Barnes Berrick Australie Nouvelle Zélande 2010
Berrick Barnes toise Ma'a Nonu | AFP - William West

L'Australie, cet encombrant voisin

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Entre la Nouvelle-Zélande et l'Australie existe une rivalité qui dépasse le cadre du rugby. Un peu comme entre la France et l'Angleterre au niveau de l'animosité que se vouent les deux peuples, séparés par la mer de Tasmanie comme Français et Anglais peuvent l'être par la Manche. Entre la plus grande île du monde et l'île "du long nuage blanc" située à environ 2000 km, l'incompréhension dure depuis plus de deux siècles et ce n'est pas prêt de s'arrêter.

Sans vouloir effectuer de comparaisons hâtives, les Australiens ont souvent vis-à-vis des Néo-Zélandais la condescendance des Français pour les Belges, avec les fameuses histoires censées ridiculiser nos amis d'outre-Quiévrain. L'Australien aime à se moquer du "côté rural prononcé" du voisin du Pacifique, de son climat pluvieux et de ses pauvres résultats sportifs. Mais s'il est un domaine dans lequel le Kiwi supplante (très) souvent le Kangourou, c'est bien le rugby. Le rugby à XV s'entend car le jeu à XIII reste la propriété quasi exclusive des Aussies. La fierté des Néo-Zélandais provient des All Blacks et du mythe qui entoure cette équipe. 

Complexe de supériorité

Les Blacks ont dominé le rugby mondial (secondés par l'Afrique du Sud, la seule à rivaliser) depuis la fin du XIXe siècle tandis que les Wallabies ont dû attendre les années 80 pour enfin rivaliser avec son "petit" voisin (4 millions d'habitants contre presque 23). Ils se sont certes rattrapés depuis avec notamment deux victoires en Coupe du monde (1991 et 1999) contre un seul à leurs rivaux des mers du Sud (1987) mais leur aura reste en deçà de celle des Blacks, vénérés partout où ils se produisent. Ceci fait la fierté des habitants de Christchurch, Wellington ou Auckland même parmi ceux qui n'aiment pas forcément le rugby. Car battre le grand voisin et son arrogance réputée (les Australiens trustent tous les grands titres sportifs en Océanie faute de vraie concurrence) réjouit particulièrement les Kiwis. 

Plus réservés, moins exubérants que les populations bigarrées de Melbourne et Sydney, les "Néo-Zed" ont ce côté tranquille des pasteurs écossais qui ont colonisé le pays à l'origine. On a d'ailleurs coutume dans le milieu rugbystique de dire que "les Néo-Zélandais sont des Ecossais qui ont appris à gagner". Moins puissants économiquement et politiquement, ils adorent mettre à mal la suprématie régionale de l'encombrant voisin dans leur pré carré, le rugby à 15. C'est pourquoi un échec dimanche à l'Eden Park –où l'Australie ne s'est pas imposée depuis 1985- serait vécu comme un drame national au pays du rugby. La Nouvelle-Zélande ne s'en remettrait probablement pas.

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