Le trophée Webb-Ellis
Le trophée Webb-Ellis, récompensant les champions du monde, avec Tower Bridge au fond | AFP - ADRIAN DENNIS

Le Mondial à l'aube de la bataille d'Angleterre

Publié le , modifié le

La 8e Coupe du monde débute en Angleterre ce soir avec un alléchant Angleterre-Fidji. Dans ce groupe A, surnommé "groupe de la mort" (avec l'Australie, le Pays de Galles et l'Uruguay), la pression sera énorme à chaque match. Idem pour le groupe D de la France, Italie, Irlande, Canada et Roumanie. Ce sera beaucoup moins le cas des Sud-Africains dans le groupe B ou des Néo-Zélandais dans le groupe C. Les 20 équipes engagées sont ambitieuses, à des niveaux divers.

L'impossible défi: la Nouvelle-Zélande

Jamais personne n'a conservé son titre de champion du monde. C'est ce challenge qui attend la Nouvele-Zélande, première équipe sacrée de l'Histoire en 1987 et tenante du titre cette année. "Nous nous attaquons à quelque chose qu'aucune équipe n'a jamais réussi. Cette équipe a besoin de challenges très relevés", constate Steve Hansen, le sélectionneur. Ce défi est de taille, notamment pour les Daniel Carter et Richie McCaw (recordman des sélections), deux des meilleurs joueurs du monde de la dernière décennie (et peut-être de l'histoire à leur poste) qui ne verront pas la Coupe du monde 2019 sous le maillot à la Fougère. Mais si une équipe peut conserver sa couronne, ce sont bien les All Blacks, les seuls à avoir un bilan positif contre toutes les équipes de la planète (105/42 contre l'Australie, 52/35 contre l'Afrique du Sud, 32/7 contre l'Angleterre, 43/12 contre la France...). Avec un groupe C plus qu'à sa portée (Argentine, Tonga, Géorgie, Namibie) et un quart contre le 2e du groupe D de la France, de l'Irlande et de l'Italie, les Néo-Zélandais ont une montée en régime programmée. Il faut juste qu'ils ne ratent pas la première marche, contre les Pumas dès dimanche.

Richie McCaw et Daniel Carter, pour la défense de leur titre mondial en Angleterre
Richie McCaw et Daniel Carter, pour la défense de leur titre mondial en Angleterre

L'énorme pression: l'Angleterre

Le XV de la Rose est la seule équipe de l'hémisphère Nord à avoir remporté la Coupe du monde. C'était en 2003 en Australie. Après avoir partagé les matches lors de la Coupe du monde 1991 et 1999, elle est presque l'hôte unique (Cardiff accueillera six matches de poule et deux quarts de finale) de cette édition 2015. Avec tout le poids d'un statut de favori en second (derrière les All Blacks) et surtout celui d'un pays tout entier qui rêve que son équipe fasse aussi bien que les Néo-Zélandais en 2011. Malgré une absence de titres majeurs depuis quatre ans et son dernier sacre dans le Tournoi des 6 Nations, Stuart Lancaster, le sélectionneur, dispose d'une armada de jeunes loupes affamés et talentueux (Ford, Vunipola, Farrell, Nowell, Joseph, Ben Youngs, Marler...). Charge à eux de se montrer à la hauteur des attentes pour que la pression ne coule que dans les pubs, et ne les engloutisse pas.  Mais pour leur plus grand malheur, le tirage au sort a placé la Perfide Albion dans le "groupe de la mort". Dans ce groupe A, Australiens et Gallois ambitionnent légitimement les quarts de finale, alors que les Fidji peuvent faire douter n'importe qui. Et c'est justement contre les Fidjiens que les Anglais débutent ce vendredi soir.

George Ford, Mike Brown et Anthony Watson, la nouvelle vague talentueuse du XV de la Rose
George Ford, Mike Brown et Anthony Watson, la nouvelle vague talentueuse du XV de la Rose

L'espoir de revanche: l'Afrique du Sud

Gare aux Springboks. Champions du monde en 2007, ils n'avaient pas passé le cap des quarts de finale voici quatre ans, éliminés par l'Australie sur une pénalité d'O'Connor à huit minutes de la fin du match (11-9). Rien que cela vaut un esprit de revanche des Sud-Africains. Il se double d'une terrible désillusion, vécu cet été lors du Four Nations. Dans un format raccourci avec un seul match contre chaque adversaire, l'Afrique du Sud a été incapable de remporter le moindre match, terminant sur sa première défaite de l'histoire contre les Argentins, qui plus est à domicile, à Durban. Avec toutes leurs forces vives, les hommes de Heyneke Meyer veulent prouver "que nous valons bien mieux que ce que nous avons montré récemment". Le sélectionneur des Boks ne peut pas oublier qu'il y a 20 ans, devant Nelson Mandela, l'Afrique du Sud soulevait pour la première fois le trophée Webb-Ellis à domicile. Avec un groupe B très "facile" (avec Samoa, Ecosse, USA et Japon) où la première place lui semble promise, la difficulté viendra surtout des quarts de finale. Car le groupe B croise le groupe A "de la mort", et les Springboks joueraient donc le 2e, qui pourrait être l'Australie (pour la revanche de 2011), l'Angleterre (pour la revanche de la finale de 2007) ou le Pays de Galles.

Victor Matfield et JP Pietersen, deux cadres des Springboks champions du monde 2007 et encore là en 2015
Victor Matfield et JP Pietersen, deux cadres des Springboks champions du monde 2007 et encore là en 2015

Le retour au pragmatisme: l'Australie

Doubles champions du monde (1991, 1999), les Australiens espèrent avoir retrouvé leurs vertus lors du dernier Rugby Championship. Dans un format réduit à un seul match contre chaque nation, les Wallabies ont réalisé l'exploit de vaincre les triples tenants du titre et champions du monde all blacks, pour remporter le trophée qu'ils n'avaient plus gagné depuis 2011. Et comment ne pas voir dans ce retour la conséquence indirecte des rappels des "étrangers". Jusque-là, tout joueur évoluant dans un championnat étranger ne pouvait prétendre à l'équipe nationale. Cette règle a changé, sous la pression notamment du nouveau sélectionneur, Michael Cheika. L'ancien coach du Stade Français a donc pu rappeler Matt Giteau (RCT), qui avait laissé l'Australie orpheline de son sens tactique, de sa constance et de son expérience (95 capes), mais aussi l'ailier Mitchell (RCT), deux références à leur poste. Et avec la pépite Folau à l'arrière, l'Australie a peut-être retrouvé de l'ambition, après les passages infructueux de Deans (4e en 2011 mais limogé en 2013), McKenzie (limogé en octobre 2014). Et son sens du pragmatisme, en-dehors mais surtout sur le terrain, à l'origine de ses deux couronnes mondiales. Mais le "groupe de la mort" est un premier écueil à passer. ""Des joueurs et entraîneurs qui ont déjà gagné la Coupe du  monde m'ont donné un excellent conseil: prendre les matches les uns après les  autres, et c'est ce que je vais faire", a annoncé Cheika.

Drew Mitchell et Matt Giteau, les deux joueurs du RCT admis de nouveau chez les Wallabies
Drew Mitchell et Matt Giteau, les deux joueurs du RCT admis de nouveau chez les Wallabies

La quête du Graal: l'Irlande

Malgré tous les joueurs talentueux qui ont font son histoire depuis trente ans, jamais l'Irlande n'a dépassé le cap des quarts de finale en Coupe du monde. Cinq éliminations en quarts de finale (dont lors de la dernière édition), deux sorties dès la phase de groupes, voilà à quoi le XV du Trèfle veut mettre fin en 2015. Et il a des arguments, au premier rang desquels deux succès consécutifs dans le Tournoi des 6 Nations ces deux dernières années. Avec Joe Schmidt à sa tête, la sélection a trouvé un jeu structuré, sans enlever son légendaire "fighting spirit" incarné par son capitaine vieillissant mais toujours valeureux Paul O'Connell, futur 2e ligne de Toulon. "Nous voulons atteindre les demi-finales, si nous le pouvons", a scandé l'ancien entraîneur de Clermont, qui doit s'appuyer sur l'une des meilleures 3e lignes du monde et un Jonathan Sexton véritable métronome au pied. Mais il faut que tous soient à leur top pour viser le gotha mondial. Dans le groupe D, aucune erreur ne sera permise, avec la France comme principal rival, mais aussi l'Italie, qui peut jouer les trouble-fête face à n'importe qui.

Joe Schmidt, le sélectionneur de l'Irlande, au milieu de ses troupes
Joe Schmidt, le sélectionneur de l'Irlande, au milieu de ses troupes

L'attente de confirmation: l'Argentine

Troisième de la Coupe du monde 2007, victorieuse de l'Australie dans le Four Nations 2014, de l'Afrique du Sud cet été à Durban, l'Argentine franchit les caps petit à petit. Depuis son intégration dans cette compétition regroupant les meilleurs de l'hémisphère Sud, la sélection apprend, bien cornaquée par des joueurs évoluant dans les meilleurs championnats européens (Hernandez, Fernandez-Lobbe...). "L'objectif minimum est de se qualifier pour les quarts de  finale", a annoncé le sélectionneur Daniel Hourcade. Ce niveau, les Pumas l'ont atteint à deux reprises: en 1999 et en 2011. Intégrés au groupe C, ils ont l'avantage d'avoir un adversaire hors de portée théorique (la Nouvelle-Zélande), mais une seule autre formation susceptible de lui poser problème: les Tonga. En débutant la compétition par le gros morceaux néo-zélandais, ils auront ensuite le champs libre pour se concentrer sur cette deuxième place qui pourrait les envoyer face à l'Irlande, qu'ils avaient éliminée en barrages en 1999, ou face à la France, qu'ils avaient privée de troisième place en 2007 après l'avoir aussi battue dans le match d'ouverture.

La joie des Argentins lors de leur victoire en Afrique du Sud lors du Four Nations 2015
La joie des Argentins lors de leur victoire en Afrique du Sud lors du Four Nations 2015

La recherche de constance: la France et le Pays de Galles

Les Français sont vice-champions du monde en titre, les Gallois étaient 4e en 2011 et avaient remporté le Tournoi des 6 Nations en 2012 (Grand Chelem) et 2013. Mais ces deux grandes nations du rugby mondial ont un énorme point d'interrogation face à elles. Le talent ne manque pas dans chaque ligne de ces deux équipes, mais les résultats ne sont pas forcément à la hauteur. Les Gallois peuvent battre l'Afrique du Sud (12-6 en novembre 2014), l'Irlande (23-16 en mars et 16-10 en août), comme gagner laborieusement face aux Fidji (17-13 en novembre) ou à l'Ecosse (26-23 en février). "Si nous avons tous nos joueurs en forme et disponibles, nous  pouvons sortir de la poule et même pourquoi pas gagner la Coupe du monde, a déclaré Warren Gatland, le sélectionneur. Le problème, c'est qu'il a perdu son arrière et buteur, Halfpenny, lors de la préparation. Cette absence peut tout changer, d'autant plus que les Gallois sont dans le groupe de la mort, avec un premier sommet à Twickenham le 26 septembre contre l'Angleterre, puis un deuxième toujours à Twickenham contre l'Australie le 10 octobre.

Rhys Webb rameute ses troupes
Rhys Webb rameute ses troupes

La France est une habituée des montagnes-russes. Vierge de tout titre depuis son dernier Grand Chelem dans le Tournoi en 2010 et quatre ans après sa finale perdue en Nouvelle-Zélande contre les All Blacks, les Bleus n'affichent que peu de certitudes. "Il faut y aller avec l'enthousiasme d'un premier de la classe, une envie et une détermination incroyables", scande Philippe Saint-André, le sélectionneur. Depuis toujours, le XV de France affiche ses meilleurs résultats lorsqu'on ne l'attend pas, lorsqu'il est dans la peau de l'outsider. Ce sera plus que jamais le cas en Angleterre. Dans la préparation, les coéquipiers de Frédéric Michalak (qui dispute sa 3e Coupe du monde) ont été capables de battre l'Angleterre comme de lutter pour arracher la victoire sur l'Ecosse. Et c'est ainsi depuis quatre ans. Dans un groupe D en compagnie des robustes canadiens, des Italiens qui les ont battus en 2013 et des Irlandais qu'ils n'ont plus battus depuis quatre ans, la phase de groupes pourrait ne pas être de tout repos. Et les quarts pourraient les voir affronter la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine.

Vidéo: Serge Blanco, vice-président de la FFR, confiant

Les surprises: les Tonga, les Fidji, l'Ecosse

En 2011, les Tonga avaient réalisé l'exploit de vaincre l'équipe de France lors des matches de poule. Avec des joueurs évoluant en Europe (Top 14, ProD2, 1e division anglaise) et dans les provinces de l'hémisphère Sud (Western Force, Melbourne Rebels, Otago), et une présence dans le groupe C (Nouvelle-Zélande, Argentine, Géorgie, Namibie), les joueurs du pacifique ont encore une belle carte à jouer pour faire tomber un cador. Ce ne sera pas la Nouvelle-Zélande, mais les Pumas doivent se méfier. Présents dans le "groupe de la mort", les Fidjiens peuvent également poser de gros soucis aux trois cadors: Australie, Angleterre, Galles. Dans ce groupe ultra relevé, une défaite peut condamner l'un d'entre eux à l'élimination. Enfin, l'Ecosse, quatre fois quart de finaliste de la Coupe du monde et 4e en 1991, retrouve peu à peu de sa superbe sous la houlette de Vern Cotter. Eliminés en poule en 2011, les Ecossais ont une belle carte à jouer pour sortir retrouver les quarts dans un groupe B très ouvert, où l'Afrique du Sud n'a pas de concurrent pour la première place. Mais pour la deuxième, Samoa, Japon, USA et XV du Chardon sont proches. Aux coéquipiers de Stuart Hogg de démontrer que leurs progrès trouvent un écho en Angleterre.

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