens au long cours enregistré avec Oprah Winfrey, Lance Armstrong n'a pas fait de révélations fracassantes. L'occasion de faire le bilan sur ce qu'il a dit et ce qu'il a passé sous silence.

En 2 heures de tête-à-tête télévisé avec l'animatrice Oprah Winfrey, dont la seconde partie a été diffusée dans la nuit de vendredi à samedi, Lance Armstrong a notamment avoué qu'il s'était dopé pour remporter 7 fois le Tour de France, mais de nombreuses zones d'ombre subsistent.

CE QU'IL A DIT :

 - Qu'il s'était dopé du milieu des années 1990 jusqu'à 2005, lors de ses  sept Tours de France victorieux mais pas lors de ses deux dernières  participations à la Grand Boucle (2009, 2010) alors que l'Usada l'accuse aussi  pour cette période.
 - Qu'il a consommé de l'EPO, des corticoïdes, de la testostérone, qu'il  justifiait par la perte d'un testicule lors de son cancer, des hormones de  croissance et a eu recours aux transfusions sanguines.
- Qu'il n'avait pas eu accès à des "choses" (produits dopants) auxquelles  les autres coureurs n'avaient pas accès. "Le niveau (de dopage) était  équitable".
- Que le programme de l'US Postal était "professionnel et intelligent" mais  rien à voir avec le dopage d'Etat en Allemagne de l'Est dans les années 70 et  80.
- Qu'il n'avait pas forcé ses coéquipiers à se doper.
- Qu'il n'avait pas peur de se faire prendre car il n'y avait pas de  contrôle hors compétition jusqu'à la dernière année de son règne (2005)
- Qu'il n'avait pas eu l'impression de tricher.
- Qu'il n'était "pas fan" de l'UCI mais qu'elle n'avait pas couvert un  contrôle positif au Tour de Suisse 2001. S'il a fait don de 125.000 dollars,  c'est parce que la Fédération internationale lui avait demandé.
- Qu'il était un intimidateur qui essayait en permanence de garder le  contrôle du "récit".
- Qu'il avait développé son instinct de victoire à tout prix en battant le  cancer.
- Qu'il "était à la fois un con ("jerk") et un bienfaiteur  ("humanitarian")".
- Qu'il comprendrait que des gens ne lui pardonnent jamais. Que les gens  ont le droit de se "sentir trahis".
- Qu'il avait bien été contrôlé positif aux corticoïdes sur le Tour 1999 et  avait fait antidater une ordonnance médicale.
- Qu'il regrette son retour à la compétition en 2009: "Nous ne serions pas  assis là autrement."
- Qu'il pensait être tiré d'affaire quand le parquet fédéral à Los Angeles  a laissé tomber en février 2012 une enquête sur les pratiques de l'US Postal
- Qu'il avait vu 75 millions de dollars (56 millions d'euros) de revenus  futurs s'envoler en quelques heures quand ses sponsors l'ont quitté le même  jour.
- Qu'il avait touché le fond lorsque Livestrong lui a fait comprendre qu'il  devait couper tous les ponts avec la Fondation qu'il a créée en 1997.
- Qu'il ne pensait pas que les produits dopants avaient entraîné son cancer.
- Qu'il aimerait reprendre le sport de compétition.
- Que sa suspension à vie est une "peine de mort" qu'il n'est "pas sûr  d'avoir mérité".
- Qu'il n'avait pas cherché à faire don de 250.000 dollars à l'Usada en  2004, contrairement à ce qu'affirme Travis Tygart.
- Qu'il avait besoin d'un suivi psychologique régulier. "Ma vie a été un  bazar".
- Que la raison première de ses aveux avait été le bien-être de ses enfants.
   
CE QU'IL N'A PAS DIT :

- Je m'excuse, de façon explicite. Même s'il a concédé: "Je vais passer le  reste de ma vie à regagner la confiance des gens et m'excuser."
- S'il avait des complices qui lui ont permis d'entretenir le mensonge  pendant des années. "Je ne veux accuser personne d'autre. Ce sont mes  décisions, mes erreurs." Il n'a notamment pas égratigné l'UCI, soupçonnée  d'avoir été bienveillante avec lui.
- Quels autres coureurs se dopaient à son époque. "Je ne suis pas  confortable à l'idée de parler des autres."
- Quelle était la place du préparateur italien Michele Ferrari dans son  organigramme, s'il en était la tête pensante. "Il y a des gens qu'il ne faut  pas diaboliser dans cette histoire. Ferrari est un homme bien."
- Comment fonctionnait le programme de dopage. "Nous aurions besoin de  beaucoup de temps", a-t-il dit, avant de passer à autre chose, reconnaissant  l'existence de "motoman", cet homme motorisé qui transportait de l'EPO de ville  en ville lors du Tour de France 1999 pour sa consommation.
- S'il allait collaborer avec les autorités antidopage en rentrant dans les  détails de ses pratiques. Il a simplement dit qu'il participerait volontiers à  un dispositif +vérité et réconciliation+, dans lequel les coureurs pourraient  dévoiler leur linge sale sans avoir peur des représailles, même s'il ne peut  pas jouer le rôle de celui qui appelle à "nettoyer le cyclisme".
- S'il avait bien dit à ses docteurs avant son traitement pour le cancer,  qu'il se dopait et à quoi, comme les époux Andreu l'ont entendu en 1996 dans un  hôpital d'Indianapolis. "Je passe sur cette question."
- Quels risques judiciaires il pensait encourir en passant aux aveux:  procès pendants avec l'US Postal et une compagnie d'assurances (SCA). Et risque  de prison pour parjure sous serment.

AFP