Marc Lièvremont
Marc Lièvremont croise les joueurs gallois dans l'hôtel au lendemain de la qualification des deux équipes qui s'affronteront en demi-finales du Mondial | AFP - FRANCK FIFE

Les Bleus de retour sur terre

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Au lendemain de la victoire exaltante sur l'Angleterre, le XV de France a retrouvé ses esprits et calmé le jeu: "On reste concentré sur l'objectif d'être champion", lance Julien Bonnaire, l'un des plus constants de cette équipe depuis le début de la Coupe du monde. "Les pièges, ce serait de rester sur la satisfaction d'avoir gagné un match, de ne pas le digérer, de passer la semaine à se satisfaire des félicitations de nos proches", avertit Marc Lièvremont.

Cela faisait si longtemps que Marc Lièvremont n'avait pas lâché les chevaux, qu'il n'avait pas cédé à l'euphorie, qu'il n'avait pas envoyé un sourire franc et entier. "Battre les Anglais, quel pied" avait-il lancé, encore sur le terrain, "claquant" la bise à son ancien partenaire en Bleu, Christian Califano, venu l'interviewer. Depuis son entrée en fonction au lendemain de la Coupe du monde 2007, ils ont été rares les moments où il a affiché un tel visage. Cela résume bien la libération qu'il a ressentie en voyant son équipe pratiquer un jeu intelligent et gagnant, pour s'ouvrir les portes des demi-finales, alors que beaucoup lui promettaient l'humiliation et le déshonneur. Si cet intermède a permis de libérer la pression de la cocote-minute, elle ne lui a pas fait perdre le sens des réalités. "Le risque, ce serait que les joueurs croient qu'ils sont de super bons joueurs de rugby alors qu'ils sont les mêmes qu'à Wellington (contre les Tonga). La seule différence, c'est qu'ils avaient 'une grosse paire' en plus", a-t-il lancé en conférence de presse, retrouvant un verbe et une attitude plus conforme au joueur de devoir qu'il était.

Ne pas répéter l'histoire

"Il ne faut pas passer d'un extrême à l'autre. Les débuts ont été difficiles. Il y a peut-être eu un déficit de confiance mais aussi une mauvaise perception de l'événement et des sacrifices qu'il induit. Les pièges, ce serait de rester sur la satisfaction d'avoir gagné un match, de ne pas le digérer, de passer la semaine à se satisfaire des félicitations de nos proches. Ce serait aussi de vouloir satisfaire les médias avec des comportements différents, ainsi que les agents, qui vont encore promettre monts et merveilles." Marc Lièvremont est bien placé pour savoir ce que l'exploit d'un jour peut coûter le lendemain. Il faisait partie de la révolution interne qui avait permis au XV de France de battre la Nouvelle-Zélande en demi-finale en 1999, avant d'être dominé par l'Australie en finale. "L'histoire se répète. Quels que soient ses talents, l'équipe de France a toujours connu un échec après avoir remporté un match au forceps en ayant actionné les leviers que sont l'orgueil, la fierté et la colère. Avant ce groupe, presque toutes les générations françaises avaient fait une performance comme celle-ci. C'est souvent arrivé dans l'histoire du rugby français".

L'objectif d'être champion

Julien Bonnaire en connaît également un rayon. Il était présent à Cardiff voici quatre ans pour vaincre les All Blacks avant de sombrer contre l'Angleterre en demi-finale. Meilleur joueur français depuis le début de la compétition, le Berjalien de filiation mais Clermontois d'adoption est l'homme idéal pour ne pas s'enflammer: "Je n'avais pas envie que ça soit mon dernier match de Coupe du monde. J'avais envie de continuer l'aventure et elle continue. Il reste deux matches pour arriver au sommet, ce n'était qu'une étape. On reste concentré sur l'objectif d'être champion. On sait par quoi ça passe, il y a beaucoup de sacrifices à faire sur le terrain. Il faut s'en donner les moyens mais je crois qu'on en a les moyens et le potentiel. Ne nous posons pas de questions, continuons à nous faire plaisir comme aujourd'hui (samedi), pas forcément en touchant beaucoup de ballons mais en étant dur à l'impact. C'est aussi ça le rugby. C'est surtout ça." Pour sa 69e sélection, il affrontera pour la septième fois le Pays de Galles, "une équipe qui envoie énormément de jeu avec des joueurs de talent. Mais peu importe qui on a en face de nous".

Dans son esprit et sans nul doute celui de ses coéquipiers, la semaine passée, les affres de la défaite contre les Tonga, restent encore très présents dans la tête: "On a été concentré toute la semaine. On était forcément très déçu, très frustré par rapport à ce match, par rapport à tous ces gens qui sont venus pour nous, qui pour certains ont économisé depuis quatre ans pour pouvoir se payer ce voyage, et les gens restés à la maison qui nous regardaient. On avait envie de leur montrer le vrai visage de l'équipe de France". Pas forcément celui des Bleus historiques, Marc Lièvremont appelant son groupe "à écrire sa propre histoire".

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