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Lance Armstrong interrogé par Oprah Winfrey | AFP

Armstrong, des larmes et quelques excuses

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Après avoir reconnu s'être dopé toute sa vie face à Oprah Winfrey, Lance Armstrong a évoqué avec émotion sa famille dans la seconde partie de l'entretien où il a également présenté ses excuses pour son attitude. Mais ce qu'il espère avant tout, c'est de pouvoir un jour reprendre la compétition grâce à une éventuelle remise de peine après ses aveux.

Après ses froids aveux de dopage diffusés la veille, Lance Armstrong a joué la carte de l'émotion dans ce second volet d'une heure consacrée à sa vie personnelle. L'ancien coureur a enfin avancé la demande de pardon que tout le public américain attendait de son mea culpa. "J'ai honte de ce que j'ai fait. C'est une sale affaire, a-t-il lâché. Je comprends leur colère, le sentiment d’avoir été trahis. Je vous ai menti et j’en suis désolé. Et je m’engage à leur présenter mes excuses aussi longtemps qu’il le faudra, en sachant que beaucoup ne reviendront pas."


Ces principales excuses, l'ex-roi du peloton les adresse à sa famille, la seule qui aura réussi à lui tirer une larme en 2h30 d'entretien. Il évoque sa mère "en ruines", son ex-femme Kristin qui "en savait un peu" et lui avait demandé de revenir sur le Tour 2009 sans substances dopantes, et surtout son fils aîné Luke qui ignorait tout. "Je l’ai vu me défendre. Dire que ce n’était pas vrai ce qu’on disait sur son papa. C’est là où j’ai su que je devais lui dire... Et il ne m’avait jamais rien demandé, il me faisait confiance, avoue-t-il les larmes aux yeux. Là, j’ai su que je devais dire quelque chose publiquement.  Je lui ai dit 'Ne me défends plus'. Il m’a dit 'OK' et qu'il m’aimait." Il a également tenu à renouveler ses excuses auprès des gens que l'homme qu'il fut auparavant a agressés, "un gars que je n'aime pas, qui se sentait invincible".

"Je mérite d'être puni, pas la peine de mort"

Interrogé sur le fait de savoir s'il avait des remords de s'être dopé ou regrettait seulement de s'être fait prendre, Armstrong a eu une réponse ambigüe : "Tous ceux qui se sont fait prendre le regrettent... Mais j’ai vraiment des remords. Je paie le prix, mais je le mérite". En voilà tout pour ses "révélations" sur le dopage. Le Texan n'en dira pas plus sur le fonctionnement de son passé de dopé ni sur le soi-disant réseau organisé.

Finalement, ce que L.A. regrette le plus n'est pas de s'être dopé toute sa vie et d'avoir menti, mais avant tout d'être privé de compétition. "Je mérite d’être puni. Je ne suis pas sûr de mériter la peine de mort", clame l'ancien vainqueur de la Grande Boucle au sujet de son interdiction à vie de toute compétition. S'il espère que cette interview l'aider à lever sa sanction en partie, il avoue cependant ne pas y "croire de manière réaliste". "C'est ce que j'ai fait toute ma vie. J'adore m'entraîner, courir, être sur une ligne de départ. J’adorerais pouvoir refaire de la compétition. Je trouve que je le mérite. Il faut prendre en compte le contexte, la culture de cette période. Si vous comparez aux autres, on pourrait échanger mes confessions contre dix ans. C’est ce que les autres ont reçu," explique-t-il sans détour.

La perte de Livestrong, son "6e enfant"

 

Sur son chemin de la rédemption télévisuelle, Armstrong n'a pas manqué d'évoquer les répercussions financières de cette affaire et principalement la perte de Livestrong. "De tout ce qui m'est arrivé ces derniers temps, (avoir dû quitter la  Fondation Livestrong) a été le moment le plus pénible, explique l'Américain qui a été remercié de ses fonctions de président d'honneur. La fondation était comme mon sixième enfant, ça m'a fait très mal". La perte de ses sponsors a eu un impact plus fort sur ses finances. "Ce sont 75 millions de  dollars qui sont partis en fumée, annonce-t-il. J'ai perdu tous mes futurs revenus." Et il lui faudra des fonds pour parer d'éventuelles poursuites.

En revanche, Armstrong a nié en bloc toute tentative de corruption auprès de l'Usada comme il avait évoqué l'UCI la veille. "Non, ce n'est pas vrai", a répondu l'ancien coureur quand la présentatrice américaine a évoqué les 250.000  dollars dont le patron de l'agence américaine, Travis Tygart, a affirmé qu'Armstrong avait  voulu faire don à son institution en 2004. "Il n'y a rien à ce propos dans les 1000 pages du rapport de l'Usada (qui a servi de base aux sanctions qui le touchent, ndlr). Pourquoi cela n'y  figurait-il pas ? C'est quand même une assez grosse histoire."

"Ce n'est pas vrai. J'ai demandé autour  de moi si quelqu'un (avait offert cet argent)... Si (un tel versement) avait  été fait, j'aurais été au courant." Ce démenti intervient après que Tygart eut indiqué il y a dix jours lors de  l'émission 60 minutes que son agence avait été approché par le clan Armstrong pour un don de 250.000 dollars ou d'une somme "dans cette fourchette". Le  patron de l'Usada avait fait part de sa "stupéfaction". "C'était un véritable confit d'intérêt pour l'Usada. Nous avons aussitôt  rejeté l'offre", avait-il dit. Tygart avait déjà dénoncé deux donations d'Armstrong à l'Union cycliste  internationale (UCI).

De ces 150 minutes d'entretien, il n'en ressortira pas grand-chose que le public ne savait déjà après les révélations de l'Usada. Un talk-show qui s'est apparenté à un numéro de questions-réponses savamment orchestré et rondement préparé où l'intéressé n'a reconnu qu'un "gros mensonge" et se doper n'était que "faire son boulot". Il faudra sans doute attendre son passage devant un véritable juge pour en savoir davantage. S'il a un regret, c'est finalement surtout celui de s'être fait prendre plus que d'avoir fauté. Il attend désormais la fin d'une histoire dont il "ne contrôle pas l'issue".