La Nouvelle-Zélande
Les All Blacks sont avant tout un collectif | Maxppp - Laurent Theillet

Patience, confiance, expérience : la formule gagnante des Blacks

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All Blacks : deux mots universels devenus marque de fabrique, synonyme d'un savoir-faire ancestral et d'une recherche vitale de la perfection. Cette coupe du monde n’a pas failli à la tradition d’un rugby complet qui a permis à ce petit pays des Antipodes de 4,5 millions d’habitants de se transformer en royaume d’Ovalie. Cela n’est pas dû au hasard : la Nouvelle-Zélande incarne le purisme en matière de rugby, la technique, le savoir-faire et la passion.

Même s’ils étaient depuis longtemps considérés comme les joueurs les plus puissants de la planète ovale, les All Blacks se trouvaient parfois confrontés à des contempteurs difficiles et pointilleux leur reprochant, faits historiques à l’appui, d’avoir une fâcheuse tendance à flancher dans  les grands événements.

Ce samedi à Twickenham, dans une finale au sommet face à leur principal rival océanien, ils n’ont pas laissé passer l'occasion de tordre le cou à ces infamantes rumeurs en se parant de gloire à plus d'un titre: là, dans le Temple du rugby anglais, à  20.000 km d'Auckland, avec tous les atours de leur rugby. Les All Blacks ont ceint une nouvelle couronne, après avoir montré et démontré que leur application dans un jeu complet, associée à une grosse intensité physique, ne peut que s’inscrire dans un schéma efficace.

Des ingrédients efficaces

Tous les ingrédients habituels de leur réussite ont été réunis dans cette coupe du monde à l’image de la finale : un plan de jeu fait de risques calculés, basé sur l’occupation prioritaire du camp adverse, une conquête solide comme rampes de lancement, un jeu au sol maîtrisé, notamment dans les rucks pour se nourrir de ballons de récupération, et pour pouvoir enchaîner….  Alors bien sûr, il y eut aussi des moments où ils furent  mis en difficulté, mais ils ont su faire preuve de patience, sans verser dans le doute. La patience, première vertu cardinale.

Quand il le fallait, dans les moments cruciaux, les « gratteurs » se sacrifiaient pour reprendre une précieuse munition, les leaders Mc Caw, Read, Nonu, ralliaient la troupe à leur panache, Carter en métronome rassurait les siens par son jeu au pied. Cette capacité de gestion alliée à une confiance à toute épreuve a aussi pris une dimension supplémentaire grâce une brochette de joueurs de classe mondiale et surtout très expérimentés. Cette immense expérience s'est révélée extrêmement précieuse durant la compétition, notamment lors d'une demi-finale qu'il a fallu patiemment déverrouiller face à l'Afrique du Sud (20-18). Elle fut encore indispensable lors de la finale lorsque les Wallabies ont retrouvé des couleurs en deuxième période et tenter de rebondir dans le bon sens. Toute la lucidité des hommes de Steve Hansen, à l’image du drop salvateur de Carter à 15 minutes de la fin du match, a permis d’évacuer les dernières minutes qui auraient pu peser lourd en suspense.

Des vertus essentielles 

Certes l’Australie a eu un parcours beaucoup plus compliqué que les Blacks dans cette Coupe du monde et a laissé davantage de gomme et de moelle dans des combats âpres contre les Fidji, l’Angleterre, le Pays de Galles ou l’Argentine, et sans doute disposait-elle d’un réservoir un peu moins fourni pour refaire le plein de certitudes et de rechercher ses accus. Et indéniablement il lui aurait fallu être à 100% pour rivaliser avec des Blacks qui ont su faire le dos rond dans leur temps faible, avant de remettre l’accélérateur en même temps que la main sur le match…. Et qui ont fini par broyer les Australiens, comme ils l’avaient fait pour tous leurs adversaires du tournoi.

La formule gagnante des Blacks n’a donc failli dans ce dernier match décisif, celui qu'il ne fallait pas rater. Avec toutes ces vertus essentielles, la conjonction des astres était parfaite pour récompenser cet immense collectif, dans une sortie idéale pour une génération dorée, et pour les jeunes qui poussent à la roue, incarnant la tradition et la légende du rugby néo-zélandais, qui ne peut s’organiser qu’autour d’un groupe dispensant toutes les valeurs d’un jeu fondé sur l’histoire et le plaisir.

Christian Grégoire

Coupe du Monde de Rugby