Cory Jane (Nouvelle-Zélande) et Vincent Clerc (France), deux ailiers très vifs
Cory Jane (Nouvelle-Zélande) et Vincent Clerc (France), deux ailiers très vifs | GABRIEL BOUYS / AFP

Battre le mythe pour atteindre le Graal

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L'équipe de France ne part pas favorite de la finale de la finale de la septième Coupe du monde qui l'oppose à la Nouvelle-Zélande, dimanche à Auckland (TF1, 10h). Rescapés du premier tour, les Bleus entendent conclure face aux Blacks leur solide parcours de la phase finale. Mais ils auront contre eux la meilleure équipe du monde soutenue par un pays de quatre millions d'habitants qui ronge son frein depuis 24 ans. Ca promet !

Pour rejoindre toutes les grandes nations du rugby qui ont inscrit à leur palmarès la Coupe du monde, le XV de France doit réaliser un exploit. Le mot a parfois pu sembler galvauder mais la mission dévolue aux Bleus s'avère immense. Soulever le trophée William-Webb-Ellis n'est déjà pas chose aisée –les Bleus ont échoué à deux reprises, en 1987 et en 1999- mais réussir cela à l'Eden Park d'Auckland, dans l'antre des All Blacks, déjouerait tous les pronostics et confirmerait le statut d'un pays capable d'être, selon le coach kiwi Graham Henry, "la meilleure équipe du monde sur un jour".

Si les hommes de Marc Lièvremont devaient affronter les meilleures formations mondiales sur un tournoi avec matches aller-retour, ils termineraient probablement derrière les trois grosses équipes de l'hémisphère sud. Et s'ils devaient se coltiner les Blacks dix fois de suite, les Français ne remporteraient à coup sûr que deux rencontres maximum. Le potentiel des deux teams diffère totalement mais sur un match, tout est possible. 

Parcours français laborieux

C'est en substance ce que prétendent les joueurs tricolores qui goûtent modérément les critiques des journalistes à leur égard depuis leur départ pour le "pays du long nuage blanc". Les doutes émis sur les prestations quelconques face au Japon et au Canada, les insuffisances pointées après l'échec contre les All Blacks (37-17) il y a un mois, et le déchainement médiatique qui a résulté de la déroute devant les Tonga (19-14 et une élimination sans gloire évitée de très peu) ont eu le mérite de souder un groupe qui ne l'était peut-être pas suffisamment en début de compétition. Preuve en a été faite lors du quart de finale contre l'Angleterre (19-12) puis face aux Gallois en demi-finale (9-8) où l'esprit de corps des Français a davantage fait la différence que le jeu froid et calculateur affiché sur le près.

Mais ce qui peut suffire à battre les nations du Tournoi des VI Nations peut-il être efficace contre les équipes du Tri-Nations, a fortiori face aux maîtres du monde annoncés ?
La tâche s'annonce ardue pour de multiples raisons. D'abord, la Nouvelle-Zélande n'a plus essuyé de revers dans son enceinte fétiche depuis l'été 1994 lorsque la troupe managée par Pierre Berbizier s'était octroyé les deux tests-matches de la tournée dont celui d'Auckland avec "l'essai du bout du monde" inscrit par Jean-Luc Sadourny (23-20). Dix-sept ans d'invincibilité dans une enceinte chargée d'histoire, cela force le respect et donne une assurance aux hommes en noir. 

Un stade de 4 millions de supporters

Ensuite, les All Blacks évoluent à un niveau hors de portée de tous ses adversaires depuis l'entame des hostilités le 9 septembre. Victorieux des Tonga, du Canada, de la France et du Japon sans coup férir au premier tour, les joueurs de Graham Henry ont effectué deux matches solides à défaut d'être flamboyants, en quarts de finale face aux Pumas (33-10), puis en demie contre les Wallabies (20-6). Sur ces deux matches couperets, les Blacks ont assuré l'essentiel sans donner l'impression de puiser dans leurs réserves (tout le contraire des Bleus). Enfin, "last but not least", les All Blacks bénéficieront de l'appui de tout un peuple qui désespère depuis 1987 de voir "la meilleure équipe du monde entre deux rendez-vous planétaires" confirmer enfin sa réputation durement acquise le siècle dernier. La pression est énorme pour la bande à Richie McCaw mais le soutien affiché des quatre millions de "néo-zed" reste la meilleure piqure de rappel de l'importance que revêt ce choc mondial. 

Même en l'absence du stratège Dan Carter, les Blacks n'ont pas le droit de se louper sous peine de provoquer une nouvelle catastrophe dans un pays pas verni par la chance cette année (tremblement de terre à Christchurch puis marée noire au nord de la baie d'Auckland). Motivés comme jamais, portés par des fans remontés comme des coucous et opposés à des Français qu'ils respectent mais ne craignent pas malgré les deux couacs des éditions 1999 et 2007, les Néo-Zélandais rêvent d'un deuxième sacre sans discussion possible. Une deuxième couronne qui assoirait leur domination sur la planète ovale. Les Bleus sont-ils de taille à rivaliser ?

Le parcours des deux finalistes

NOUVELLE-ZELANDE (1re au classement IRB)
1er tour: 1re de la poule A (20 pts)
4 victoires: Tonga (41-10), Japon (83-7), France (37-17), Canada (79-15)
Quart de finale: bat Argentine (33-10)
Demi-finale: bat Australie (20-6)
Palmarès en Coupe du Monde: vainqueur (1987), finaliste (1995), demi-finaliste (1991, 1999, 2003), quart de finaliste (2007)

FRANCE (3e au classement IRB):
1er tour: 2e de la poule A (11 pts)
2 victoires: Japon (47-21), Canada (46-19)
2 défaites: Nouvelle-Zélande (37-17), Tonga (19-14)
Quart de finale: bat Angleterre (19-12)
Demi-finale: bat pays de Galles (9-8)
Palmarès en Coupe du Monde: finaliste (1987, 1999), demi-finaliste (1995, 2003, 2007), quart de finaliste (1991)

Coupe du Monde de Rugby