Daniel Carter et Handré Pollard
Dan Carter face à Handré Pollard | AFP - GLYN KIRK - FRANCK FIFE

Dan Carter-Handré Pollard, un duel en forme de passation de pouvoir

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Meilleur ouvreur de sa génération, le All Black Dan Carter va croiser un de ses successeurs samedi à Twickenham en demi-finale de Coupe de monde lors du match entre l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Pour le jeune Springbok Handre Pollard, incarnation de l'avenir, le chemin semble tout droit tracé. Entres leurs mains (et leurs pieds), les deux hommes ont une partie du destin de leur équipe.

Il y a des parcours qui rétrospectivement semblent implacables. Comme celui  de Dan Carter qui, à 8 ans, à force de casser les carreaux de la maison  familiale en frappant des pénalités au-dessus du toit, a contraint ses parents  à acheter un bout de terrain supplémentaire et à y installer des poteaux. Vingt-cinq ans plus tard, l'enfant de Leeston près de Christchurch est  logiquement devenu le plus prolifique réalisateur de tous les temps, avec 1569  points inscrits en 110 sélections depuis 2003, et encore 160 minutes pour  améliorer ce total avant sa retraite internationale.

Blessé en cours de compétition lors de la dernière Coupe du monde, il avait  vécu un peu par procuration la conquête du titre par ses coéquipiers. Quatre  ans plus tard, il est bien à la baguette pour orchestrer le jeu All Blacks, à  son meilleur niveau comme il l'a montré samedi dernier en quart de finale face  à la France (62-13). Avec 17 points au pied (8/10) et une passe décisive en chistera, précédée  d'un raffut sur le massif deuxième ligne Pascal Papé, Carter a montré qu'il ne  comptait pas galvauder ses derniers feux sur la scène mondiale avant de  rejoindre le Top 14 et le Racing 92. Sur sa route va cependant se dresser une promesse en pleine ascension,  Handré Pollard (21 ans, 18 sél).

Façonnés pour briller

A l'image de Carter, élève de la Christchurch Boys' High school comme les  sélectionneurs Graham Henry et Steve Hansen, Pollard a suivi le parcours modèle  jusqu'au haut niveau, fréquentant le Paarl Gimnasium près du Cap, une des  usines à champions du rugby sud-africain qui a notamment façonné Jean de  Villiers et Schalk Burger. Modelé pour briller et détecté très tôt, Pollard a été sélectionné trois  fois pour les championnats du monde juniors avec les Baby Boks et a déjà  commencé à rafler les distinctions avec une récompense de meilleur jeune de  l'année en 2014, décernée par World Rugby. Pas encore toutefois de quoi  concurrencer les deux titres de meilleur joueur du monde de Carter, obtenus en  2005 et 2012. Pour l'instant.

"Il a montré de quoi il était capable en peu de temps au niveau  international", souligne ainsi Carter au sujet de son cadet. "Ce que j'aime  chez lui, c'est sa capacité à attaquer la ligne. Il porte très bien la balle,  il a l'air d'être toujours lucide et il lit le jeu extrêmement bien." Pollard, qui a fini par écarter le gestionnaire Morné Steyn et l'inconstant  Pat Lambie, avait déjà impressionné par sa performance l'an passé lors de la  victoire (27-25) face aux All Blacks. Une expérience qui offre un peu de garanties au sélectionneur Heyneke Meyer.

Pollard a "tout pour lui"

"Un élément important est que les joueurs doivent pouvoir faire confiance à  leur N.10, ils doivent savoir qu'il a du sang-froid et qu'il garde son calme  sous pression", relève Meyer. "Et Handré a montré qu'il était fort mentalement". Pollard confie volontiers que Carter est son "grand modèle", "peut-être le  plus grand ouvreur de tous les temps".

Si Meyer assure que son jeune ouvreur "a tout pour lui", il lui reste  cependant encore quelques pistes d'amélioration pour égaler son aîné. "J'ai beaucoup appris depuis mes débuts contre l'Ecosse l'an passé",  explique-t-il. "Je n'aimais pas trop taper au pied quand j'ai commencé à jouer  au plus haut niveau mais j'ai pris peu à peu conscience que cela fait aussi  partie du jeu. Mais c'est vrai qu'avec des gars comme (les centres) Damian (de Allende) et Jesse (Kriel) autour de moi, c'est plutôt tentant de porter un peu  plus le ballon".

Alors que de la pluie pourrait tomber sur Twickenham samedi après-midi, Pollard devra cependant adapter son jeu à la situation. Et montrer ainsi qu'il  dispose d'une palette aussi complète que Carter, pour un symbolique passage de  témoins.

AFP

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