Patrice Lagisquet et Philippe Saint-André
Patrice Lagisquet ici aux côtés du sélectionneur Philippe Saint-André | FRANCK FIFE / AFP

XV de France: un style à trouver en 2014

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Depuis qu’il a pris les commandes du XV de France fin 2011, le staff tricolore Saint-André-Bru-Lagiquet n’est pas parvenu à insuffler un style de jeu clair à des Bleus guère enthousiasmants cette année. Il reste deux ans pour trouver une identité et pour regagner la confiance nécessaire aux plus grandes victoires. C’est beaucoup et peu à la fois.

Le débat, éternel, fait rage dans le rugby français, jamais avare de joutes oratoires et de querelles de clochers. Entre les partisans du jeu d’attaque et de la prise de risque, et les aficionados du rugby réaliste qui d’après eux gagne plus souvent au plus haut niveau, rien n’a vraiment été tranché par Philippe Saint-André, Yannick Bru et Patrice Lagisquet, qui semblent chercher une voie médiane difficile à trouver.

Rugby stérile

Après avoir ralenti le jeu au maximum afin de ne pas s’exposer au rythme endiablé des All Blacks, puis jouer sans réserve contre le plus faible Tonga, les Français ont tenté de produire du mouvement face aux Springboks sans penser à d’abord avancer. Résultat ? Un rugby stérile, qui va de droite à gauche puis de gauche à droite, sans inquiéter l’énorme défense sud-africaine, sereine sur ses bases.

Beaucoup de spectateurs et pas mal d’observateurs aimeraient voir le XV de France évoluer comme les All Blacks ou –à défaut- comme les Gallois et leur flamboyant style offensif. Mais la France dispose-t-elle vraiment de ce type de joueurs ultra techniques capables d’arriver lancés, d’accélérer, de franchir, de passer les bras, et de refaire jouer derrière ?

Déficit technique

Hormis un grand espoir comme Gaël Fickou et à un degré moindre un Wesley Fofana bourré de talent mais qui a une fâcheuse tendance à s’isoler, qui d’autre peut s’enorgueillir d’un tel bagage ? Et c’est encore pire devant où certains piliers sont incapables de jouer des deux contre un, contrairement aux membres du pack néo-zélandais.

Mais l’équipe de France ne dispose pas non plus des gabarits monstrueux des Springboks voire des Anglais qui essayent de concasser l’adversaire, de le châtier avant de le déborder ensuite sur les ailes. Quelques balèzes (Louis Picamoles, Yohann Maestri, Pascal Papé, Mathieu Bastareaud) sont capables de le faire mais il est quasiment impossible de trouver quinze éléments massifs pour pratiquer ce genre de rugby fait de défi physique permanent.

La défense, pas le French Flair

Maintenant, ce rugby costaud emprunt d’un très grand réalisme a davantage réussi aux Bleus ces dernières saisons que l’intelligence situationnelle chère à Pierre Villepreux. Le French Flair des années 60 ou 80, c’est révolu. Le rugby pro ayant fait des joueurs des athlètes, les espaces se sont réduits comme peau de chagrin, et les défenses prennent souvent le pas sur l’attaque. Les meilleurs ballons proviennent des turnovers, ces fameux ballons de récupération qui permettent de prendre l’équipe adverse de vitesse. Pas moins de 45% des essais inscrits le sont comme ça.

Contrer pour gagner

D’ailleurs, comme par hasard, les meilleurs résultats obtenus par les Bleus l’ont été sur le contre. Sans remonter à l’époque Pierre Berbizier, quand le XV de France fût capable de remporter une série de tests en Afrique du Sud (1993) puis une autre en Nouvelle-Zélande (1994), avant de terminer sur le podium d’un Mondial destiné aux Springboks (1995), souvenons-nous du triomphe de Cardiff 2007 (quart de finale face aux Blacks, 20-18), du Grand Chelem de 2010 à zéro passe (12-10 contre l’Angleterre) ou du quart de finale du dernier Mondial contre ces mêmes Anglais, enlevé sur la gnaque et la pression défensive (19-12).

Prétendants au titre mondial ?

Donc cela ne sert à rien de s’alarmer, sauf à espérer que les Bleus deviennent une référence majeure du rugby mondial, ce qu’ils n’ont été que de façon sporadique, à la différence des Blacks et des Boks. La France a toujours navigué à vue entre deux rendez-vous planétaires. Pour ne prendre que les dix dernières années, la sélection nationale n’a gagné que deux fois le Grand Chelem (2004 et 2010) contre trois au pays de Galles (2005, 2008, 2012).

Mais les Bleus bénéficieront –comme d’habitude- de deux mois complets de préparation avant la Coupe du monde 2015 et ils seront prêts physiquement (à défaut de l’être totalement techniquement) pour réussir ce qu’ils ont déjà fait, c'est-à-dire un exploit qui permet de sauver la face (succès contre les All Blacks en 1999 et 2007 puis contre les Anglais en 2011, à chaque fois alors qu’ils n’étaient pas favoris). Pour remporter la Coupe du monde en revanche, il faudra autre chose.

Vidéo: Une saison 2013 à oublier

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