Isitolo Maka
Isitolo Maka, de face, avec son frère Finau, de dos | AFP - Franck Fife

Les frères Maka, les Toulousains des Tonga

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Le Stade Toulousain sera fortement représenté lors du match décisif du groupe A entre la France et les Tonga, samedi. Outre les quatre Toulousains présents d'entrée en équipe de France (Servat, Dusautoir, Médard, Clerc), deux anciens pensionnaires du club seront en face. Isitolo Maka, ancien N.8 perforant devenu sélectionneur, et Finau Maka, son frère qui lui avait succédé dans la Ville Rose et qui est capitaine de la sélection.

"Je connais pas mal de joueurs au sein du XV de France donc ça va être un peu bizarre, un peu spécial", concède Finau Maka. "Peut-être qu'on va aller à la pêche ensemble jeudi". Les frères Maka en connaissent un rayon sur les joueurs français en général, et les Toulousains en particulier. C'est logique, puisque le premier a passé neuf saisons (2001-2010) au Stade Toulousain, le second y restant six ans (2000-2006). Isitolo a ouvert la voie, et c'est désormais en tant que sélectionneur de l'équipe des Tonga qu'il officie, avec son frère à ses côtés puisqu'il en est le capitaine. Samedi, ils ne seront donc pas en terrain inconnu à l'heure de défier l'équipe de France dans un match encore crucial, malgré les deux défaites au compteurs des Tongiens, contre la Nouvelle-Zélande et contre le Canada. S'imposer avec le bonus sans que les Français en inscrivent un leur ouvrirait les portes des quarts de finale. A trois jours de cette affiche, il est encore temps d'évoquer les souvenirs.

Avec des caractéristiques différentes mais le point commun d'une énorme puissance, les deux joueurs ont accompagné le club de la Ville Rose aux sommets. Isitolo, âgé de 36 ans, est devenu champion de France en 2001 et champion d'Europe à deux reprises (2003, 2005), son frère, désormais âgé de 34 ans, étant de la partie en 2005 et conquérant le titre national en 2008. "Etre l'entraîneur des Tonga dans un match face à la France, c'est un véritable privilège, surtout face à Emile (Ntamack) avec qui j'ai joué, et Marc (Lièvremont) contre qui j'ai joué", avoue l'ancien All Black. D'origine tongienne, il n'a jamais porté le maillot de son pays, préférant évoluer avec la Nouvelle-Zélande pour quatre sélections, contrairement à son frère. Avec lui, la France du rugby a découvert ces N.8 surpuissants, franchisseurs d'obstacles et de défense, imperturbable en défense. Son frère, qui pouvait aussi évoluer à l'aile de la 3e ligne grâce à une belle capacité à couvrir de la distance, n'a jamais renié la filiation sur le pré. A eux deux, ils ont ouvert la voie aux Chris Masoe (Castres), Shauwn Sowerby (Toulouse), Henry Tuilagui (Perpignan), Jone Qovu (Racing), Sione Lauaki (Bayonne), qui évoluent cette saison dans le Top 14 avec ces mêmes caractéristiques.

La promesse d'un match physique

S'ils ont marqué de leur empreinte leur passage à Toulouse, les deux hommes ont été autant marqués par ces années. Isitolo Maka a "apprécié chaque moment de mes six années à Toulouse", alors que son frère Finau parle de la France comme de "ma deuxième maison". Après Toulouse, il est parti jouer à Aix-en-Provence, en ProD2, avant de poser cette année ses valises à Pamiers, en Fédérale 3. "Ce sera mon dernier défi", annonce-t-il. "J'ai eu des contacts avec certains clubs anglais mais l'Angleterre ce n'est pas pour moi, il fait trop froid", explique-t-il, avant d'ajouter: "Ma femme parle très bien le français. Elle va travailler. Ca va être une nouvelle vie, je vais plus m'occuper des enfants, les emmener à l'école, etc. et après, pourquoi pas rester encore un peu, trouver un club à entraîner..."

Mais à l'heure de jouer ce match si important, toutes ces considérations resteront aux vestiaires. "Tout le monde dans l'équipe réalise combien ce match est important. Il faut non seulement le gagner mais empêcher la France de prendre un point de bonus défensif. C'est un gros match pour nous", résume Isitolo. "Je peux vous garantir que ça va être un match vraiment physique. On n'a rien à perdre, c'est le dernier match, on va tout mettre". Et son frère Finau de renchérir: "On est venu avec l'espoir de se qualifier et pour le moment, nous n'avons pas perdu cet espoir. C'est notre dernière chance de transformer notre rêve en réalité". Et de pointer du doigt une faiblesse entrevue du côté tricolore: "J'ai été plutôt surpris de voir la mêlée française en difficulté face aux All Blacks car les Français sont souvent très bons dans cet exercice. On pense qu'on peut leur donner du fil à retordre dans ce domaine. On sait que si leurs avants avancent, les trois-quarts vont être bons, donc il faut les arrêter dans ce secteur. J'espère qu'on y arrivera." Et son frère d'insister: "Notre mêlée s'est beaucoup améliorée, et notre coach des avants (Dan Cron, le fils de Mike Cron, en charge de la mêlée All Black, ndlr) nous a beaucoup aidés".

Les Français sont prévenus, les Maka sont bien décidés à oublier leur passé pour mieux construire l'avenir.

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