Julian Savea Nouvelle-Zélande
Julian Savea marque en coin pour la Nouvelle-Zélande | LOIC VENANCE / AFP

Les All Blacks en clair obscur

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Après un début de match étincelant, la Nouvelle-Zélande a peiné pour se défaire d'une accrocheuse Georgie à Cardiff (43-10). Sur courant alternatif, les All Blacks n'ont pas levé tous les doutes quant à leur véritable état de forme.

Une minute et 13 secondes pour inscrire le premier essai, 22 minutes pour s'assurer le bonus offensif, la Nouvelle-Zélande n'a pas trop lambiné en chemin. Cibles de quelques critiques voilées, qui leur reprochaient un début de tournoi en demi-teinte, les All Blacks ont rappelé pourquoi ils restaient des magiciens noirs... avant de donner raison à leurs détracteurs en bafouillant soudain complètement leur rugby ! Difficile donc de se faire une opinion fiable sur cette équipe aux deux visages. Aveu de faiblesse relatif ou volonté de cacher son jeu ? Une chose est sûre, le XV à la Fougère possède suffisamment d'expérience pour gérer sa montée en puissance et on en saura certainement beaucoup plus en quart de finale contre l'Irlande... ou la France. 

Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que le monde ne découvre Waisake Naholo. L'histoire de la guérison surnaturelle de l'ailier d'origine fidjienne est connue mais on attendait surtout de voir le prodige à l'oeuvre. On n'a pas été déçu. Sur son premier ballon, Naholo déchire, sur sa simple vitesse, le rideau géorgien et inscrit le premier essai du match dès la première minute ! Mais, même si ce n'est pas le genre de la maison, la Nouvelle-Zélande se grise peut-être un peu et se prend un "essai casquette" quelques instants plus tard par Tsiklauri (7-7, 5e). Le Millenium, ravi de voir les Lelos tenir tête aux Blacks, exulte mais la machine à essais Julian Savea va le faire revenir à la raison. Par deux fois, l'ailier aux faux-airs de Jonah Lomu aplatit en coin (17-10, 17e), signant au passage ses 33e et 34e essais en 38 matchs. Un rythme qu'aucun joueur au monde n'est pour l'instant capable de tenir. 

Black micmac

Et puisque tout le monde, ou presque, est capable de jouer ailier au sein des champions du monde en titre, c'est le pilier Dan Coles, mis sur orbite par Richie McCaw, qui inscrit l'essai du bonus (22-10, 22e). Finalement, le seul point noir de cette entame de match chez les Blacks, c'est le manque de réussite de Dan Carter dans ses transformations, l'habituel métronome n'en passant qu'une sur quatre. Puis, inexplicablement, c'est tout le XV néo-zélandais qui, à l'instar de son ouvreur star, va se dérégler. Gênés par la défense haute des Géorgiens, les hommes de Steve Hansen multiplient les imprécisions et les en-avants et, s'ils ne sont pas mis en danger par les vainqueurs de Tonga (17-10), ils ne parviennent pas non plus à se détacher au score avant la pause. 

La reprise est marquée par les mêmes surprenantes hésitations du côté des Kiwis. La Georgie se bat sur tous les ballons, fait mieux que résister en mêlée et, au final, continue de faire déjouer les partenaires de McCaw, qui plus est sorti sur blessure. Impuissants dans leur jeu au large, les All Blacks se replient alors vers les fondamentaux et, après plusieurs "pick and go", Read marque en force sous les perches (29-10, 52e). En dépit de ce sursaut, la sauce ne prend toujours pas. Pire, la fin de match est clairement géorgienne, les partenaires de Gorgodze assiégeant même les Néo-Zélandais dans leurs 22 mètres. Par bonheur pour eux, ils peuvent toujours compter sur Julian Savea, auteur d'un triplé, pour se donner de l'air (73e) et sur Fekitoa pour faire croire à une victoire facile (43-10, 77e). Mais il faudra se souvenir de cet étrange "black out"... 

Julien Lamotte

Coupe du Monde de Rugby