Saint-André, XV de France, Tournée Australie 2014
Philippe Saint-André à la tête du XV de France lors de la tournée en Australie l'été 2014 | PATRICK HAMILTON / AFP

Le XV de France de Saint-André navigue à vue

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A un an de la Coupe du monde, le navire XV de France écope pour ne pas couler. Pour faire bonne figure outre-Manche en 2015, Philippe Saint-André a ouvert les portes à de jeunes mousaillons pour le premier stage de préparation aux tests de novembre. Certains joueurs protégés dans le cadre de la convention LNR/FFR en payent les frais et sont absents de la liste. Une nouvelle politique dont pourrait venir le salut des Bleus. Ou leur naufrage définitif...

Tous les acquis de l’ère saint-André volent en éclats. Débarrassé d’un comité de sélection parfois encombrant au moment de constituer ses listes, PSA avait pris seul les rênes du XV de France. Cet été, le président de la FFR Pierre Camou lui a administré Serge Blanco et un comité de suivi des sélectionnables… A son arrivée à la tête des Bleus en 2011, le Goret avait un leitmotiv : laisser beaucoup de liberté à ses joueurs sur le pré. Trois ans de résultats désastreux plus tard et l’ancien international a viré de bord, comme il l’explique dans les colonnes de l’Equipe. "On a envie d’aller vers des lancements plus directs quand on est en difficulté, pour remettre de la confiance, des repères". Un retour en arrière qui ne fait pas figure d’exception dans le royaume tricolore. Poussé dans ses retranchements, le roi Philippe vacille. La convention LNR/FFR devait dégager une large ossature pour la sélection vice-championne du monde ? Il y a deux semaines, l’ex-manager de Toulon a publié une liste de 74 noms suivis par le staff tricolore !

Pas d'équipe-type chez les Bleus

Hier, douze des trente joueurs protégés sont restés en marge du groupe convoqué en stage de préparation aux tests de novembre. La moitié du groupe parti en tournée en Australie l’été dernier a disparu. Et cinq néophytes ont fait leur apparition. "On est sur un stage de trois jours, on avait envie de relancer  des joueurs, de voir des nouvelles têtes, d'évaluer d'autres joueurs. C'était le moment opportun", juge Philippe Saint-André. Les jeunes Teddy Thomas, Charles Ollivon, Xavier Chiocci et Uini Atonio découvriront Marcoussis avec les grands fin septembre. Le moins jeune Rory Kockott aussi. PSA espère que ces louveteaux et son lion sud-africain insuffleront un nouvel état d’esprit à ses troupes, bien moribondes sous son commandement (39% de victoires soit 11/29 matches). "J'ai d'abord envie de voir des mecs qui ne lâchent rien, qui gagnent  leurs duels, qui sont capables de marquer un mec sur un plaquage, explique l’ancien centre. Jouer avec  l'équipe de France, ce n'est pas un match supplémentaire dans une longue  saison, c'est un événement. C'est quelque chose de grand dans leur vie".

A moins d’un an de la Coupe du monde, ce discours interpelle. Quand les Néo-Zélandais ou les Anglais en sont à travailler automatismes et complémentarité dans une hiérarchie dessinée, les Français en sont à chercher des leaders. L’éviction des demi de mêlée Machenaud et Parra, titulaires à tour de rôle depuis la prise de pouvoir de l’Isérois est révélatrice. "Une équipe-type, les All Blacks peuvent le faire: ils ont 25 matchs  dans l'année, dont 14 en équipe nationale. Tu sais qu'ils ont deux N.10, deux  N.9. On a essayé de le faire, nous, mais avec notre compétition, le niveau de  performance de nos joueurs, les blessures, les méformes, les joueurs qui sont  en concurrence dans leur club avec d'autres de classe mondiale...", se défend le sélectionneur national. Agacé par le comportement d’une partie de son groupe en Australie, le natif de Romans a tranché dans le vif. "On a un groupe qui vit bien, tout le monde s'entend bien, mais on est tous jugés  sur les résultats et ils sont déficients, déclare en toute franchise celui qui a conquis le titre de champion d’Angleterre avec Sale en 2006. J'attends de certains qu'ils soient  plus compétiteurs car on pratique un sport d'affamés".

Saint-André: "La finale du Mondial, mon challenge"

Pour redonner le goût du combat et de la viande au XV de France, Saint-André a donné un grand coup de pied dans la fourmilière. "On veut mettre de la  concurrence avec des jeunes à gros potentiel, des éléments qui depuis deux ans démontrent qu'ils font partie  des meilleurs comme Rory Kockott et Sébastien Tillous-Bordes, et d'autres qui reviennent en forme comme François Trinh-Duc, Benjamin Fall. On veut aussi voir  comment Sofiane Guitoune est revenu après sa grave blessure". Une orientation nouvelle aux airs de va-tout pour le capitaine d’un navire à la dérive. Sûr de son fait, le Goret se cramponne à la barre en attendant que le calme succède à la tempête. "Il me reste 13 mois et deux semaines, j'espère, car ça voudrait dire qu'on est en finale du Mondial. C'est mon  challenge. En tant que joueur, je ne lâche rien. En tant qu'entraîneur, les  gens me connaissent mal, mais je n'ai jamais rien lâché et je ne lâcherai rien, jusqu'à la finale de la Coupe du monde". Twickenham le 31 octobre 2015, la caravelle tricolore s’est trouvé un cap. Pour l’atteindre, elle devra se transformer en vaisseau de combat.

Jerome Carrere

Coupe du Monde de Rugby