Ben Smith (Australie-Nouvelle-Zélande)
Le Néo-Zélandais Ben Smith face àl'arrière australien Israel Folau | SAEED KHAN / AFP

Nouvelle-Zélande-Australie: quoi de plus logique ?

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Après un mois d'une compétition âprement disputée sur tous les terrains, où l'on a découvert des équipes en devenir qui ont parfois opposé de belles résistance, la hiérarchie a tout de même fini par s'affirmer. D'abord en convoquant les quatre nations principales de l'hémisphère sud dans le dernier carré, renvoyant le rugby européen à ses études, puis en offrant une finale royale mais somme toute logique entre les deux pays qui occupaient la tête du classement IRB, au début de la Coupe du monde.

Au fond, rien n'a donc vraiment changé au royaume de l'Ovalie. La Nouvelle-Zélande, tenante du titre et N.1 mondiale, sera bien au rendez-vous de la finale samedi prochain. Elle y retrouvera son voisin du continent océanien, qui a parfaitement géré son tournoi en s'extirpant du "groupe de la mort", laissant du même coup l'Angleterre, le pays hôte, sur le carreau. Quoi de plus logique donc que de retrouver ces deux mastodontes du rugby mondial, à la conquête une nouvelle fois du trophée William Webb Ellis qu'ils ont déjà remporté chacun à deux reprises ? Ce sera la quatrième finale pour les Wallabies, comme pour les Blacks, en huit éditions: excusez du peu ! Mais la finale sera inédite, puisque les deux équipes -qui s'affronteront pour la 155e fois depuis 1903- ne se sont jamais encore rencontrées à ce stade de la compétition.

Un parcours sans faute

Les deux formations n'évoluent pourtant pas tout à fait dans le même registre, sur le plan technique, et leur parcours, s'il fut sans faute pour tous les deux n'a pas été totalement parallèle. Les Néo-Zélandais ont traversé la compétition sans grandes frayeurs, avec un groupe à leur portée, où ils ont certes été accrochés par l'Argentine - demi-finaliste ne l'oublions pas- mais ont ensuite déroulé tranquillement inscrivant la bagatelle de 174 points avant de faire exploser le XV de France en quarts de finale avec 49 points d'écart et pas moins de neuf essais. De leur côté, les Australiens ont dû davantage batailler pour sortir en tête d'un groupe compliqué devant le Pays de Galles et l'Angleterre, et ils se sont faits très peur en quarts, s'imposant in extremis et d'un petit point face à l'Ecosse. Ironie du sort, ces Wallabies qui avaient semblé las et empruntés face à l'équipe du Chardon, ont retrouvé du gaz et une grosse force mentale pour se débarrasser d'une épatante équipe d'Argentine qui, en choisissant de favoriser le jeu, a redonné ses lettres de noblesse à un rugby hélas trop souvent réduit à la portion congrue. Pour la finale d'ailleurs, il est craindre que nous n'assistions pas à un feu d'artifice. Car la densité défensive des deux formations en présence ne devraient laisser que peu de place à l'initiative.     

La certitude des Blacks

Certes, les Blacks ont été secoués en demi-finales par des Sud-Africains qui n'ont guère proposé autre chose qu'une opération de destruction visant à profiter des fautes adverses pour prendre des points au pied. Ces derniers y sont en partie parvenus mais n'ont pas pu contenir la puissance et la vitesse d'exécution de Néo-Zélandais qui ne se sont jamais affolés. C'est d'ailleurs l'une de leurs qualités premières. Têtes froides, sans jamais paniquer, ils impressionnent par leur exceptionnelle maîtrise collective durant les temps faibles et quels que soient les enjeux, un atout considérable avant la finale. De la patience alliée à une solidité mentale, il en faudra pour ne pas rater ce rendez-vous. Attention toutefois pour ces Blacks, qui semblent ne pas avoir de doutes dans leur dans leurs capacités à s'adapter à toutes les situations pour faire de la victoire la norme, de ne pas être justement trop sûrs de leur fait.

L'Australie peut y croire   

Car l'Australie a aussi de sérieux arguments à faire valoir. Une défense de fer qui a contenu efficacement les assauts argentins, une énorme présence pour gratter des ballons au sol, mais aussi une division offensive qui peut créer le danger. S'ils parviennent à gommer les aspérités qui sont apparues lors de deux dernières sorties (en quarts et en demi) à savoir parfois des approximations et trop de fautes sur les regroupements, qui leur ont fait perdre des ballons intéressants, ils peuvent rivaliser avec les Blacks dans l'affrontement. En revanche pour les surprendre, ils devront sans doute modifier leur plan de jeu. Car s'ils se contentent comme à l'accoutumée de privilégier l'occupation du terrain adverse, en le quadrillant et en attendant que les occasions se présentent, ils risquent de trouver du répondant dans les relances.

Pour un troisième trophée

Entre deux équipes qui s'apprêtent à livrer un combat de tous les instants, d'un côté des Blacks pratiquant un rugby chirurgical, avec une organisation parfaite, de la vitesse et de la puissance, et de l'autre des Wallabies sans doute plus restrictifs, ne prenant que des risques calculés, mais forts dans l'abnégation, cette finale reste donc très ouverte. Les Néo-Zélandais peuvent conforter leur sentiment de supériorité en se disant qu'ils n'ont jamais été véritablement inquiétés depuis un mois, que leur préparation a été soigneusement élaborée et qu'ils n'ont omis aucun détails; qu'ils dégagent une force collective impressionnante et qu'ils peuvent en outre compter sur un groupe mêlant de jeunes joueurs de talent et de vieux grognards à plus de 100 sélections, lesquels seront peut-être décisifs dans ce genre de rencontre où l'expérience reste irremplaçable. 

L'Australie, qui a mené un travail colossal depuis un an, se rassurera en se rappelant qu'elle vient de remporter le dernier Rugby Championship, et qu'elle est l'équipe qui a le plus perturbé les plans des champions du monde ces quatre dernières années, avec une victoire et deux matches nuls (en 11 rencontres tout de même...). Enfin, les deux titres des Wallabies ont été conquis sur le sol anglais... C'est peut-être un signe ! Quoi qu'il arrive, l'équipe qui soulèvera le trophée Webb Ellis samedi prochain, le fera pour la troisième fois, ce qui constituera un record, qui lui permettra de prendre un leadership incontestable dans l'histoire du rugby mondial. Et rien que pour cela, cette finale vaudra son pesant d'or. 

Christian Grégoire

Coupe du Monde de Rugby