William Servat
Le Français William Servat pris en tenaille par les Gallois | AFP - Franck Fife

La grande finale par la petite porte

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Le XV de France s'est qualifié à l'arrachée pour la finale de la Coupe du monde. Les Bleus se sont imposés 9-8 au terme d'un match terne, joué la peur au ventre. L'exclusion du capitaine gallois Warburton après vingt minutes pour un plaquage dangereux a pesé très lourd sur l'issue du match. C'est la troisième finale pour les Français qui devront faire mieux pour battre la Nouvelle-Zélande ou l'Australie. Beaucoup mieux !

Un exploit, et après ? Comme à chaque fois que le XV de France renverse une montagne, on ne sait jamais si on va retrouver les Bleus au sommet ou dans la vallée. L'inconstance française, une légende entretenue à intervalles réguliers qu'il allait falloir combattre contre le pays de Galles. Car après deux échecs à ce stade de la compétition face aux Anglais en 2003 et 2007, les Bleus avaient une nouvelle chance face à des Gallois décomplexés. Sur leur dynamique, les Britanniques prenaient l'ascendant d'entrée. Dusautoir partait trop tôt sur un regroupement et se mettait hors-jeu. Une pénalité bête qui permettait aux Gallois d'ouvrir le score grâce à la botte de Hook (0-3, 8e). Plus incisif, le XV de Galles nous bousculait en conquête. Sous pression et trop lent dans la sortie du cuir, les Français se faisaient gratter quelques ballons. Les Bleus ne partaient pas du tout sur les mêmes bases que face à l'Angleterre. Sur une mêlée écroulée dans notre camp, Hook ratait une première pénalité. Un avertissement sans frais mais le pays de Galles occupait le terrain à merveille.

Les Bleus avaient besoin d'une claque pour se réveiller. Le capitaine Warburton s'en chargeait en retournant Vincent Clerc. Le plaquage était impressionnant et le carton de couleur rouge ! Monsieur Rolland appliquait les consignes de l'IRB et donnait un sérieux coup de pouce aux Français. Jouer plus de soixante minutes à 15 contre 14 n'est pas anodin dans ce sport. C'est même un énorme handicap. Premier effet, la France enfonçait la mêlée rouge et obtenait sa première pénalité. Parra égalisait (3-3, 22e) avant de transpercer la première ligne gallois. Comme un lion, Yachvili contrait à deux mètres de la ligne d'essai mais le rideau rouge faisait front et résistait aux assauts tricolores (25e). Même en infériorité numérique, le XV du poireau ne s'affolait pas et continuait à respecter son plan de jeu en s'incrustant dans le camp de Français trop brouillons. Mais dès qu'on dynamisait le jeu, l'impact n'était plus le même. Il ne fallait pas laisser s'organiser les Gallois comme sur cette action où une chevauchée de Parra provoquait la faute adverse. Le buteur clermontois se chargeait de la sentence. Pour la première fois du match, la France prenait l'avantage (6-3, 34e).

Camper chez les Gallois et exploiter le surnombre. Le message de Marc Lièvremont à la pause était clair. Au pied, les Français trouvaient la faille mais malheureusement ils n'avaient pas les jambes pour déborder. Sur une nouvelle percée de Parra, personne n'était au soutien (46e). A défaut de prendre les ailes, on faisait alors travailler les avants avec une belle coquotte. Les Gallois écroulaient. Grâce à la patte de Parra, l'écart gonflait légèrement (9-3, 51e). Si la France n'était pas mise en danger, le fil était mince. Tant que le pays de Galles n'était pas recalé à plus d'un essai transformé, les Bleus restaient sous tension. En une action, Mike Phillips relançait ce match apathique. Le demi de mêlée gallois du BO profitait d'un trou de souris dans la défense tricolore pour marquer le premier essai et seul du match. Heureusement que Stephen Jones, entré à la place du maladroit Hook, ratait la transformation (9-8, 60e). Ragaillardis par cet essai, les Britanniques retrouvaient leurs jambes, à l'inverse de Français endormis. Les maux de la phase de poules refaisaient surface au plus mauvais moment. Et si le quart contre l'Angleterre n'avait été qu'un feu de paille ? C'était aux hommes de Lièvremont de défendre sans se mettre en faute pour préserver ce petit point, cette inespérée place en finale. Elle était commise sur la ligne médiane. "J'ai eu peur de faire perdre l'équipe, a avoué Nicolas Mas après la rencontre. Je vais sur l'action. Si j'y vais, c'est que je ne pense pas être en situation de faute, au contraire". Halfpenny tentait cette pénalité de 50 mètres. Le ballon passait entre les perches mais sous la barre (76e). Ouf ! Plus que quatre minutes à tenir pour les Bleus. C'était Fort Alamo pour empêcher les Gallois de marquer. L'admirable XV de Galles enchaînait 25 phases de jeu en espérant la faute française. Elle n'arrivait pas. La France tenait enfin son ticket pour sa 3e finale de Coupe du monde. Une finale tous les douze ans, elle est là la régularité française.

Réactions

Marc Lièvremont (entraîneur de l'équipe de France): "C'est certainement la demi-finale la plus vilaine de l'histoire du rugby mondial. En tout cas, on l'a gagnée. Evidemment, il convient d'avoir le triomphe modeste mais on sait d'où on vient. Les mecs se sont battus malgré tout. Il convient aussi de rendre hommage aux Gallois qui ont été extraordinaires de courage. On a beaucoup tremblé, je me suis beaucoup agacé, beaucoup énervé... Mais on est quand même en finale. (...) On est en finale, on va tout faire pour la gagner. Il faudra certainement être bien meilleurs qu'aujourd'hui (samedi) ou alors il nous faudra vraiment une immense réussite, comme ça a été le cas aujourd'hui. On est presque sur le toit du monde, on est en finale. L'aventure continue donc on est heureux. Un petit peu sous le choc mais heureux.

Dimitri Yachvili (demi de mêlée de l'équipe de France): "On se fait peur. On savait que, dans les phases finales, on allait jouer des matches comme ça. Ce n'est pas le rugby en lui-même qui nous a fait gagner, c'est la solidarité, l'état d'esprit, qui règnent dans l'équipe depuis quelques semaines. Il nous reste 80 minutes pour toucher le Graal donc on va savourer cette semaine."

Vincent Clerc (ailier de l'équipe de France): "C'est fait... d'une manière un peu particulière. On a joué avec la peur au ventre tout le match, on a rendu trop de ballons. Malgré tout, on s'est accroché, on a été exemplaire en défense. On a joué un match pour aller chercher une finale de Coupe du monde, peu importe le reste, et on y est. Le plus beau reste à venir."

Morgan Parra (ouvreur de l'équipe de France): "Ca a été compliqué mais on a joué avec la peur au ventre par moments. Voilà pourquoi on était un peu fébrile en début de partie. Après, dans le jeu au pied, on n'a pas été cohérent. (...) On ne réalise pas encore. On va tout faire pour être encore présent la semaine prochaine et gagner. (...) On se méfiait énormément de cette équipe du pays de Galles une fois qu'elle jouait. Elle nous a fait douter. On le savait pourtant mais on a été un peu plus stressé que d'habitude sur cette semaine de préparation."

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