La joie du XV de France
Le bonheur de Yachvili après l'essai de Maxime Médard contre l'Angleterre | AFP - GABRIEL BOUYS

L'éternelle résurrection du XV de France

Publié le , modifié le

Comme en 1999, comme en 2007, l'équipe de France a retrouvé ses valeurs et son jeu après avoir touché le fond contre les Tonga dans le dernier match de poule. Outsiders face aux Anglais, les Français se sont qualifiés pour les demi-finales, au prix d'une défense extraordinaire en 1ère période, et d'un jeu retrouvé des lignes arrières. Et si les fautes anglaises leur ont facilité la tâche, les Bleus n'ont pas usurpé leur 6e demi-finale en 7 Coupes du monde.

"On ira tous au paradis", voilà la musique que les organisateurs ont fait résonner dans l'Eden Park d'Auckland à l'issue du match. Après avoir frôlé l'enfer, après s'être brûlé les ailes contre les Tonga, les Français ont atteint des sommets. Quel changement. Tel le phoenix, le XV de France aune nouvelle fois confirmé sa capacité à renaitre de ses cendres. Humiliée contre les Tonga, incapable d'avancer, distribuant des passes au courant d'air, oubliant la notion de combat, l'équipe avait frôlé le ridicule dans ce dernier match de poule. Déjà peu convaincant depuis le début de cette Coupe du monde, ce collectif a été encore vertement critiqué durant toute la semaine précédant ce "crunch" contre l'Angleterre, pour une cinquième confrontation dans le Mondial entre ces deux nations. Et pour la deuxième fois de l'Histoire, la France est sortie victorieuse du terrain. Avec quelques recettes simples pour aboutir à un nouvel exploit qui fait toute la légende de cette équipe, à travers les époques.

La notion de combat retrouvée

Après la pâle copie rendue la semaine dernière, le mot d'ordre était simple: revenir aux fondamentaux. Et l'Angleterre est toujours le meilleur adversaire pour y parvenir. C'est donc d'abord la défense qui a montré le bon chemin. Comme au temps du Grand Chelem 2010, la France a retrouvé une grosse solidité dans ce domaine, au cours d'une première période cruciale. D'entrée, les Anglais ont imposé du jeu et du rythme, et le rideau bleu a répondu présent, parfois de justesse, mais toujours au moment juste. En remettant le combat au centre de leur jeu, les Français ont remis toutes leurs idées en place, retrouvant également une mêlée, une touche conquérante, et même mieux, des lignes arrières enfin cohérentes, enfin en place, enfin dynamiques tant en attaque qu'en défense. Tout s'est parfaitement déroulé jusqu'à l'heure de jeu, jusqu'à ce que les fautes s'accumulent face à la pression de la Rose.

En décidant de prolonger l'aventure de la paire Yachvili-Parra à la charnière, Marc Lièvremont a joué un coup de poker gagnant. Le Biarrot a parfaitement géré le jeu jusqu'à sa sortie du terrain, ses coups de pied par dessus mettant souvent l'Angleterre en difficulté, et parvenant à passer les premiers points importants dans cette rencontre avant de connaître un peu de déchet. Quant au Clermontois, il a donné le rythme offensif, livrant aussi un superbe match défensif, avant de finir au poste de N.9 pour terminer le travail. Mais pour que cette charnière déploie un tel match, il fallait un pack qui avançait, et une troisième ligne retrouvée autour d'un Bonnaire toujours exemplaire et auteur de 19 plaquages, d'un Dusautoir très présent avec 16 plaquages à son actif, et d'un Harinordoquy intenable et élu homme du match. Très critiqué par son sélectionneur durant la phase de poule, le Biarrot a répondu sur le pré, devenant le symbole de la révolte tricolore qu'il avait promise la semaine dernière. Parole tenue. La performance du cinq de devant a été exemplaire, le retour de Nicolas Mas n'étant sans doute pas étranger à ce renouveau. Et la deuxième ligne Papé-Nallet a sans doute apporté un supplément de confiance en allant voler quelques ballons en touche, avant de faire le travail au coeur du combat.

Médard toujours au top

Derrière, pour la première fois de la Coupe du monde, le duo Rougerie-Mermoz a enfin montré que son association pouvait solidifier ce centre du terrain. En parvenant à contrer notamment Tuilagui, l'un des rares Anglais à percuter avec bonheur le rideau défensif, les deux hommes ont réalisé une grosse partie du travail. Mais ils ont aussi ouvert des brèches offensivement. Quant au trio de fond de terrain, Clerc-Médard-Palisson, il a beaucoup brillé. L'arrière toulousain a encore une fois montré qu'il était le plus constant depuis le début du Mondial avec Bonnaire, replaçant souvent son équipe dans le bon sens grâce à ses crochets et sa capacité à trouver des petits espaces. Son coéquipier au Stade, Vincent Clerc, a inscrit son 6e essai personnel dans cette Coupe du monde (revenant à hauteur de Chris Ashton jusque-là meilleur marqueur), apportant sa vitesse et étant précieux dans tous les compartiments, glissant souvent à bon escient pour couper les ailes de Cueto. Quant à Palisson, il a aussi joué au poisson-pilote sur certaines relances, étant le dernier passeur pour l'essai de Maxime Médard. Et les remplaçants n'ont pas démérité non plus, contribuant à garder l'équipe de France la tête hors de l'eau lorsque l'Angleterre se faisait très pressante en fin de match.

Après la révolte interne de 1999, qui avait abouti à la victoire en demi-finale contre les All Blacks, après la révolte sur le terrain en 2007, qui avait permis de vaincre les favoris néo-zélandais en quarts de finale, l'équipe de France vient d'écrire une nouvelle page de son histoire en Coupe du monde. Jamais morts, les Bleus restent de redoutables compétiteurs, et apportent une nouvelle démonstration que cette équipe, à travers le temps, reste une formation "à réaction", imprévisible.

Coupe du Monde de Rugby