Frédéric Michalak et Dan Carter
Frédéric Michalak et Dan Carter, les deux maîtres à jouer | AFP

XV de France-All Blacks : Michalak défie Carter

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Du match dans le match entre le demi-d’ouverture des All Blacks et l’ouvreur du XV de France dépendra en partie le sort de ce choc des quarts de finale. Les trajectoires de Dan Carter et Frédéric Michalak ont épousé des courbes distinctes mais les deux joueurs se ressemblent en bien des points : stars très jeunes, gueules d’amour, ces deux talents ont régalé le monde de l’ovalie et se sont constitués de beaux palmarès. Mais seul le Néo-Zélandais a été champion du monde.

Carter a de qui tenir 

Daniel Carter et Frédéric Michalak ont le même âge (33 ans), puent le rugby tous les deux et peuvent faire basculer le sort d’une rencontre sur un coup de génie. Comme le numéro 10 kiwi, le trublion du Rugby Club Toulonnais bute et n’a pas été épargné par les blessures durant une carrière davantage sinusoïdale.

Annoncé comme un phénomène dès sa majorité, Carter était a suivi une progression linéaire dans la première moitié de son parcours. Elève attentif du classique Andrew Mehrtens, auteur de 967 points sous le maillot noir et référence du poste au tournant des années 90 et 2000, Dan le gaucher (1,78 m) a évolué au centre, aux côtés du fantasque Carlos Spencer, lors de sa première Coupe du monde en 2003. Il a pu tranquillement apprendre les fondamentaux du poste d’ouvreur en observant ses deux ainés même si le Mondial s’achève mal avec un échec inattendu devant le rival aussie.

Michalak rate le Mondial 2011

Fred Michalak (1,82 m), au contraire, a éclaté à la face de l’ovalie en cet automne australien. Durant toute la compétition, notamment face à l’Ecosse et l’Irlande, le droitier à l’instinct génial enthousiasme les foules. Jusqu’à la demi-finale catastrophique face à l’Angleterre où la pluie a raison du plan de jeu tricolore.

Quatre ans plus tard, Dan Carter a définitivement gagné ses galons de titulaire au sein de l’armada des Antipodes. Sacré meilleur joueur du monde en 2005 après notamment un chef d’œuvre face aux Lions (33 points inscrits dont deux essais), le numéro 10 des Crusaders s’affirme comme l’un des meilleurs ouvreurs de l’histoire du rugby en 2007.

Michalak, lui, alterne le chaud et le froid, remportant le Tournoi des 6 Nations en 2004 (Grand Chelem) et 2006, mais laissant Yann Delaigue s’installer à son poste en équipe de France puis se blessant gravement à un an du rendez-vous planétaire qu’il aborde comme un second choix derrière David Skrela et Lionel Beauxis.

C’est pourtant lui qui sera la star du quart de finale de Cardiff où les Bleus déjouent les pronostics. Rentré en jeu en début de second acte, Michalak transperce le cœur de la défense noire pour offrir à Jauzion l’essai de l’exploit (20-18) tandis que Carter est sorti avant l’heure de jeu, blessé et impuissant. Mais la désillusion frappera également le Français en demi-finale, de nouveau face aux Anglais.

En 2011, la déception est encore plus cruelle pour le natif de Toulouse, non retenue par Marc Lièvremont dans le squad et même pas rappelé pour la finale après la blessure de Skrela, le sélectionneur lui préférant le néophyte Doussain. Carter vit de son côté une situation paradoxale. Il offre un récital contre la France au premier tour mais se blesse et regarde ses coéquipiers triompher à domicile sans lui. Champion du monde sans combattre.

Carter plus fort que Wilkinson

Cette fois, les deux seront au rendez-vous du choc qui fait saliver l’hexagone. Très bon contre l’Italie et la Roumanie, l’ancien joueur des Sharks s’est montré décevant contre l’Irlande, justifiant les doutes de ses détracteurs sur sa capacité à faire gagner les Bleus dans les matches qui comptent vraiment. Peu en vue lors de la phase de groupes, le futur ouvreur du Racing a lui assuré l’essentiel en distribuant le jeu et en scorant au pied sans toutefois briller.

Considéré comme le meilleur demi-d’ouverture de l’histoire des All Blacks, devant Grant Fox, Andrew Merhtens ou encore Carlos Spencer, le brun ténébreux au physique de mannequin est devenu le meilleur marqueur international de l’histoire (1552 points) devant Jonny Wilkinson. Il a tout gagné, parfois sans jouer, sous ses différents maillots (Canterbury, Perpignan, Nouvelle-Zélande). Mais il aimerait enfin être décisif sur les matches couperets de la Coupe du monde avant de tirer sa révérence internationale.

Frédéric Michalak a également marqué l’histoire du rugby mais surtout au niveau national. Il a ravi à Thierry Lacroix son titre de meilleur scoreur du Mondial (136 points en tout) et à Titou Lamaison le trône de meilleur marqueur du XV de France (436 points depuis 2001).

Michalak, spectaculaire par intermittence

Avant de se défier de nouveau en Top 14 lors d’un Toulon-Racing, les deux hommes ont une ultime occasion de démontrer toute leur classe à Cardiff. Carter, qui n’a pas oublié 2007, tient à sa revanche. Michalak, qui rêve toujours de soulever le trophée William Webb Ellis malgré la pauvreté du jeu français, devra sortir le match de sa vie pour aider les Bleus à rallier le dernier carré.

Si Dan Carter affiche une régularité au plus haut niveau depuis plus d’une décennie, Fred Michalak s’apparente davantage à un intermittent du spectacle. Le nombre de sélections respectif des deux stars (77 contre 109) reflète l’influence qu’ils ont pu exercer : intermittente pour Michalak, déterminante pour Carter. L’étoile filante aura-t-elle raison du Roi Soleil ?   

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