Hélène Ezanno, tête chercheuse des Bleues

Hélène Ezanno, tête chercheuse des Bleues

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A bientôt 30 ans, Hélène Ezanno va participer à sa première Coupe du monde. Pilier à Lille, elle n'a découvert ce sport qu'à l'âge de 23 ans, lors de ses études d'ingénieur. Chercheuse sur le diabète au CNRS de Lille, elle est entrée en équipe de France voici trois ans, et a passé plus de 90 jours dans des stages de préparation avec les Bleues. C'est le revers de la médaille d'un statut d'amateur en sport, qui lui convient bien: "C'est un choix de vie qui est bien rythmé mais qui me satisfait, car une fois que le rugby sera fini j'aurai assuré une carrière professionnelle."

Si toutes les joueuses du XV de France sont amatrices, Hélène Ezanno,  bientôt 30 ans, se distingue de ses coéquipières par son métier: chercheuse au  CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à Lille, sur le diabète,  après une thèse sur les acides gras saturés. Avoir trouvé ce poste de chercheuse dans le Nord lui a permis de continuer  à concilier son métier et sa passion pour le rugby, qu'elle pratique au Lille  MRCV, l'un des huit clubs de Première division.

Elle a découvert ce sport par  hasard à 23 ans, au sein de son école d'ingénieurs à Beauvais, qui organisait  un tournoi universitaire, Les Ovalies. "Je participais à l'organisation, j'ai trouvé (le rugby) sympa et je m'y  suis donc initiée. Ensuite je suis revenue à Rennes (elle est originaire de Lorient, ndlr), où j'ai découvert la pratique en club", raconte-t-elle. "Je ne connaissais pas du tout cette discipline! Moi, je faisais du  canoë-kayak. De plus, mes parents ne sont pas très sportifs et je n'avais pas  d'amis dans ce sport. Au premier entraînement je ne savais même pas que les  numéros allaient de 1 à 15 et à quoi cela correspondait, même si j'avais suivi  la Coupe du monde précédente", ajoute-t-elle. Quelques mois après le Mondial-2010, que les Bleues ont achevé à la  quatrième place, Ezanno connaissait lors du Tournoi des Six nations 2011 la  première de ses 31 sélections.

"Un choix de vie"

Il ne lui est cependant pas évident, comme pour ses coéquipières, de  concilier métier et rugby, d'autant que les confrontations en Championnat  imposent de longs trajets en train ou en car, et que les rassemblements avec le  XV de France sont allés croissant dans la  perspective de la Coupe du monde.  "Cette année, on nous a demandé plus de 90 jours de disponibilité pour le  XV de France entre le Tournoi (remporté par la France, Grand Chelem à la clé,  ndlr), les stages etc. Cela peut faire peur à l'employeur, mais il est  conciliant, souligne-t-elle. Et pendant ma thèse, j'ai eu la chance de tomber  sur des chefs de laboratoire et un directeur de thèse, un ancien boxeur, qui  acceptaient mon sport et la pratique à haut niveau. C'est important".

De plus, elle bénéficie depuis cette année d'une convention d'insertion  professionnelle: "la Fédération et la Région (Nord-Pas de Calais) donnent une  compensation financière à l'employeur au prorata du nombre de sélections qu'est  susceptible d'avoir la joueuse pendant l'année, ce qui m'assure un salaire  constant malgré mes nombreux jours d'absence", explique-t-elle encore. "C'est un choix de vie qui est bien rythmé mais qui me satisfait, car une  fois que le rugby sera fini j'aurai assuré une carrière professionnelle. Et  comme on est amatrice, on n'est pas guidée par l'argent, les sponsors. C'est  peut être un peu plus 'frais', on ne vit pas uniquement pour le rugby, on pense  aussi à autre chose. Même si, d'un point de vue purement sportif, on se dit que  pour pouvoir rivaliser avec les meilleures il faudrait s'entraîner toute la  journée", conclut-elle. Rivaliser avec les meilleures nations, Ezanno en aura l'occasion dès  vendredi.

AFP