Thierry Dusautoir
Le capitaine Dusautoir dans la nasse anglaise avec Tuilagui | AFP - FRANCK FIFE

La France bat l'Angleterre et se qualifie en demi-finale

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Moribonds depuis le début de la Coupe du monde, donnés battus d'avance face à l'Angleterre, les Français ont retrouvé tout leur allant pour surprendre le XV de la Rose à l'Eden Park d'Auckland (19-12) au terme d'un match époustouflant de maîtrise et de bravoure. En demi-finale, les Bleus affronteront le pays de Galles. Autant dire que le coup est jouable... Comment le XV tricolore en est arrivé-là ? Chronique d'une mort repoussée.

Le coq gaulois, cet animal qui continue de chanter même quand il a les pattes dans la gadoue, n'a jamais aussi bien symbolisé le maillot de l'équipe de France. Voués aux gémonies depuis leur défaite face au Tonga, les Bleus ont déjoué tous les pronostics qui les envoyaient direct dans l'avion du retour. Pour en arriver à cet incroyable retournement de situation, les Français ont su, l'espace de 80 minutes ou presque, faire oublier tous leurs atermoiements depuis le début de la compétition. Beaucoup plus mobiles, plus tranchants, les hommes de Lièvremont, qui arborait à l'occasion une moustache très "french flair", ont ressuscité le rugby tricolore. Première équipe, depuis les Fidji en 1987, à se hisser en quart de finale malgré deux défaites en poule, la France est désormais qualifiée dans le dernier carré, où elle affrontera le pays de Galles.

Les premières minutes donnent le ton. Si les Anglais monopolisent le ballon, ils se cognent avec une belle régularité sur un mur bleu parfaitement en place. Premier constat : les Français défendent en avançant. Et, par rapport au match face au Tonga notamment, ça change tout ! Avec un Mas de retour en mêlée et un Harinordoquy impérial en troisième ligne centre, la France a misé sur l'expérience. Et sur l'alternance. Multipliant les temps de temps, tantôt au large, tantôt au ras, les partenaires de Dusautoir occupent également parfaitement le terrain grâce aux coups de pieds de la charnière Parra-Yachvili. C'est d'ailleurs ce dernier qui ouvre le score en passant une pénalité à 45 mètres (3-0, 10e). Mis en confiance par cette entame, et par les errances du jeu anglais symbolisées par les passes plus que hasardeuses de Wilkinson, le XV tricolore enfonce le clou par Yachvili, qui double la mise (6-0, 15e). Début de match parfait de la part du Biarrot, qui entraîne dans son sillage la marée bleue. Après un beau mouvement amorcé par les avants, Vincent Clerc n'a plus besoin de personne pour échapper à deux placages, en réussissant notamment une volte sur lui-même, et inscrire à bout de bras le premier essai du match (11-0, 20e), et son 11e en Coupe du monde.

Une défense héroïque

Témoin du marasme anglais, le drop foireux de Flood, pour l'une des rares incursions du XV de la Rose dans le camp d'en face, traduit bien la mainmise bleue sur la rencontre. Constamment mis sur le reculoir, les joueurs de Martin Johnson multiplient les fautes de mains et de placement. Les coqs en profitent allègrement : percée de Dusautoir, relais de Yachvili avec une passe sautée pour Palisson, en bout d'aile qui remet acrobatiquement à Médard pour le 2e essai tricolore (16-0, 29e) ! Qui l'eut cru ? Déchaînés, les partenaires d'un Clerc électrique continuent de dominer et ne laissent rien passer en défense, à l'image de ce retour héroïque de Bonnaire sur Cueto qui filait à l'essai juste avant la pause. 

Impériaux pendant quarante minutes, les ouailles de Lièvremont baissent d'un ton à la reprise. Mais restent néanmoins à une niveau de rigueur qui leur permet de maîtriser les offensives brouillonnes de l'Angleterre. A la 53e minute, Yachvili, touché, cède sa place à Trinh-Duc. Le Montpelliérain connaît une entrée des plus délicates puisque la minute suivante, Foden profite d'un intervalle dans la défense pour inscrire le premier essai du XV de la Rose (16-7, 54e). L'espoir est revenu dans le camp blanc. Mais les pompiers tricolores l'éteignent prestement. Ils resserrent les rangs en défense, ne commettent presque plus de fautes et contrôlent le tempo du match. Jadis rois dans ce domaine, les Anglais sont incapables de changer de rythme et Wilkinson, l'ange déchu, sort du terrain. François Trinh-Duc, après une incroyable multiplication de longs temps de jeu bleus, claque même une drop qui met les siens à deux essais des Anglais. Ces derniers n'en marqueront qu'un, par Cueto (77e). Les trois dernières minutes sont terribles, les fantômes du passé ressurgissent mais les Français tiennent bon et sont désormais en demi-finale de la Coupe du monde pour la  quatrième édition consécutive depuis 1995. Avec, malgré tout le respect dû au pays de Galles, une grande chance d'atteindre la finale. Irréel ?

Marc Lièvremont, lui, tient sa revanche. Vilipendé depuis plusieurs semaines, remis en cause par l'opinion et même par certains de ses joueurs, le sélectionneur savoure mais ne verse pas dans le triomphalisme. "Dans le passé, bien des équipes de France se sont sublimés dans l'adversité et ont réussi le meilleur avant de se planter derrière", prévient-il. "Reste à savoir si ce groupe a seulement envie d'imiter ses illustres précédentes ou si elle souhaite écrire sa propre histoire", a-t-il ajouté en guise d'avertissement. Lièvremont ne boude pas son plaisir pour autant. "Je ressens beaucoup de fierté et de plaisir. La semaine se termine bien et elle était très très belle. Elle a été vivante. Beaucoup de choses se sont passés. C'est le pied".

Déclarations :

Julien Bonnaire (troisième ligne du XV de France): "On ne s'est pas posé de questions, on voulait mettre de l'envie, de l'agressivité. On a fait ce qu'il fallait pour prendre le match par le bon bout. On s'est fait plaisir, pas forcément en touchant des ballons mais en étant dur à l'impact. Ce n'est qu'une étape, il en reste encore deux pour arriver au sommet. Il y a encore un très gros match la semaine prochaine. Tout le monde sait que l'aventure n'est pas finie. On reste concentré sur l'objectif: être champion. On sait d'où on vient, tout ce qu'on a pu transpirer, donner depuis le début de la préparation".

Morgan Parra (ouvreur du XV de France): "Ce qui est bien c'est que derrière les paroles, il y a eu des actes. Maintenant, il ne faut pas que ça soit une étincelle. On est content, on va savourer mais on va vite se remettre au boulot. C'était le vrai visage de l'équipe de France. On sait qu'il en faudra plus la semaine prochaine face à une équipe galloise vraiment en place. Mais déjà, l'état d'esprit est là et c'est la première chose qu'il faut au rugby. Les sifflets des supporteurs après le match du Tonga et les critiques font mal mais c'était mérité. On le savait. Ce qui s'est passé cette semaine, on l'avait mérité. Maintenant, on ne veut pas que cela s'arrête là et le plus dur est à venir."

Dimitri Szarzewski (talonneur du XV de France): "Ca fait énormément plaisir, surtout que lors des deux dernières Coupes du monde, on s'était fait éliminer par les Anglais. De les battre en quarts de finale, on le savoure d'autant plus. C'est vrai qu'avec ces matches de poule, on était très critiqué et on avait vraiment à coeur de montrer le vrai visage de l'équipe de France. Au lendemain du match contre les Tonga, on s'est retrouvé, on s'est dit des choses et on s'est dit qu'on allait les respecter et être des hommes de parole. On a respecté notre parole ce soir. Tout au long de la semaine, on s'est rassuré et on s'est dit ce qui n'avait pas fonctionné. Quand on met l'envie et l'aggressivité saine qu'on a montré ce soir, c'est sûr que ce n'est pas le même rugby. On va savourer, on va aller boire un verre ensemble et après, on va se focaliser sur les Gallois. J'ai vu la première mi-temps, ils ont été impressionnants. Ils méritaient de gagner contre les Sud-Africains, ils font vraiment une Coupe du monde exemplaire."

Jean-Baptiste Poux (pilier du XV de France): "Ce qu'il faut retenir, c'est l'état d'esprit. Dans le rugby, ça fait quand même toute la différence. L'organisation, c'est une chose mais l'état d'esprit et la volonté, ça fait tout. Il y a des choses qui n'ont pas été bonnes, des choses à améliorer. Mais tous les joueurs se sont filés, c'est cela qui nous manquait. On a gommé tout ça avec beaucoup d'envie. C'est un peu le mal du rugby français, il y a des hauts et des bas. Maintenant, tout est à refaire pour la semaine prochaine. Si on ne met pas ce qu'il faut le week-end prochain, on passera à travers."

François Trinh-Duc (ouvreur du XV de France): "Il va falloir se remettre au boulot. Les Gallois ont fait une grosse prestation contre l'Irlande. On va essayer d'aller le plus loin possible dans cette Coupe du monde. J'avais vraiment envie de rentrer, je trépignais sur le banc, je voyais qu'on y était, que les avants faisaient une prestation exceptionnelle et rendaient le boulot facile aux trois-quarts. J'avais envie de montrer ma rage, de rentrer et de faire gagner l'équipe."

Julien Lamotte

Coupe du Monde de Rugby