Lièvremont Marc portrait tendu 03 2011
Le sélectionneur du XV de France Marc Lièvremont | AFP - Franck Fife

Lièvremont distribue les cartons à son groupe

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Au lendemain de la victoire peu probante contre le Japon (47-21), Marc Lièvremont n'a pas été tendre avec ses joueurs. A commencer par la charnière Yachvili-Trinh-Duc, "poussive", d'Harinordoquy, classé parmi "les laxistes", ou le trio Clerc-Médard-Heymans, qui a "alterné le bon et le moins bon". Au rayon satisfaction, le talonneur Servat qui "a réussi une entrée probante", comme celles de Poux, Szarzewski ou Parra, "très bon dans l'animation".

A l'entendre, les changements annoncés depuis longtemps pour le deuxième match de la Coupe du monde contre le Canada ne seront pas seulement dictés par l'envie de concerner tout le monde. Marc Lièvremont n'a pas vraiment assoupli son jugement après une nuit de repos. La victoire sur le Japon n'a pas effacé les erreurs, les errements, les approximations du XV de France, qui était "le XV type du moment", comme l'a rappelé le sélectionneur.

Au premier rang des reproches collectifs, il a ainsi regretté la légèreté" de certains joueurs. "On a vu des comportements assez différents. La charnière a été poussive sur le match. Le Yach (Dimitri Yachvili-NDLR), qui avait été très vif et alerte durant la préparation, a été aussi en dedans, avec beaucoup de déchet technique dans les transmissions. Et François (Trinh-Duc) s'est mis au diapason." La charnière, c'est fait, passons au reste. "D'autres joueurs se sont battus, comme (Fabien) Barcella ou la deuxième ligne, mais dans le désordre et en concédant des pénalités". Ce n'est pas un réel satisfecit. "D'autres encore ont été plus laxistes. Je pense à Imanol Harinordoquy, qui a été un peu léger comme peuvent parfois l'être les joueurs talentueux. Sur certaines séquences, il s'est montré très dilettante. Compte tenu de son talent, c'est agaçant." Une sortie qui fait écho aux déclarations du troisième ligne biarrot, sceptique quant à la méthode Lièvremont, quelques jours auparavant. En quelque sorte, la réponse du berger... Mais cette liste à la Prévert ne s'arrête pas là. "Les trois du fond (Vincent Clerc, Maxime Médard, Cédric Heymans-NDLR) ont aussi alterné le bon et le moins bon." Heureusement, certains ont quand même trouvé un peu grâce aux yeux du staff tricolore: "William (Servat) a réussi une entrée probante. Il a été notre fer de lance en mêlée et a réussi deux ou trois charges intéressantes. Les rentrées de Jean-Baptiste (Poux) et de Dimitri (Szarzewski) ont été dans la continuité de leurs deux premiers matchs, plutôt excellentes. Morgan (Parra) a été très bon dans l'animation, il a remis de la fluidité et de la vivacité dans le jeu."

Un sélectionneur qui houspille ses joueurs, cela n'est pas étrange. En revanche, c'est déjà ce genre de commentaires qu'avait lâché Marc Lièvremont durant le Tournoi des VI Nations, fini sur une défaite en Italie, la première de l'Histoire dans cette épreuve. Se dirige-t-on vers un dénouement identique ? En tout cas, fidèle à sa ligne de conduite depuis quatre ans, il ne remet pas tout en question. De toute façon, ce n'est pas maintenant qu'il va appeler de nouveaux joueurs, ou révolutionner tout le travail effectué depuis deux mois.

Extraits de la conférence de presse du sélectionneur.

- Que retenez-vous de ce match?
- "La frustration tellement notre match a été pollué d'approximation, de fautes technique, de fautes de discipline. Une douzaine de pénalités, beaucoup d'approximation sur des situations pour certaines relativement faciles. On avait étudié le jeu de cette équipe japonaise, on avait vu notamment pas mal de soucis dans l'organisation défensive sur phases statiques. On a su en profiter par moments et créer du déséquilibre mais que de déchet dans la finition, que de déchet dans l'organisation. (...) Les Japonais y ont cru, se sont montrés décomplexés. On a fait preuve de plus en plus de nervosité pour arriver à une situation extrêmement pénible et stressante à l'heure de jeu. Je ne sais pas si avec d'autres rebondissements, on aurait pu éventuellement perdre le match. Je l'ai pensé, je l'ai envisagé. On a su se mettre à l'abri à la fin. Le constat reste le même: au-delà de la victoire bonifiée, on voulait de la maîtrise, de l'engagement et de la constance sur ce match et on a tout faux de ce côté-là."
- Cette inconstance semble bien française...

- "Ce n'est pas que Français. Je doute que les All Blacks, pour ne citer que les meilleurs, soient vraiment satisfaits de leur deuxième mi-temps contre les Tonga. J'ai vu des Ecossais sérieusement accrochés par la Roumanie et même battus à quinze minutes de la fin. On a vu des Anglais dominés et très approximatifs contre l'Argentine, qui certes a fini 3e en 2007. Ca nous est arrivé dans le passé. On espère toujours que les mecs, en faisant abstraction du déséquilibre des forces, vont passer sur ce complexe psychologique et réaliser un match avec beaucoup de maîtrise mais ce n'est pas le cas et c'est décevant."
- Allez-vous modifier vos plans pour affronter le Canada?

- "Ca me fait réfléchir. Ne croyez pas que je ne me pose pas des questions en permanence et que je ne tiens pas compte de ça. Maintenant, je crois que ce serait une erreur malgré tout de tout remettre en question, de figer le groupe et de ne pas redonner une chance à certains joueurs qui ont réalisé un bon match à Dublin notamment. Dans l'ensemble, je ne crois pas que je vais modifier mes plans."
- Votre équipe ne manque-t-elle pas de leaders pour remettre les choses dans l'ordre dans l'adversité?

- "On l'a quand même fait en fin de match. On avait une grosse pression, on était à quatre points, on a su remettre le match dans le bon sens."
- Le problème semble davantage psychologique que rugbystique...

- "Oui. Quand je parle de suffisance, de laisser-aller, du fait qu'on n'a pas pris avec suffisamment de sérieux nos adversaires du jour, oui, c'est de la psychologie."
- L'objectif d'être champion du monde est-il toujours réalisable?

- "Aujourd'hui, je pense d'abord à préparer le match face au Canada (dimanche prochain) et à faire un meilleur match. Qu'il y ait du talent dans cette équipe, j'en suis persuadé. Elle l'a montré hier (samedi), même sur un match aussi brouillon. Bien sûr que l'objectif reste celui-là. Se qualifier d'une part, bien se préparer, réaliser un bon match face au Canada et aller vers ce titre de champion du monde."

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