Samir Nasri et Didier Deschamps
Samir Nasri et Didier Deschamps | FRANCK FIFE / AFP

Ukraine-France : les Bleus indolents

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L’équipe de France devra mettre le bleu de chauffe si elle veut battre l’Ukraine mardi et se qualifier pour la Coupe du monde 2014. L’agressivité, qui a manqué vendredi à Kiev, devra être décuplée pour tenter de réaliser l’exploit attendu à savoir remonter deux buts à une équipe solide quoique sans génie. Ces Bleus-là en sont-ils capables ?

« On n’est pas abattus. On sait qu’on est meilleurs qu’eux, qu’on a plus de talent » ! La phrase prononcée par Karim Benzema après la défaite en Ukraine (2-0) a du mal à passer dans l’opinion publique. Comment ne pas être accablé après un match insipide où l’équipe de France a constamment subi l’envie ukrainienne ? Ce défaut, très français depuis quelques années, s’est vu comme le nez au milieu de la figure vendredi soir au stade Olympique de Kiev. Hormis quelques éléments comme Pogba, Matuidi ou Koscielny (en première période), les Bleus ont manqué de gnaque pour rivaliser dans l’engagement avec leurs adversaires, très bien organisés et archi motivés par la perspective d’aller au Brésil.

Abidal, Nasri, Benzema, très décevants

Impossible d’en dire autant au sujet de quelques joueurs français qui ont perdu des points dans la capitale ukrainienne : Abidal, Nasri, Rémy ou Benzema (quand il est rentré) n’ont pas fait preuve d’une combativité exceptionnelle, jouant ce match déterminant comme si il s’agissait d’une vulgaire rencontre de championnat. Le talent d’un Nasri ou d’un Benzema, qui a certes davantage été perçu en Premier League ou en Liga qu’en équipe de France, ne doit pas occulter leur suffisance et leurs insuffisances : le milieu offensif de Manchester City a beau avoir une palette technique très complète, il se regarde –souvent- joué, ne pèse pas assez dans les 30 derniers mètres, et son travail défensif est insignifiant (s’il lui arrive de courir après un joueur, il ne lui prend quasiment jamais le ballon). Il a surtout vendangé la plus belle occasion française en tirant sans conviction dans les bras du gardien ukrainien alors que la France pouvait égaliser. Quant à l’attaquant du Real Madrid, son entrée pour le dernier quart d’heure aurait dû le booster, au moment où les Bleus avaient besoin de lui. Las, Benzema ne s’est procuré aucune occasion (très peu servi, il est vrai), mais il n’a pas multiplié les appels comme doit le faire un avant-centre qui rentre en cours de match. « Sur le papier, on est meilleurs », a confié l’ancien Lyonnais au terme de la purge. Sans avoir mis ses actes en conformité avec ses paroles.

Aucun aboyeur ni leader

Ces deux joueurs n’ont pas été les seuls responsables du fiasco tricolore, loin s’en faut. Mais ils incarnent mieux que quiconque cette équipe de France qui se croit plus belle que la plupart de ses rivales, l’Ukraine compris. Du temps de Platini ou Zidane, certains savaient se dépouiller pour le bien collectif. Les Trésor, Tigana, Amoros ou Fernandez dans les années 80, les Deschamps, Petit, Karembeu, Lizarazu, Desailly, Thuram, Vieira ou Sagnol ensuite, savaient se mettre minable pour permettre aux artistes de briller. Il est curieux de noter que la formation alignée par le sélectionneur national à Kiev ne correspond pas aux critères du « DD » joueur, capitaine harangueur de troupes hors pair et exemple d’abnégation sur le terrain. La France a oublié qu’elle avait gagné la Coupe du Monde 1998 avec beaucoup plus de sueur que de génie. « Sans maîtrise, la puissance n’est rien », disait la pub. Sans agressivité, le talent n’est rien. Les Bleus ont trois jours pour rectifier le tir. C’est peu, mais impossible n’est pas français.

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