Lance Armstrong
Lance Armstrong en 2003 | FRANCK FIFE / AFP

Armstrong : jusqu'où ira la chute ?

Publié le , modifié le

Ses pratiques dopantes mises à jour par le rapport de l'agence américaine d'antidopage Usada), Lance Armstrong est dans l'oeil du cyclone. L'icone américaine tombe de très haut et pourrait continuer sa chute pendant encore plusieurs années. Voici les principaux points où l'ancien cycliste peut perdre gros.

LES IMPLICATIONS SPORTIVES

Lire le rapport complet de l'Usada (202 pages)

Le 24 août, l'Usada avait suspendu Armstrong à vie et avait annulé l'ensemble de ses victoires depuis août 1998, dont ses sept victoires sur le Tour de France de 1999 à 2005. L'Usada n'ayant compétence que sur le sol américain, les sanctions officielles devront être confirmées par l'Union cycliste internationale qui, dans le cas contraire, peut saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS). L'UCI a annoncé jeudi qu'elle fournirait "une réponse dans les meilleurs délais", au plus tard 21 jours. Le compte à rebours a commencé mais on imagine mal les instances internationales prendre le contre-pied de l'Usada. Toutefois, les "protections" évoquées par le rapport de l'agence américaine pourraient mettre à mal la position de l'UCI dans cette affaire.

LES IMPLICATIONS POUR LE TOUR DE FRANCE

La décision de l'Usada d'annuler les résultats d'Armstrong depuis 1998 laisse le palmarès du Tour de France en lambeaux. Problème: le déclassement officiel du Texan profiterait pour l'essentiel à des coureurs eux-mêmes sanctionnés ensuite pour dopage, comme l'Allemand Jan Ullrich ou l'Italien Ivan Basso. Pour s'en tenir à 2005, il faudrait descendre jusqu'à l'Australien Cadel Evans, 8e au classement final, pour trouver trace d'un coureur dont la réputation n'a jamais été entachée. La Fédération française de cyclisme avait souhaité fin août "de laisser vierge le palmarès du Tour de France pendant 7 ans", afin d'éviter "toute polémique" future. Là encore, la décision de l'UCI devrait faire bouger les choses et clarifier une fois pour toute ce drôle de palmarès.

DES POURSUITES POUR PARJURE EN FILIGRANE

Début février 2012, la justice fédérale américaine avait abandonné une enquête ouverte à Los Angeles en 2010 cherchant à savoir si Armstrong et d'autres cyclistes américains s'étaient dopés. Cette enquête était dirigée par l'agent Jeff Novitzky, qui avait mené à bien l'affaire Balco, un laboratoire de la région de San Francisco à l'origine d'un vaste scandale de dopage dans les années 2000. Le rapport de l'Usada rendu mercredi et concluant à un dopage systématique de la part du coureur texan pourrait cependant entraîner la réouverture de cette enquête. L'Usada, pointant notamment des liens avec le sulfureux docteur Ferrari réfutés par Armstrong, évoque ainsi "des fausses déclarations sous serment... relevant du parjure". S'il était accusé de parjure, Lance Armstrong, qui avait juré sous serment, devant un grand jury fédéral, ne s'être jamais dopé, encourrait jusqu'à 30 ans de prison et 1,5 million de dollars d'amende. "Ce serait inhabituel, c'est improbable, mais pas impossible" de rouvrir l'enquête, a estimé Michael McCann, directeur de l'Institut du droit du sport à l'Université américaine du Vermont. "S'il y a de nouvelles preuves indiquant qu'Armstrong a menti sous serment, alors les procureurs peuvent envisager la possibilité de retourner devant un grand jury pour le poursuivre pour parjure. Mais habituellement, il n'y a pas de second grand jury", a-t-il dit: même s'"il n'y a pas de règle à ce sujet (...) ce serait un développement inhabituel".

LE COUREUR TEXAN DEVRA-T-IL RENDRE SES PRIMES DE VICTOIRES ?

Pour l'instant les parties concernées n'ont rien dit sur le sujet. Mais la FFC avait elle demandé fin août le remboursement par Armstrong de ses prix obtenus lors des Tours de France et autres compétitions, "pour un montant évalué à près de 2,950 millions d'euros". Plus conséquent, Armstrong pourrait devoir rembourser un jour les 7,5 millions de dollars gagnés en 2006 après un long bras de fer judiciaire avec l'assureur SCA Promotions, auprès duquel il avait misé sur ses victoires dans le Tour. Devant les soupçons de dopage visant le coureur, la société texane avait tenté d'obtenir le remboursement de ces primes, de 5 millions de dollars au total. Mais la transaction s'était conclue à l'avantage d'Armstrong, qui avait encaissé la totalité de ces bonus et 2,5 millions de dollars supplémentaires en intérêts et frais de justice. Le 14 juin dernier, Bob Hamman, PdG de SCA Promotions, avait cependant annoncé qu'il allait suivre de près l'action engagée par l'Usada: "S'il y a matière à agir en justice, nous allons évidemment le faire".

UNE IMAGE ECORNEE AUX USA

Intouchable du temps de sa "splendeur", Lance Armstrong n'est plus ce héros qu'on cite en exemple pour son courage et ses vertus morales. La presse et l'opinion publique américaine ont complètement viré de bord depuis la prise de position de l'Usada et la publication de son rapport. Hormis quelques fans aux yeux obstrués, tout le monde tire à boulet rouge sur l'ancien champion. Le New York Daily Mail y va même très fort en déclarant que "c'est une fraude jusque dans la moelle de ses os. C'est un menteur invétéré qui a trompé le public et les enquêteurs alors qu'il était sous serment. Et c'est un voyou qui a tenté de dissimuler sa triche systématique avec des menaces et des intimidations." Le site internet de la chaîne sportive ESPN, explique que "l'Usasa réécrit l'épitaphe sportive d'Armstrong de dopé potentiel à dopé reconnu." Sur Yahoo Sport, Jay Hart évoque tout simplement la plus grande supercherie de l'histoire du sport américain. Selon lui, après avoir berné le grand jury, "la fraude n'a marché que dans la tête d'Armstrong. Pour tous les autres, on sait maintenant que cette histoire semblait trop belle pour être vraie!" Grand manitou de la communication, Armstrong n'a plus que son compte Twitter pour lutter face à ce tsunami médiatique. Une goutte d'eau...

ARMSTRONG ET SA FONDATION CONTRE LE CANCER

Lance Armstrong, qui avait officiellement renoncé le 24 août à se défendre face aux accusations de l'Usada, avait affirmé vouloir se consacrer à sa fondation Livestrong pour laquelle ce survivant d'un cancer des testicules a drainé près de 500 millions de dollars de dons. Mais l'accumulation de preuves pourrait faire tourner le vent. De même les sponsors de Lance Armstrong et de sa fondation, à l'image de Nike, du brasseur Anheuser-Busch ou du fabricant de lunettes de soleil Oakley avaient maintenu leur soutien à Armstrong, fin août, malgré les accusations de l'Usada. Reste à voir s'ils resteront toujours sur cette position.