Matt Giteau Toulon
Matt Giteau (Toulon) | GEOFF CADDICK / AFP

L'Australie tend la main à Giteau et aux exilés

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Face à la fuite de ses talents, la Fédération Australienne de rugby (ARU) a décidé d'adoucir les règles d'éligibilité à la sélection nationale. Désormais, un joueur évoluant à l'étranger mais ayant été sélectionné 60 fois et ayant été sous contrat avec la Fédération pendant sept ans peut être appelé sous le maillot des Wallabies. Une main tendue à Matt Giteau et aux autres joueurs cadres expatriés ? Afin de rester compétitives, les fédérations néo-zélandaises et sud-africaines pourraient emboîter le pas à l'ARU.

La nouvelle pourrait faire bondir Mourad Boudjellal, le président du club de Toulon. En vue de la prochaine Coupe du monde, qui se déroulera en Angleterre du 18 septembre au 31 octobre, l'ARU a changer ses propres règles pour permettre à des joueurs évoluant à l'étranger de porter le maillot national. Avec le nouveau règlement, Matt Giteau, le génial ouvreur ou centre australien, pourrait disputer la prochaine Coupe du monde de rugby. En effet, le joueur toulonnais compte 92 sélections (bien plus que les 60 requises) et a été sous contrat pendant plus de sept ans avec la Fédération.

Le joueur européen de l'année dernière avait déjà entrouvert la porte à un retour chez les Wallabies. "Les gros matchs, les grands ambiances me manquent, avait notamment avoué Giteau, "mais s'il y a des règles il faut les respecter. Si celles-ci devaient changer, le sélectionneur devrait savoir que je suis intéressé par un retour en équipe nationale". Le voeu du Toulonais devrait bientôt être exaucé... A noter que Drew Mitchell, son coéquipier à Toulon, est lui aussi éligible (64 sélections et neuf ans en Australie), tout comme le "Lyonnais" George Smith (34 ans, 111 sélections).

"C'est un moment charnière pour le rugby en Australie, où pour la première fois dans son histoire professionnelle, l'ARU autorise des joueurs évoluant à l'étranger et ayant apporté une contribution significative au rugby australien à devenir éligible chez les Wallabies, a déclaré Bill Pulver, le directeur général de la Fédération australienne. "C'est une décision qui reconnaît les changements touchant le marché international des joueurs". A travers ces lignes, c'est bien le Top 14, et sa puissance financière, qui sont visés. 

La Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud suivront-elles ?

Cette nouvelle décision fait écho à la prolongation de contrat de Bernard Foley avec sa Fédération. L'ouvreur a prolongé trois ans tout en ayant la permission de disputer deux saisons au Japon. Cette règle pourrait permettre aussi à Adam Ashley-Cooper et Will Genia (s'il dispute deux matches lors du Rugby Championship) de continuer à porter le maillot australien quand il aura rejoint l'Union Bordeaux-Bègles l'an prochain. Quade Cooper, 52 sélections, pourrait être également concerné à très court terme si, comme la rumeur l'indique, l'ouvreur des Queensland Reds, signe à Toulon.

Face à la fuite de ses talents, la Fédération australienne réagit et pourrait emmener dans son sillage tout l'hémisphère sud. Après la Coupe du monde, les Néo-Zélandais Dan Carter, Ma'a Nonu, Colin Slade, Conrad Smith ou encore le Sud-Africain Duane Vermeulen ont prévu de rejoindre un club européen et ainsi de déserter leur sélection nationale respective. Les All Blacks et Les Springboks, toujours considérés comme les meilleures équipes du monde, ont un rang à tenir et ne peuvent peut-être pas éternellement miser sur leur exceptionnel réservoir de talents pour pallier à l'exode de leurs joueurs phares. Elles aussi pourraient donc assouplir leurs critères de sélection pour maintenir leur compétitivité et copier leur homologue australienne. Histoire de ne pas être à l'ARU.

Julien Lamotte