Habana face à Savea
Bryan Habana, l'ailier sud-africain, face à Julian Savea, l'ailier néo-zélandais, deux des stars de la demi-finale | AFP - GABRIEL BOUYS - LIONEL BONAVENTURE

Afrique du Sud - Nouvelle-Zélande: un sommet, cinq enjeux

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Le 91e match entre l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande (17h à Twickenham) est une première au stade des demi-finales de la Coupe du monde. Plus qu'un match, c'est un sommet, une finale avant l'heure entre les deux nations de référence du rugby mondial. Avec deux titres mondiaux à leur actif (comme l'Australie), chaque équipe rêve d'être la première à passer à trois. Ce n'est pas le seul enjeu de ce choc.

"Il faut reconnaître, c'est du brutal". Cette phrase mythique de Bernard Blier, dans les "Tontons flingueurs", c'est un résumé de ce choc monstrueux entre l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Sur le plan physique, ces deux nations ont toujours été les mieux préparées, les plus redoutables. Lorsqu'ils s'affrontent, Springboks et All Blacks, pour paraphraser les dialogues d'Audiard dans ce film, ça éparpille façon puzzle, ça dynamite, ça ventile.

D'un côté, un pack "sudaf" qui accuse les 928kg, face à son homologue qui en pèse 901. Dans le détail, on peut citer les beaux "bébés" que sont le talonneur Bismark Du Plessis (1.90m, 115kg), sans doute le meilleur du monde à son poste (11 essais inscrits en 77 sélections), le pilier droit Frans Malherbe (1.90m, 123kg), les 2e lignes Eben Etzbeth (2.03m, 117kg) et Lodewik De Jager (2.05m, 125kg), et du côté néo-zélandais un Owen Franks (1.85m, 118kg), les 2e lignes Brodie Retallick (2.04m, 120kg) et Samuel Whitelock (2.02m, 116kg)... Et dans les lignes arrières, le face-à-face Damian De Allende (1.89m, 109kg)-Ma'a Nonu (1.82m, 108kg) ne laisse pas sa part aux chiens dans le domaine physique. Bref, la demi-finale sera un affrontement en mode majeur, entre une équipe d'Afrique du Sud qui érige l'engagement physique et une défense de fer en principes fondateurs de son jeu, et celle de Nouvelle-Zélande au jeu déployé et à la technique individuelle hors norme. Au-delà de la victoire, au-delà de la place en finale, cinq enjeux. 

Une suprématie en jeu

Depuis 2010, l'Afrique du Sud n'est parvenue à battre la Nouvelle-Zélande qu'à deux reprises (18-5 en 2011 et 27-25 en 2014, à chaque fois à domicile). Le reste, c'est dix victoires des Kiwis, dont cette année lors de l'affrontement en Rugby Championship (27-20) à l'Ellis Park de Johannesburg. Voici donc le défi qui attend les hommes de Heyneke Meyer, le sélectionneur, qui avoue au sujet de son adversaire: "C'est peut-être la meilleure équipe de l'histoire du rugby. Il faudra que l'on livre notre plus grande performance pour les battre". Côté All Blacks, Steve Hansen a annoncé la couleur: "On est exactement là où on voulait être. C'est un moment excitant, on a  eu une bonne semaine de préparation, on est prêt à jouer, et on a hâte d'être à Twickenham." Si les Boks ont nettement dominé la période d'avant Apartheïd, ils sont, depuis, nettement en retard sur les Blacks. En revanche, en Coupe du monde, ils mènent (2-1), dont cette fameuse finale de 1995 sous les yeux de Nelson Mandela, en Afrique du Sud. Mais jamais les deux équipes ne s'étaient affrontées au stade des demi-finales.

Une page d'Histoire à écrire

Première équipe à devenir championne du monde en 1987, la Nouvelle-Zélande rêve d'être la première à conserver son titre, et d'être ainsi la première à passer à trois trophées William Webb-Ellis. Depuis son deuxième sacre à domicile en 2011, cette équipe n'a perdu que trois rencontres, en tout et pour tout. C'est une énorme montagne à gravir. Mais ce triplé, l'Afrique du Sud en rêve également. Dans ce match entre les deux derniers champions du monde, les Springboks ont l'ambition de reprendre un trophée qui leur avait échappé piteusement (11-9) contre l'Australie en quarts de finale en 2011, leur plus mauvais résultat en Coupe du monde (avec 2003). Un succès dans ce match n'assurera rien, puisqu'il y aura une finale à jouer ensuite, peut-être face au troisième larron candidat à un troisième titre mondial: l'Australie.

Le président sud-africain Nelson Mandela remet le trophée William Webb Ellis à François Pienaar, captaine victorieux des Springboks vainqueurs de la Nouvelle-Zélande (15-12) après prolongation
Le président sud-africain Nelson Mandela remet le trophée William Webb Ellis à François Pienaar, captaine victorieux des Springboks vainqueurs de la Nouvelle-Zélande (15-12) après prolongation

Un duel pour la place de meilleur marqueur

Ils portent le même numéro 11, et ne seront donc pas face à face sur le terrain. Mais ils sont à la lutte pour devenir le meilleur marqueur d'essais de cette Coupe du monde. Bryan Habana a du retard sur Julian Savea, puisque l'ailier all black a déjà inscrit 8 essais, contre 5 à son homologue. Mais le Sud-Africain a surtout un objectif dans le viseur: inscrire un essai pour dépasser Jonah Lomu, recordman d'essais en Coupe du monde qu'il a égalé lors de son triplé contre les Etats-Unis en poules (15 essais). A 32 ans, pour sa dernière Coupe du monde, l'ailier du RCT, auteur de 64 essais en 115 sélections, veut être seul au sommet. Mais il n'est pas dit qu'il y reste très longtemps. Car Julian Savea l'a pris en chasse. Avec huit essais déjà marqués, il a déjà égalé le record détenu par Habana dans une Coupe du monde (en 2007). A 25 ans, avec 38 essais en 39 matches internationaux, il peut aussi envisager de revenir sur Lomu et Habana, s'il est encore au niveau (mais la concurrence est très rude en Nouvelle-Zélande) dans quatre ans au Japon. Pour ces deux "serial-killers", remporter cette demi-finale offrira une occasion de plus de faire fructifier leur pactole.

Le Sud-Africain Bryan Habana et le Néo-Zélandais Julian Savea
Le Sud-Africain Bryan Habana et le Néo-Zélandais Julian Savea

Une finale pour apothéose d'une carrière

Une dernière danse, c'est l'ambition de dix trentenaires légendaires. Un match de plus à disputer, mais pas celui de la petite finale. Finir sur une finale de Coupe du monde, c'est le rêve de chacun. Et souvent pour le match de la 3e place, les joueurs les moins utilisés sont parfois alignés, personne n'a la garantie de jouer cette rencontre "de la déception". Tous ces champions du monde n'ont plus que deux matches de Coupe du monde à disputer. Pour certains, ce sera la retraite internationale. Côté Afrique du Sud: Bismark Du Plessis (31 ans, 77 sélections), Schalk Burger (32 ans, 84 sélections), Fourie Du Preez (33 ans, 75 sélections), Bryan Habana (32 ans, 115 sélections), et sur le banc Victor Matfield (38 ans, 125 sélections) et Jannie Du Plessis (32 ans, 68 sélections). Côté Nouvelle-Zélande: Richie McCaw (34 ans, 146 capes), Daniel Carter (33 ans, 110 capes), Ma'a Nonu (33 ans, 101 capes), Conrad Smith (34 ans, 92 capes), et sur le banc Kevin Mealamu (36 ans, 130 capes). Ce sont tous des joueurs qui auront marqué l'histoire de leur sport, dans leur pays mais aussi dans le monde. Ce match, c'est un peu leur chant du cygne. Avant que certains mettent le cap sur le Top 14 (les frères Du Plessis à Montpellier, Carter au Racing, Nonu à Toulon, Smith à Pau), ils veulent s'offre une apothéose finale à Twickenham le samedi 31 octobre. Avec un deuxième titre personnel en prime comme cerise sur le très gros gâteau.

Schalk Burger au sol face au contest de Richie McCaw
Schalk Burger au sol face au contest de Richie McCaw

Un Rugby Championship à effacer

Le Rugby Championship 2015 était très particulier. Moins importante dans une année de Coupe du monde, la compétition était en plus réduite dans son format à une seule confrontation entre chaque équipe. Triples tenants du titre, les Néo-Zélandais ont perdu leur trophée en s'inclinant en Australie (27-19) lors de la dernière journée. C'était la première fois, depuis que l'ancien Tri Nations a intégré l'Argentine, que la victoire leur échappait. Et s'ils ont lavé une partie de l'affront en giflant les Wallabies une semaine après dans la Bledisloe Cup (41-13) la semaine suivante, l'accroc est là. C'est encore pire pour l'Afrique du Sud. Trois matches et trois défaites, tel a été le bilan des Boks dans ce tournoi 2015. Avec en prime un revers à domicile contre les Argentins (37-25) lors de l'ultime journée. Et c'est sans compter l'humiliante défaite d'entrée en Coupe du monde contre le Japon. Pour les deux équipes, se trouver en demi-finale de la Coupe du monde est le minimum syndical. S'arrêter là serait une déception.

La joie des Argentins lors de leur victoire en Afrique du Sud lors du Four Nations 2015
La joie des Argentins lors de leur victoire en Afrique du Sud lors du Four Nations 2015

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