Après le désamour, et si le vélo était une des solutions du déconfinement ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Vélo Paris confinement

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Alors que l'usage du vélo est très fortement encadré depuis le début du confinement, voire interdit pour une pratique sportive, le cyclisme pourrait devenir une véritable piste à explorer pour le déconfinement. Récit de quatre semaines ambivalentes pour les usagers du vélo.

• Début du confinement : utiliser son vélo c'est interdit. Enfin pas vraiment. Ou un peu seulement ? 

Le lundi 23 mars, Edouard Philippe précise les contours du confinement. Les déplacements liés à l’activité physique individuelle sont limités à un rayon d’un kilomètre autour de chez soi, et pour une heure tout au plus, à condition d’être muni de la nouvelle attestation dérogatoire. Pourtant, les questions fusent, notamment chez les cyclistes. Peut-on faire du vélo, au même titre que les coureurs peuvent faire leur jogging ? La Fédération Française de cyclisme a été claire sur sa position, dès le 18 mars : la pratique du sport cycliste est une infraction. Le lendemain de la prise de parole du Premier ministre, l'Etat finit par emboîter le pas de la FFC. 

Utiliser son deux-roues ne serait ainsi autorisé que pour les déplacements professionnels ou nécessaires. Pas pour faire du sport ou s'aérer l'esprit ! "Pour les cyclistes, ça a été quelque chose d'incompréhensible pendant tout le confinement : pourquoi le jogging serait-il autorisé, et pas le cyclisme ? Pourquoi peut-on courir 1h, et pas rouler ?  Le jogging peut être traumatisant physiquement pour certaines personnes. Du coup elles se retrouvent sans solution pour aller se dépenser", déplore aujourd'hui le président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), Olivier Schneider

D'autant que cette consigne, clamée par la communication du ministère, n'est en réalité jamais traduite dans le marbre de la loi. Le décret initial est inchangé : il n'est jamais précisé à quel type d'activité peuvent s'adonner les Français pendant cette heure de "déplacements brefs". Et, face à ce flou, les réactions des forces de l'ordre se sont révélées très variables, d'un cas à l'autre, d'un territoire à l'autre, augmentant la confusion générale.

· Pendant le confinement : Malveillance envers les cyclistes ? 

La FUB a reçu plus de 800 témoignages de cyclistes "ayant utilisé leur vélo pour un motif légitime, notamment pour aller travailler ou faire leurs courses, mais ayant rencontré des incidents" comme précisé dans un communiqué paru ce mercredi. Souvent, c'est justement la suspicion entourant le vélo comme un outil de loisir, et non de transport, qui est en cause.

Plusieurs témoignages de cyclistes mécontents ont ainsi été recueillies par des médias locaux. Ouest-France, par exemple, raconte comment un homme a été interpellé en Loire-Atlantique alors qu'il se rendait à vélo... chez son médecin. "C'est considéré comme du sport" clament les forces de l'ordre d'après des propos rapportés par le quotidien.  "Pour certains gendarmes, le vélo semble avant tout être un jouet, un outil de loisir. Et le cycliste, quelqu'un qui joue, qui prend du plaisir alors qu’il aurait pu prendre sa voiture – comme si tout le monde avait une voiture - pour faire ce qu'il a à faire", regrette Olivier Schneider.

· Vers le déconfinement : Les Villes se lancent dans des plans vélo

Rien de tout cela n'annonce ce qui va suivre. Le 13 avril dernier, Philippe Saurel, le maire de Montpellier, annonce de nouveaux aménagements cyclables pour le déconfinement. Le lendemain, Paris lui emboîte le pas. C'est le début d'une pluie d'annonces de la part de plusieurs grandes villes françaises. Rennes, Nantes, Toulouse, Lyon, Lille et bien d'autres se lancent dans la construction de "pistes cyclables temporaires" et d' "urbanisme tactique".

Martine Aubry lance son propre plan vélo

Le but est de limiter les flux dans les transports en commun pour les premiers jours du déconfinement. Plus il y a de vélos, moins il y aura de contacts entre piétons sur les trottoirs, dans les bus, dans les métros. Face à cette cascade d'initiatives de la part des communes, l'Etat ne tarde pas à réagir.

Elisabeth Borne : "Le vélo est une bonne solution"

"Mon ministère les accompagne", assure Elisabeth Borne, la ministre des transports. "On distribue des fiches techniques, on est à l'écoute des collectivités pour les accompagner si nécessaire".

Dix jours plus tard, les projets annoncés se concrétisent déjà. Montpellier a ouvert sa première piste cyclable temporaire ce vendredi. "Ces aménagements offrent également la possibilité d'inciter à l'usage du vélo pour de nouveaux utilisateurs potentiels. Cette opération d'aménagement est la première d'un programme plus vaste d'urbanisme tactique qui prévoit l'aménagement de 15 km d'itinéraires cyclables provisoires."

"C'est un mouvement de fond", analyse Dominique Riou, chargé d’études au département Mobilité Transport de L’Institut Paris Region. "Il est à la fois lié à la sortie de crise, aux conditions sanitaires, et c’est une opportunité. C’est difficile de dire que c'est 'grâce' au covid...Mais il est clair que l'opportunité est grande." De son côté, le président de la Fédération des usagers de la bicyclette, Olivier Schneider, s'enthousiasme pour cet élan nouveau : "Si vous m'aviez dit, il y a quelques semaines, que notre visioconférence sur les moyens d'aménagement urbain cyclistes exploserait les scores, je ne vous aurais pas cru. C'est incroyable ce qui se passe." La dynamique était déjà là : à Paris par exemple, le nombre de cyclistes a bondi de 54% en un an en 2019. "Mais on peut assister à une vraie accélération avec ce déconfinement". Voilà qui consolera - peut-être - les cyclistes frustrés du confinement.