Brésil, manifestations
Les manifestants brésiliens | MIGUEL SCHINCARIOL / AFP

Trois joueurs Brésiliens soutiennent les manifestations

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Trois joueurs de l'équipe du Brésil, qui affronte le Mexique mercredi dans la Coupe des Confédérations à Fortaleza, ont apporté mardi leur soutien aux nombreux manifestants qui ont défilé lundi soir dans les plus grandes villes du pays pour des raisons sociales.

Le premier à monter au créneau a été l'arrière droit Dani Alves, qui a  écrit sur son compte Instagram en lettres capitales, sous un oeil figurant le  drapeau brésilien, la devise qui y est inscrite ("ordre et progrès") puis  certains mots d'ordre des manifestants: "Ordre et progrès sans violence, en  paix, pour un Brésil éduqué, pour la santé au Brésil, pour un Brésil honnête,  pour un Brésil heureux". Le joueur du FC Barcelone brisait ainsi le silence dans lequel les joueurs étaient restés confinés concernant la vague de protestation sociale qui  traverse le pays depuis la semaine dernière et qui a pris une ampleur  historique lundi soir, avec notamment l'envahissement du toit et des abords du  Congrès national à Brasilia et des scènes de violence urbaine à Rio de Janeiro  et Porto Alegre. 

David Luiz : "En faveur des manifestations sans violences"

Lundi en milieu de journée, l'arrière gauche Marcelo avait ainsi assuré que  ce qui se passait à l'extérieur du groupe ne "l'affectait pas", et qu'il  restait concentré sur son tournoi. Subit changement de ton à la conférence de presse du lendemain. Mardi, les  deux joueurs qui se sont prêtés à cet exercice quotidien sont allés dans le  sens de Dani Alves et ont pu développer leur point de vue, chose rare dans le  monde du football, voire du sport en général. "Je suis en faveur des manifestations sans violence, a dit le défenseur  central David Luiz. Les citoyens ont le droit d'exprimer leurs opinions, le  fait qu'ils ne sont pas contents, c'est une manière pour atteindre leurs  revendications et améliorer la situation du pays".

"Je suis brésilien, même si je vis à l'étranger (à Londres, ndlr), et  j'espère toujours que le Brésil progresse, a-t-il ajouté. Les manifestants  luttent pour la santé et l'éducation. On a besoin d'unité. Nous espérons que  nous arriverons à un consensus et que l'avenir sera meilleur. Bien sûr, nous ne  sommes pas heureux quand on voit de la violence". Idem chez l'autre joueur qui s'est présenté devant les journalistes. "Aujourd'hui, j'ai une position sociale privilégiée, mais je n'oublie pas que  je viens d'un milieu pauvre", a souligné l'attaquant Hulk, originaire de la  région défavorisée du Nordeste, où se situe Fortaleza. "Ils ont raison de protester, ce qu'ils disent et ce qu'ils souhaitent est  de bon sens, a-t-il développé. Il faut écouter ce qu'ils disent. Le Brésil a  besoin de progresser dans beaucoup d'aspects, c'est pourquoi nous les  soutenons. Nous savons qu'ils disent vrai". 

Les joueurs de la Seleçao favorables au Mondial

Il a en revanche écarté l'idée que les manifestants s'opposent au  Mondial-2014, même si certains s'en prennent aux énormes dépenses engagées par  le gouvernement en vue du tournoi, dont la Coupe des Confédérations fait office  de préparation. "C'est un triomphe pour le Brésil d'avoir la Coupe du monde, il y a des  millions de personnes qui aiment le football dans ce pays". Il a aussi dit qu'il n'avait pas vu les quelques centaines de personnes qui  étaient venues lundi soir manifester devant l'hôtel de la Seleçao à Fortaleza,  en solidarité avec le reste du pays. Le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, pour lequel ces manifestations  "n'interfèrent pas" avec le travail de la Seleçao, s'est borné à les estimer  "normales dans une démocratie". "Les joueurs ont une complète liberté pour donner leur opinion sur quelque  sujet que ce soit, chacun assumant bien sûr sa responsabilité, a aussi affirmé  "Felipao". Nous n'interdisons rien, mais il faut aussi prendre en compte les  intérêts de la sélection. Mais c'est important que les sportifs s'expriment, parce que cette séparation (avec l'extérieur, ndlr) a cessé d'exister".

De son c^té, Dilma Roussef a affirmé comprendre les manifestants. "Mon gouvernement écoute ces voix en faveur du changement. Il est engagé en  faveur de la transformation sociale", a réagi la présidente de gauche lors d'un  discours à Brasilia. Les manifestants, en majorité des jeunes diplômés de la classe moyenne sans  étiquette politique ni syndicale, continuaient de se mobiliser mardi sur les  réseaux sociaux. Une nouvelle manifestation était prévue dans l'après-midi à Sao Paulo pour  protester contre l'augmentation du prix des transports publics, la piètre  qualité de services publics et les sommes colossales dépensées pour le  Mondial-2014 de football. Avec l'essor économique et social du pays qui s'est hissé aux rang de  septième puissance économique mondiale au cours de la dernière décennie, "ont  surgi des citoyens qui réclament plus et ont droit à plus", a analysé Dilma  Rousseff.

Dilma Roussef comprend

Il est normal, a-t-elle souligné que "les exigences de la population changent au fur et à mesure que nous transformons le Brésil, que nous  augmentons la richesse, l'accès à l'emploi et à l'éducation". Le gouvernement tente de reprendre la main après avoir été totalement pris  de court par cette fronde née il y a une dizaine de jours. Le mouvement de grogne d'abord limité contre une augmentation de 7% du prix  des transports publics, s'est amplifié après la violente répression policière  de certaines manifestations la semaine dernière. La journée de jeudi sera sensible, avec des marches prévues dans plusieurs  villes du pays, notamment à Rio. Le Brésil n'avait pas assisté à des protestations aussi massives depuis  celles dirigées en 1992 contre la corruption du gouvernement de l'ex-président  Fernando Collor de Mello, finalement contraint de quitter le pouvoir. "La situation est encore un peu confuse. Des manifestations de ce type  mobilisent beaucoup de monde et deviennent incontrôlables des deux côtés: il y  a des excès de la part de la police et de certains manifestants", a affirmé  mardi à l'AFP l'expert en violence de l'Université de Rio (Uerj), Alba Zaluar. "Il est intéressant de relever que les jeunes ne veulent pas de drapeaux de  partis politiques. Ils souhaitent un mouvement plus ouvert mais cela attire  aussi des voleurs, des agitateurs et des casseurs, comme en Europe",  explique-t-elle.

"Avec la Coupe des Confédérations, le monde a les yeux tournés vers le pays  mais je suis perplexe, je me demande pourquoi ces jeunes n'ont pas manifesté  plus tôt. Exiger plus de santé et éducation au lieu d'investissements dans les  stades, tout le monde est pour. Nous allons voir comment cela évolue", ajoute  Mme Zaluar. La popularité du gouvernement a chuté de huit points en juin, pour la  première fois depuis l'élection à la présidence en 2011 de Mme Rousseff, alors  que la croissance est en berne sur fond de poussée inflationniste. Mardi midi, près du Parlement de l'État de Rio, théâtre de violences  pendant la nuit, une odeur âcre prenait encore à la gorge. Des pompiers  achevaient d'éteindre un incendie dans une boutique ravagée. "La manifestation, c'est normal mais pas cette destruction", commentait  Raquel Texeira, une avocate de 34 ans. "Je pense que ce ne sont pas des  manifestants qui ont fait ça, mais des casseurs, des agitateurs".

AFP