Jonathan Sexton
L'ouvreur irlandais Jonathan Sexton à l'attaque | AFP - LOIC VENANCE

Jonathan Sexton, l'âme fatale de l'Irlande

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Le demi d'ouverture de l'Irlande, Jonathan Sexton représente l'un des principaux dangers pour l'équipe de France, dimanche, dans l'ultime rencontre du groupe D de la Coupe du monde. Buteur, gestionnaire de jeu, mais également motivateur, il est primordial pour le XV du Trèfle. Ses anciens partenaires au Racing-Métro en font donc une cible privilégiée: "On va y aller à 200% sur lui car c'est l'homme fort de cette équipe", glisse Eddy Ben Arous. Mais côté irlandais, la confiance est totale: "Jonny est le plus grand compétiteur que vous n'ayez jamais vu", avoue Paul O'Connell, le capitaine.

Lors du dernier Tournoi des 6 Nations, Jonathan Sexton revenait de plusieurs semaines de repos. Trois KO l'avaient mis sur le côté. Les Français en avaient fait une possible faiblesse. Eddy Ben Arous avait provoqué une polémique en déclarant maladroitement que "on va essayer de le blesser". A l'arrivée, l'ouvreur du Racing-Métro avait sorti un match de mammouth, en défense comme en attaque, malgré la volonté du XV de France d'attaquer son secteur. Pour le sommet du groupe D de la Coupe du monde, le demi d'ouverture semble au sommet de son art, avec une gestion du jeu incroyable, même si son équipe n'est pas au firmament. Défenseur intraitable, buteur précis, joueur intelligent avec un coup de pied performant, il fait partie des meilleurs du monde à son poste.

Les hommes de Philippe Saint-André savent l'importance du joueur. Et ils semblent encore prêts à insister sur lui. "On sait que, comme pour toutes les nations, si un N.10 est obligé de  beaucoup plaquer, il sera fatigué et donc un peu moins lucide sur les décisions  qu'il a à prendre durant la partie", estime Alexandre Dumoulin, son ancien coéquipier au Racing-Métro (l'Irlandais retrouvera le Leinster après la Coupe du monde). "Le viser peut être une solution mais pas la seule pour battre  cette équipe d'Irlande". Pour Brice Dulin, également racingman, "il faut l'user en allant le chercher, le fatiguer pour qu'il ait du mal à  prendre les bonnes décisions". Et s'il est sur le terrain dimanche, il compte bien mettre à profit sa connaissance du joueur pour être encore plus performant: "Il a une certaine façon de jouer avec l'Irlande, il aime énormément être  dans l'avancée pour construire offensivement et, derrière, il est capable de  renverser la pression à tout moment. On sait que son jeu au pied maintient l'Irlande dans le camp adverse, il  est très performant là-dessus. Il faudra être en lecture par rapport à ses attitudes, son placement, pour anticiper ce qu'il peut réaliser."

Un compétiteur intransigeant

Eddy Ben Arous a évité la polémique cette fois-ci, mais il veut aussi profiter de sa connaissance: "Je sais qu'il est lent dans ses dégagements, je vais essayer de monter un  maximum sur lui. Je vais essayer d'aller le chasser le plus souvent possible. On va y aller à 200% sur lui car c'est l'homme fort de cette  équipe." Le jeu est une chose, l'état d'esprit une autre. Et Alexandre Dumoulin sait que l'ouvreur est "très dur avec lui-même et donc avec les autres aussi". Une qualité louée du côté des Irlandais: "Je connais plutôt bien mon travail sur la pelouse mais Jonny sait où  doivent se trouver les 14 autres joueurs, à n'importe quel moment du match.  C'est le garant de notre jeu", assure Paul O'Connell, le capitaine du XV du Trèfle. Son caractère entier a laissé quelques traces. Brian O'Driscoll, véritable légende en Irlande, disait dans son autobiographie qu'il avait "passé quelques matches à se crier dessus" avec Sexton: "L'incroyable  instinct de compétiteur de Jonny finissait parfois par le dévorer." Ronan O'Gara, son ancien rival au poste en équipe nationale, reconnaissait que, "au début, je n'aimais pas Jonathan, et il ne m'aimait pas." 

Mais c'est avec ce caractère qu'il a construit sa carrière. Connue au pays, l'histoire de ce drop vainqueur, passé à 16 ans, sur le terrain de Lansdowne Road, à la dernière seconde de la finale de la Coupe des écoles du Leinster, a bâti une partie de sa légende. En 2009, en demi-finale de la Coupe d'Europe face au Munster, il avait remplacé Felipe Contepomi, blessé, et avait qualifié son équipe du Leinster, avant de livrer une énorme finale contre Leicester, avec 11 points dont un drop de 50m à la clé.  "Jonny est le plus grand compétiteur que vous n'ayez jamais vu, c'est un  travailleur incroyablement acharné", affirme Paul O'Connell, pas mauvais en terme d'état d'esprit. C'est à tout cela que l'équipe de France s'attaquera dimanche.

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