Valbuena et Benzema équipe de France
Les joueurs français Mathieu Valbuena et Karim Benzema | AFP - FRANCK FIFE

Ukraine-France: maintenant le changement

Publié le , modifié le

La défaite 2-0 en Ukraine a placé les Bleus dos au mur. S’ils veulent voir le Brésil l’été prochain, les coéquipiers d’Hugo Lloris vont devoir réaliser un match "quasi-parfait" selon le capitaine tricolore et surtout montrer autre chose que la très pâle copie rendue à Kiev. Pas exempt de reproches dans sa préparation et sa gestion du match aller, Didier Deschamps doit également revoir la sienne.

Le schéma

La défaite est là. Froide et cinglante. Il faut désormais trouver des solutions et ça c'est le boulot du sélectionneur. Interrogé sur sa supposée volonté de jouer le nul en Ukraine, Didier Deschamps a écarté cette hypothèse d’un revers de la main en conférence de presse. "Nous n’étions pas venus ici pour jouer le match nul, il n’y a qu’à voir l’équipe qui a débuté. Notre intention était de marquer", a déclaré le sélectionneur tricolore. Sur l’intention, on ne peut pas lui donner tort. Avec un quatuor, Ribéry, Nasri, Rémy derrière Giroud, "DD" avait privilégié la forme du moment pour faire sauter le verrou ukrainien. Il avait même laissé sur le banc Mathieu Valbuena, l'homme qui, avec Ribéry, portait les Bleus depuis un an. C’est dans ce 4-2-3-1 que les Français avaient fait exploser l’Australie (6-0) et la Finlande (3-0) en octobre, et c’est sur ces certitudes qu’il a voulu s’appuyer, abandonnant l’idée caressée pourtant lors des jours de préparation de passer au 4-3-3. Ce schéma qui n’a jamais trop réussi aux Bleus était plus défensif avec un Yohan Cabaye qui aurait remplacer Samir Nasri dans le triangle du milieu, mais à sa base et non à son sommet. Mais Deschamps voulait que ces joueurs aillent de l’avant, il a donc opté pour le Citizen. Ce qu’il pensait gagner en allant offensif, il l’a peut-être perdu en marge de sécurité.
 

Le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps
Le sélectionneur de l'équipe de France, Didier Deschamps

Avec un handicap de deux buts à remonter, les Bleus n’ont plus le droit à l’erreur et la nécessité de marquer est encore plus grande. Il va falloir trouver l’équilibre, toujours ténu, entre l’attaque et la défense. Un passage au 4-3-3 paraît peu envisageable. Pourquoi repartir sur un schéma plus défensif alors que les Bleus doivent, au contraire, aller chercher des Ukrainiens très haut, imposer un pressing et une pression à l’image de ce qu'ils ont subi à Kiev. Ce besoin de but pourrait pousser Deschamps à revenir à un 4-4-2 qui n’a jamais vraiment convaincu, Karim Benzema et Olivier Giroud n’affichant pas une complémentarité criante. On le voit les options sont minces et on n’imagine pas Deschamps tout chambouler à quatre jours du match le plus important de son mandat et peut-être de sa carrière d’entraîneur. Le 4-2-3-1 devrait donc perdurer, mais les hommes devraient changer.

Les hommes

Les joueurs français Mathieu Valbuena et Franck Ribéry
Les joueurs français Mathieu Valbuena et Franck Ribéry

Mathieu Valbuena ne l’avait peut-être pas vu venir, mais il était bien le seul. Depuis quelques jours avant ce match aller, le milieu marseillais était aligné avec les remplaçants lors des mises en place tactique de Deschamps, laissant présager un passage sur le banc. Le Marseillais payait sa méforme de l’automne alors que son remplaçant Nasri n'a pas pour autant marché sur l’eau avec City. Mais ce dernier avait signé une performance intéressante lors du feu d’artifice du Parc des Princes contre l’Australie et sa technique et son coffre étaient autant de gages sur lesquels Deschamps comptait s’appuyer. Mais c’était oublié que Nasri a des fâcheuses tendances à tirer la couverture à lui et à handicaper son équipe en voulant la faire jouer. Positionné derrière Giroud, on l’a plus souvent vu à hauteur de ses milieux défensifs voire de ses défenseurs plutôt qu’en soutien du Gunner. "Nasri a décroché pour venir chercher le ballon, parfois un peu trop, a observé Deschamps. Il aurait pu aller plus haut mais il y avait moins d’espace. Il a essayé d’être disponible mais était par moments trop reculé". Encore une fois, Nasri a raté l’occasion de prouver qu’il peut animer cette équipe. Sa propension à garder la balle et donc à ralentir le jeu a rendu service à Valbuena dont la réapparition dans le onze semble probable. Ceux qui ont entouré Nasri ont également déçu : Rémy, qui lui plane en Angleterre, a rarement occupé son aile droite et a souffert face aux rugueux défenseurs ukrainiens. Aucune différence, aucune course, aucun centre et toujours ce même chantier sur ce côté. Pour le remplacer, Deschamps a lancé Sissoko, et gardé Payet sur le banc. Mardi soir, il faudra faire des différences balle au pied et le profil du Marseillais pourrait donc s'avérer plus utile, même si ce dernier n’est pas étincelant en club.

Les remplaçants français, Dimitri Payet, Samir Nasri et Bacary Sagna
Les remplaçants français, Dimitri Payet, Samir Nasri et Bacary Sagna

A gauche, Ribéry n’a pas pu desserrer l’étreinte. Surveillé comme le lait sur le feu par 2 voire 3 Ukrainiens, il n’a jamais pu échapper à ses gardes du corps. En pointe, Giroud s’est battu et a, à son crédit, deux bonnes passes qui auraient pu faire mouche. Une vers Rémy en première mi-temps, l’autre qui a amené la plus belle occasion française, la frappe de Nasri (65e). Et comme Benzema n’a rien montré durant les 20 minutes qu’il a passé sur la pelouse, et surtout pas une envie débordante, Giroud ne devrait pas voir son statut de titulaire remis en cause. Le duo Matuidi-Pogba a lui fait le job avec une mention pour le Turinois, brillant pendant 45 minutes avant de plonger avec l’ouverture du score. Voici le socle sur lequel peut s’appuyer Deschamps, mais les 90 minutes disputées vendredi pourraient peser dans les jambes et le sélectionneur pourrait être tenter de lancer Cabaye. Il a failli le faire à l’aller avant de se rétracter. Mais la volonté d’apporter encore davantage de maîtrise et sa qualité de frappe sur coups de pied arrêtés sont autant d’argument en faveur d’une future titularisation. Donc Cabaye, mais à la place de qui ? Pogba ? Sur ce qu’il a montré, il a une longueur d’avance sur Matuidi. Mais le profil du Parisien, plus ratisseur, est utile, voire indispensable. Installer Cabaye, c’est perdre de l’impact au milieu – impact qui a déjà manqué – mais gagner de la maîtrise. Un choix de plus à faire pour Deschamps. En défense, la marge de manœuvre est plus réduite. Vendredi elle a été aux abois, mais avec la blessure de Varane et la suspension de Koscielny, Deschamps se retrouve avec le seul Mamadou Sakho pour épauler Eric Abidal. Deux gauchers donc. Pour les latéraux, c’est toujours la même histoire : aucun n’a réellement convaincu, les deux ont même inquiété, à l’image d’Evra souvent pris dans son dos. Mais sur le banc, ni Clichy, ni Sagna n’apportent réellement plus de garanties.

La mentalité

Plus que sur le schéma ou dans le choix des hommes, c’est dans l’approche de la rencontre que les Bleus ont pêché. Il y a quatre ans face à l’Eire, ils avaient joué la peur au ventre. A Kiev, ils l’ont abordée comme un vulgaire amical de reprise. Un constat que réfute pourtant Hugo Lloris qui a trouvé qu’au "niveau de l'état d'esprit on était plutôt bon, on a répondu présent dans  l'engagement". Difficile à croire vu le nombre de duels remportés par les Jaune face à des Bleus amorphes à l’image du premier but où Nasri se fait déborder sans lutter par un Ukrainien. "Dans l'impact, ils étaient toujours à la limite, ils ont fait le match qu'il fallait, le match qu'on attend d'une équipe qui veut aller au Mondial" a remarqué le Citizen. Alors comment expliquer cette déroute ? La suffisance encore ? Une possibilité à ne pas écarter lorsqu’on entend Samir Nasri et Karim Benzema. Le premier a regretté que la France rate les premières occasions (lesquelles ?) et trouve cette défaite imméritée. "On aurait pu ouvrir le score, et sur les deux buts on fait preuve de malchance parce que Hugo (Lloris) touche le ballon".

Les joueurs français Paul Pogba, Eric Abidal et Blaise Matuidi
Les joueurs français Paul Pogba, Eric Abidal et Blaise Matuidi

La réussite a donc choisi le camp de l’équipe qui en voulait le plus. Comme souvent. Le second lui est allé encore plus loin en lançant de lui à la presse que "sur le papier, on sait qu'on est meilleurs qu'eux". On ne peut pas forcément lui donner tort, mais sur le terrain, le talent ne suffit pas tout le temps, le physique, l’engagement, l’envie, la grinta, appelé ça comme vous voulez, tous ces paramètres ont leur également importance. Et ça l’attaquant madrilène l’a pointé du doigt. Deschamps aussi qui a félicité des Ukrainiens qui ont joué "un match de haut niveau avec beaucoup d’engagement". En creux, comment ne pas voir une critique à peine voilée diriger vers ses troupes ? Le Brésil, ce matin est un lointain rêve pour des Bleus qui n’ont pas donné l’impression de saisir l’ampleur de ce match aller. Pire, on peut même douter de leur envie. Si on a vu une timide réaction après l’ouverture du score, l’heure précédente a été inquiétante et on cherche encore les cadres censés réveiller les troupes. Ribéry ? Trop empêtré dans les filets jaunes et occupé à vouloir sauver la patrie tout seul ? Abidal ? Il a tenté de secouer ses coéquipiers, tout comme Pogba, lui le gamin de 20 ans, le seul a avoir été à la hauteur. Evra ? Lloris ? Ce samedi, la France a peur. Peur car son équipe l'a déçue une fois encore. Peur de rater une Coupe du monde au Brésil. Et peur car on ne voit pas comment les Bleus pourraient renverser la tendance. Les joueurs, eux, y croient. Ils sont bien les seuls…

Vidéo: Deschamps en conférence de presse

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