Rob Simmons domine Fulgence Ouedraogo en touche (Australie-France)
Rob Simmons au-dessus des Français en touche, tout un symbole | PATRICK HAMILTON / AFP

Le XV de France se trompe de jeu

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Le rugby français a beau vilipender son équipe nationale, il se gargarise encore trop des années fastes où le french flair permettait de renverser les cadors de l’ovalie. A un peu plus d’un an de la Coupe du monde anglaise, le XV de France n’évolue plus dans la cour des grands. Il faut l’admettre et revenir à un jeu plus basique et surtout plus efficace, sous peine de grave désillusion.

Le XV de France vit sur un mythe. Celui du beau jeu des décennies fastes –principalement les sixties et les années 80- qui ont alimenté la légende des petits Bleus frappés du coq. Celui qui veut que les Tricolores soient capables des plus grands exploits face aux Blacks, aux Boks ou aux Wallabies et qu’il suffit d’envoyer du jeu pour que ça passe. En gros, la balle à l’aile, la vie est belle !

Les manques des trois-quarts français

Mais si la France a disposé de très grands attaquants durant trois ou quatre décennies (des frères Boniface à Jauzion en passant par Maso, Codorniou, Sella ou Blanco), ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Le Top 14, de façon très cruelle, a montré les lacunes techniques des joueurs français comparés à certaines stars étrangères (Wilkinson, Giteau, McAlister, Habana, Ranger, Sexton…etc).

Les trois-quarts français, qui passaient pour la référence en matière de rugby il y a trente ans, sont aujourd’hui derrière les All Blacks, les Australiens, les Gallois, les Irlandais. Même les Anglais semblent aujourd’hui développer un jeu de ligne plus consistant et plus élaboré que celui prôné par Messieurs Saint-André et Lagisquet en sélection.

Exploits en trompe-l'oeil

Cela ne date pas d’aujourd’hui. N’oublions pas que, hormis le fantastique Australie-France de la première Coupe du monde (en 1987), toutes les grandes performances des Coqs sont la résultante d’un jeu de contre parfaitement exécuté. En 1999, le XV de France enthousiasme tout le pays sur un match exceptionnel face à la Nouvelle-Zélande en marquant quatre essais dont trois après des coups de pied aux rebonds favorables. Avant cela, rien ou presque.

En 2007, les Bleus réussissent l’improbable en éliminant de nouveau les Blacks, favoris du Mondial, en quart de finale à Cardiff. Une défense de fer et un essai de Jauzion après une passe en-avant de Michalak font la différence. Idem en 2011 avec des succès sur l’Angleterre puis le pays de Galles qui doivent davantage à la rigueur et à l’expérience d’un groupe de vieux grognards (Nallet, Bonnaire, Harinordoquy, Servat) qu’à la vista des funambules de derrière.

PSA comme Liévremont

La France de Marc Lièvremont, coach autant décrié en son temps que Philippe Saint-André aujourd’hui, était même passée tout près de priver les Néo-Zélandais d’une consécration mondiale qu’ils attendaient depuis 24 ans. En misant sur les fondamentaux : conquête, mêlée, touche, défense. Le Grand Chelem de 2010, le dernier à ce jour côté français, s’est achevé par un énorme combat face au XV de la Rose, gagné 12-10 (sans essai tricolore). Loin des ambitions affichées au début de son mandat par l’ancien sélectionneur.

Certains observateurs ou anciens joueurs de haut niveau espèrent toujours voir le XV de France développer du (beau) jeu. Mais il faut du temps pour mettre au point un système offensif élaboré, contrairement au secteur défensif (comme on l’a vu lors du deuxième test contre l’Australie, perdu seulement 6-0 après la déroute initiale, 50-23). Du temps, le XV de France en a trop perdu.

Pragmatisme 

D’ici à l’automne 2015, les Bleus ne joueront plus que 11 matches, une fois cette tournée australe terminée. Il devient urgent de changer de cap. Arrêtons de nous voir trop beaux. Si on n’a pas les joueurs de talent, jouons sur les qualités françaises et soyons réalistes.

Il ne s’agit pas de prôner un jeu restrictif qui fonctionne en Top 14 mais ne marche pas au plus haut niveau, mais de se montrer pragmatique : jouer par à coups, savoir influer sur le rythme du match, accélérer de façon adéquate puis calmer les choses pour permettre au groupe de récupérer en se servant d’un jeu au pied efficient. Bref réfléchir et oser, ce qui faisait la force des Bleus dans les années 80 quand on raillait le pauvre jeu du XV de la Rose qui s’arrêtait au 10. Aujourd’hui, on a plutôt le sentiment que ce sont les autres qui font preuve d’intelligence…

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