Marc Lièvremont
Marc Lièvremont | AFP - FRANCK FIFE

Lièvremont: "Un peu seuls contre tous"

Publié le , modifié le

A la veille de la finale de la Coupe du monde face à la Nouvelle-Zélande, le sélectionneur du XV de France Marc Lièvremont dresse un premier bilan et, dans une interview accordée à quelques médias, confie son ambition de bien "terminer l'aventure" en étant champion du monde. "C'est vrai qu'on se sent un peu seul contre tous. Mais, c'est bon aussi. Le rugby est un sport de combat collectif. Jouer dans l'adversité peut donner le meilleur dans certains cas".

Si on vous avait dit en 2008 que vous finiriez en finale de la Coupe du monde à l'Eden Park, vous auriez immédiatement signé ?
Marc Lièvremont: Non, la finale ne nous suffit pas, on aimerait être champions du monde. Le parcours a été compliqué. J'ai toujours cru en la possibilité de cette équipe. Malgré les aléas, malgré les trajectoires pas toujours linéaires, il fallait y croire de bout en bout. C'étaient mes premiers mots lors du premier rassemblement, le 28 juin. On est satisfaits d'être là, mais pas encore comblés.

Reuters: Comment avez-vous vécu cette semaine avant la finale ?
ML: Elle est longue, un peu stressante. On ne s'est peut-être pas attachés à relativiser, mais plutôt à apprécier ces moments. On joue à 21h et la journée de dimanche va être interminable. Le début de semaine a été posé, joyeux et concentré, avec l'envie d'apprécier ces moments. On se construit les uns et les autres des souvenirs en espérant que l'aventure va bien se terminer demain. Demain (ndlr, dimanche), on se promènera tous ensemble une dernière fois et on fera un footing collectif. Je passe beaucoup de temps à réfléchir et aussi à lire.

Reuters: Est-ce qu'il a y une tactique pour battre les Blacks ?
ML: Évidemment qu'on a essayé de donner des billes aux joueurs. On sait pertinemment que c'est la meilleure équipe de rugby au monde, de tous les temps. Mais de temps en temps, on arrive à les battre. Encore faut-il le faire au bon moment. Encore faut-il que tous les ingrédients soient réunis. Comme souvent, un match de rugby repose sur les fondamentaux. L'équipe de France doit aller chercher ce supplément d'âme qui la rend imprévisible, qui fait ressortir le meilleur de chacun d'entre eux et elle doit espérer que les dieux du rugby - ce n'est pas un blasphème - soient avec nous.

Reuters: La presse est contre vous. Le monde du rugby dit que vous ne méritez pas votre place en finale. N'est-ce pas un contexte parfait pour la France ?

ML: Je ne sais pas. On est à l'autre bout du monde et c'est vrai qu'on se sent un peu seul contre tous. Mais, c'est bon aussi. Le rugby est un sport de combat collectif. Jouer dans l'adversité peut donner le meilleur dans certains cas. Les joueurs se sont nourris de cette hostilité.

Reuters: Comment avez-vous ressenti la campagne de presse néo-zélandaise hostile qui a parlé notamment des brutalités des Bleus dans le passé ?
ML: On a reçu un accueil exceptionnel ici. Les gens sont charmants et ne nous branchent même pas. Je ne sais pas s'ils le pensent, mais ils nous souhaitent "bonne chance".
Cette campagne de presse est logique. On s'y attendait. Sur le terrain et hors du terrain, mes joueurs ont eu un comportement irréprochable. Ce sera aussi un atout important pour cette finale. Garder la maîtrise de nos nerfs, garder la maîtrise de la règle et jouer à la limite de cette règle comme le font souvent les Blacks.

Reuters: Est-ce que ces quatre années à la tête des Bleus vous ont changé ?
ML: Je m'étais promis de ne pas trop changer. J'ai toujours mes proches qui comptent énormément pour moi. J'ai quelques amis supplémentaires et quelques amis en moins. Cela fait partie de la vie quand on occupe cette fonction. On peut difficilement faire l'unanimité. Je le savais depuis le début.

Reuters: Comment allez-vous pouvoir vous passer des conférences de presse ?
ML: Vous allez beaucoup me manquer (sourire). Je vais demander à ce qu'on me passe les films de ces conférences de presse pour avoir une petite dose le matin et me désintoxiquer. Plus sérieusement, qui dit pression dit une forme de décompression à l'issue de quatre mois pleins et denses. Cela ne va pas être simple de revenir sur terre. Mon quotidien, mes enfants et mon épouse vont m'aider en cela.

Reuters: Comment vous voyez-vous lundi matin ?
ML: Avec la gueule de bois! Je me verrai bien champion du monde. Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. On va d'abord jouer le match. La moustache ? Elle va vite disparaître, je vous rassure.

Coupe du Monde de Rugby