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Lilian Thuram | AFP-Medina

Thuram fustige les "leaders négatifs"

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Le recordman des sélections en équipe de France, qui par ailleurs siège au Conseil fédéral de la Fédération, n'a toujours pas digéré l'attitude des Bleus durant la Coupe du monde en Afrique du sud, lesquels selon lui, ont bafoué les "valeurs morales du football". Dans une interview samedi à "L'Équipe", Lilian Thuram maintient ses propos acerbes sur le comportement détestable de ceux qu'il appellent "les leaders négatifs".

"S'il n'y a pas de sanctions, je partirais..." affirme en substance l'ancien défenseur des Bleus, 142 sélections. "Le Président Escalettes a souhaité ma présence pour faire passer des messages auprès des jeunes. J'ai accepté car je crois que le football est porteur de valeurs très importantes...Je ne peux pas tenir un discours aux jeunes générations et être indulgent avec ce qui s'est passé lors de la Coupe du monde. C'est une question d'exemplarité..."
Pour lui, ces valeurs ont été bafouées par les Bleus à Knysna et il demande que soient punis ceux qui ont été à l'origine de cette attitude inadmissible.
Il ne regrette pas ses propos, tenus peu après la compétition, dans lesquels il demandait que Patrice Evra ne soit plus jamais retenu en équipe de France.
"Si je dis quelque chose, c'est que je le pense sincèrement et que j'ai bien réfléchi avant. J'ai attendu de savoir, par diverses sources, ce qui s'est réellement passé avant de me prononcer...Je connais les joueurs. J'ai joué avec eux en 2008..."

Ce qui est inexplicable pour Thuram, c'est que tout est parti d'une "simple demande tactique de l'entraîneur en direction d'Anelka", lequel a réagi par les propos que l'on sait. Ensuite il y a eu l'incident du car et la grève de l'entraînement Mais pour lui, tout le monde n'était pas vraiment sur la même longueur d'onde."C'est trop facile de dire après coup que tous les joueurs étaient solidaires. C'est faux. Certains se taisent et subissent la situation. Dire que tout le monde était d'accord, c'est évidemment une stratégie des leaders. On ne peut pas prendre une sanction pour les 23....On ne peut tout de même pas sanctionner Clichy ou Planus comme on sanctionnerait le capitaine ou Ribéry. Certains ont laissé faire, certes, mais ce sont ceux qui ont initié cette action qu'il faut sanctionner".
Une position qu'il maintient: "Je semble peut-être trop rigide pour certains,mais je persiste : ce qui s'est passé est, pour moi, impardonnable." Thuram envisage même dequitter la Fédérationsi des sanctions fortes ne sont pas prises. Il avait déjà présenté sa démissionle 2 juillet. "'J'aibesoin de retrouver mes valeurs dans ce que je fais. Je souhaitais qu'on donneune autre image du football.» Il pourrait donc présenter ànouveau sa démission si rien n'était fait: "Ca m'énerve qu'on parle toujours desjoueurs comme s'ils étaient irresponsables. S'il n'y a pas de sanctions, jepartirais."

A ceux qui pourraient lui faire le reproche de ne pas s'être exprimé avant la Coupe du monde, Thuram réplique: "Ce que j'avais à dire à Domenech, je lui ai dit directement. Je l'ai tout de même alerté sur certains problèmes...Lorsque Ribéry par exemple déclarait qu'il était prêt pour être capitaine, cela pouvait évidemment créer un problème puisqu'il y avait un capitaine en place, Thierry Henry; et un vice-capitaine William Gallas. Il fallait juste rétablir une certaine hiérarchie. Durant l'Euro-2008 j'ai dit à Ribéry, qu'en tant que leader technique, il devait avoir un comportement irréprochable. Que dans le cas contraire, il tirait le groupe vers le bas..." Ce fut apparemment le cas dans cette faillite de ceux qui auraient dû être les leaders.Lilian Thuram voit même au-delà des valeurs du football. " Pour moi, c'est trèsgrave. Par leur geste, les joueurs ont été capables de réveiller le racismelatent dans la société. Nous sommes dans le raccourci..Les problèmes viennent du fait qu'il y a trop de Noirs en équipe deFrance. Quandvous arrivez à ce point à réveiller les mauvais côtés de la société, c'est quevous avez une responsabilité Une responsabilité que lesmeneurs de la grève doivent endosseret dont il doivent payer les conséquences selon lui. Pour l'instant, Lilian Thuram attend beaucoup de l'enquête diligentée par la Fédération. "On va voir si les gens auront le courage de dire les choses.."Pour l'avenir, même s'il affirme sa confiance en Laurent Blanc qui a "l'aura qu'il faut", Thuram insiste pour que l'épisode douloureux de Knysna ait une suite. "L'entité qui doit rétablir l'ordre moral, c'est la Fédération française. Vous me voyez dire aux Espoirs de bien se comporter si les A ne sont pas sanctionnés. Cela n'aurait pas de sens. Et Thuram de mettre les points sur les i: "Si on repart sans sanction forte, pensez-vous qu'il y aura une moralité dans l'histoire ? "