Aaron Cruden
L'ouvreur néo-zélandais Aaron Cruden | AFP - GABRIEL BOUYS

Les Blacks et le dilemme du 10

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Après avoir perdu sur blessure Dan Carter, puis Colin Slade, la Nouvelle-Zélande se trouve avec deux ouvreurs, appelés de dernière minute, pour finir la Coupe du monde et d'abord affronter l'Australie en demi-finale. L'entrée en jeu d'Aaron Cruden contre les Pumas a donné satisfaction. Stephen Donald (futur joueur de Bath) est arrivé comme suppléant et le demi de mêlée Piri Weepu, buteur en 1/4, peut également jouer à ce poste. Quelle option sera adoptée ?

Avoir le meilleur joueur du monde a des avantages. Et des inconvénients. Avec Dan Carter dans ses rangs, la Nouvelle-Zélande disposait d'un parfait chef d'orchestre, meilleur réalisateur du monde, défenseur intraitable. Mais sa présence empêchait indirectement ses successeurs de faire leur place au soleil. Colin Slade était le premier sur la liste, mais il s'est blessé contre l'Argentine. Appelé pour palier toute nouvelle blessure, Aaron Cruden ne pensait pas montrer son savoir aussi vite. Et c'est désormais lui qui se trouve en pole-position pour porter le maillot de N.10 en demi-finale contre l'Australie, avec Stephen Donald comme suppléant annoncé. 

Cruden et Donald, le nouveau et l'ancien Chief

"La semaine dernière, il faisait du skateboard vers Palmerston North, buvait quelques bières et nous regardait à la télé", a déclaré le sélectionneur néo-zélandais Graham Henry. "Dèsormais c'est le numéro 10 des All Blacks. C'est un gros défi pour lui mais le week-end dernier, il a dirigé l'équipe particulièrement bien". L'hommage est sincère, même si le sélectionneur a tout intérêt à mettre son joueur dans les meilleures conditions pour défier Quade Cooper le week-end prochain. Beaucoup plus à l'aise que Slade contre les Pumas pour gérer le jeu et se permettant même d'aller défier la défense adverse, le futur ouvreur des Waikato Chiefs semble avoir les épaules pour relever le défi de mener le jeu vers le sacre mondial. D'autant qu'il a été défait de la pression des coups de pied, pris en main par Piri Weepu (7/8 au pied contre les Pumas), demi de mêlée pouvant également évoluer en 10. L'association a été productive, mais derrière un pack dominateur et dans une fin de match plus à l'avantage des All Blacks. Face aux Wallabies, le scénario pourrait ne pas être le même.

Stephen Donald pourrait-il être la surprise du chef ? A 27 ans, avec 22 sélections au compteur, il avait pratiquement fait une croix sur ce maillot après avoir été écarté du groupe puis avoir signé un contrat avec Bath, libérant sa place d'ouvreur chez les Waikato Chiefs à... Aaron Cruden. "J'étais en train de pêcher sur la rivière Waikato", racontait-il en conférence de presse. "Je n'ai pas entendu un ou deux appels de Graham. Puis j'ai reçu un coup de téléphone de Milsy (Muliaina) et il m'a dit 'répond à ton portable espèce d'idiot'. J'ai été assez surpris même si je n'avais pas totalement abandonné l'idée d'être appelé. Je passais un bon mois, et comme tout le monde, j'aimais regarder la Coupe du monde à la télé. Bien sûr je regardais les matches en me disant 'Comme j'aimerais y être !'. Maintenant j'y suis".

James, seul "intru" parmi les 10 couronnés

Pour le match le plus important de la vie de ces All Blacks, devant leur public qui n'attend rien d'autre qu'une victoire en demi-finale puis un sacre mondial la semaine suivante, la conduite des opérations devrait être confiée à un jeune joueur de 22 ans, qui fêtera alors sa 8e cape. L'option Weepu en 10 semble écartée: "Piri dirige bien la manoeuvre en n°9. Je pense que ce serait risqué de tout changer maintenant", a affirmé Wayne Smith, adjoint de Henry.

Il reste à savoir si, face à une défense acharnée et très solide de l'Australie, le duo Weepu-Cruden s'en sortira aussi bien ? Bien évidemment, si l'ouvreur des Wallabies, Quade Cooper, est de nouveau transparent, comme contre les Springboks, une partie du chemin sera fait. Mais attention, dans l'histoire de la Coupe du monde, jamais une équipe n'a été sacrée sans un demi d'ouverture de renom, hormis peut-être les Sud-Africains, couronnés en 2007 avec Butch James. En 1987, c'était Grant Fox. En 1991, c'était Michael Lynagh. En 1995, il s'agissait de Joel Stransky. En 1999, Stephon Larkham. En 2003, il portait le nom de Jonny Wilkinson. Mais cette Coupe du monde, peut-être en raison du ballon, n'a pas fait briller de mille feux les N.10 du monde entier.

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