Covid-19 - Virgile Caillet, expert en marketing sportif : "Le coronavirus entraîne des pertes considérables"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
L'Inter Milan a affronté Ludogorets à huis clos

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Alors que le Covid-19 touche l'Europe de manière conséquente depuis quelques jours (804 cas recensés ce vendredi à la mi-journée), les événements sportifs sont de plus en plus bouleversés par la propagation du virus. Depuis plusieurs semaines, les compétitions sportives sont repoussées, se jouent à huis clos ou sont purement et simplement annulées à travers le monde, à l'image des deux dernières étapes du Tour des Émirats arabes unis. L'impact économique du virus sur le monde du sport est considérable, comme nous l'explique Virgile Caillet, expert en marketing sportif et délégué général de l'Union sport & cycle, qui souligne que l'incertitude engendrée par l'épidémie rend plus compliquée la prise de décision.

Quelles sont les conséquences directes auxquelles est confronté le monde du sport aujourd'hui avec l'épidémie du Covid-19 ?

Virgile Caillet : "Quand on s'attache à la filière du sport, il n'y a pas que les événements sportifs qui sont impactés par le coronavirus, mais également le commerce et l'industrie du sport. En ce qui concerne les détenteurs de droits, les sponsors, les organisateurs, il y a évidemment le sujet de l'annulation des compétitions, avec derrière les assurances qui couvrent la plupart des événements. Mais concrètement, cela entraîne des pertes sèches considérables avec par exemple les bénéfices liés à la billetterie qui tombent à l'eau. Mais il y a également la dimension commerciale, avec toute la problématique de la production et de l'approvisionnement. Avec le blocage des usines, qui sont majoritairement en Asie, les mises en quarantaine, on se retrouve avec des pénuries et des situations extrêmement complexes. D'ores et déjà, il y a des conséquences directes et il pourrait y avoir des ruptures de stock dans les magasins."

En raison des pertes sèches liées à l'annulation ou au passage à huis clos d'événements sportifs, pourrait-on assister au report de certaines compétitions ?

VC : "Ça me semble de plus en plus compliqué compte tenu de l'avancée du calendrier. On arrive au printemps et pour les sports collectifs notamment, il va y avoir une densité de compétitions importante. En football par exemple, on assistera rien que dans les prochaines semaines à la finale de la Coupe de la Ligue, aux demi-finales de la Coupe de France, aux huitièmes de finale de la Ligue des champions... Il est donc difficile de reporter les matches, et le huis clos pourrait être privilégié. Mais cela veut dire un manque à gagner considérable en termes de billetterie mais aussi sur les recettes 'matchday' avec les consommations autour des stades ou les ventes de produits dérivés."

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Pensez-vous que certains intérêts économiques pourraient passer devant le risque que représente le Covid-19 ? Est-ce que le principe de rentabilité pourrait prendre le pas sur le principe de précaution ?

VC : "Sincèrement, je ne le pense pas. Il y a une telle sensibilisation au plus haut niveau des instances mondiales que je ne vois pas le principe de précaution être battu en brèche par des intérêts économiques. En revanche, ces intérêts économiques sont tellement présents, tellement importants, qu'il faut avoir un maximum d'éléments à disposition avant de prendre une décision sur un événement sportif. Et c'est l'incertitude autour de ces éléments qui rend compliqué la prise de décision. C'est le cas avec les Jeux Olympiques et l'Euro par exemple. A priori, selon les scientifiques, le pic serait atteint en Europe dans le courant du mois d'avril. Mais d'ici au début de l'Euro à la mi-juin, va-t-on pouvoir maîtriser les choses ? Il est peut-être encore un peu tôt pour le dire."

Serait-il envisageable de voir certains sponsors se désengager aujourd'hui, en raison des pertes sèches que ces annulations pourraient engendrer ?

VC : "D'un point de vue de l'image de marque, ce serait très malvenu. Cela donnerait une impression d'opportunisme et de manque de compassion. Ce n'est pas la logique d'un partenariat. La situation est très délicate à gérer, mais un retrait serait très maladroit."

"Il s'agit d'un cas de force majeure qui remplit certains critères inscrits dans les contrats d'assurance"

À titre d'exemple, combien pourrait coûter l'annulation pure et simple des Jeux Olympiques de Tokyo ?

VC : "Certaines choses concrètes pourront être remboursées. Il y a des clauses d'annulation dans les contrats d'assurance et si le cas d'une épidémie internationale n'est pas exactement stipulée, il s'agit ici d'un cas de force majeure qui remplit certains critères inscrits dans les contrats. En revanche, toute la dimension immatérielle, on ne peut pas l'évaluer et c'est de la perte sèche. Par exemple, les revenus liés au tourisme ne peuvent pas être remboursés. Il est cependant compliqué d'évaluer ces pertes car il y a toujours cette incertitude et ce manque de lisibilité sur ce qui pourrait advenir. On ne sait pas combien de temps cette épidémie va durer. Il faudrait également prendre en compte les conséquences potentielles sur l'emploi avec tous les postes liés à la billetterie, la sécurité, les boutiques, qui ne seraient pas pourvus. Également sur la ville, sur un territoire. C'est valable également en France pour des plus petits événements, et c'est du concret aujourd'hui : si vous annulez les championnats de France d'athlétisme par exemple, c'est toute la collectivité qui est impactée."

A-t-on déjà connu un phénomène de cette ampleur aux conséquences aussi importantes sur l'économie du sport ?

VC : "Objectivement, je n'ai jamais connu ça, une telle incertitude et cette potentialité d'impact, à l'image du fait d'envisager d'annuler les Jeux Olympiques. On a vécu des boycotts par exemple, mais jamais une épidémie mondiale qui pourrait remettre en question de tels événements avec tous les enjeux économiques qui y sont rattachés."

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