Stéphane Lannoy arbitre français Mondial 2010
L'arbitre français Stéphane Lannoy | AFP - Franck Fife

Stéphane Lannoy, le sifflet français

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Stéphane Lannoy, choisi pour tenir le sifflet pour la rencontre Pays-Bas-Danemark, est le seule arbitre principal français choisi pour la Coupe du monde où il va officier avec pour assistants ses compatriotes Eric Dansault et Eric Hugo, ainsi que le 4e arbitre remplaçant Frédéric Cano. Une belle reconnaissance pour l'homme du nord, deux ans après ses grands débuts internationaux à l'Euro-2008. A 40 ans, Lannoy s'est préparé pour ce grand rendez-vous.

Aborder une coupe du monde n'est pas une mince affaire. Ilfaut évidemment travailler le physique afin d'être le plus performant possible,mais aussi se préparer mentalement pour être paré à affronter à la foisl'ambiance, l'enjeu et la pression. Sur le terrain, Stéphane Lannoy travailleaussi sur le plan technique, en abordant des  situations de jeu, avec desséquences qui sont réalisées sur le terrain par des équipes de jeunes, autantd'exercices qui lui permettent également de travailler la vision périphérique. L'homme est aujourd'hui prêt à entrer dans l'arène. Seize ans après sespremiers pas dans l'arbitrage, et une progression constante dans la hiérarchie,au cours de laquelle il a dû apprendre à jongler avec tous les impératifs sportifs, professionnels et familiaux, l'homme de Boulogne-sur-Mer faitpartie du cercle très fermés des référés internationaux. Mais s'il considère comme une consécration de faire partie des 30 arbitres de cette Coupe du monde, il ne le vit pas comme un aboutissement.

"Je ne le vis pas comme ça, parce que si tout va bien, il nous reste encore cinq ans de carrière. Cela aurait été un aboutissement si j'arrêtais l'année prochaine. Là, il y a encore peut-être encore une possibilité de faire une grande compétition comme l'Euro-2012" avouait-il dernièrement. Dans une interview à la Voix du Nord, cet ancien milieu de terrain qui a rapidement choisi de quitter le jeu pour le sifflet, reconnaît pourtant qu'à ses débuts, il n'avait pas d'ambition ni de plan de carrière. "Je suis venu à l'arbitrage parce que j'aimais ça. Je n'avais qu'un seul objectif; arbitrer un jour en Division 4 au stade de la Libération à Boulogne, le même stade où je venais voir les matches avec mon père..Ensuite la progression dans la hiérarchie, ça enchaîné naturellement, sans effort particulier".

En août 2002, il disputait sa première rencontre de L1, dont il dit avoir gardé un souvenir "impressionnant". Des souvenirs ensuite, il en a eu beaucoup d'autres, sur les pelouses de l'hexagone comme sur la scène internationale. Ce qui lui a permis de croiser les meilleurs joueurs de France et d'Europe, Joueurs avec lesquels les liens restent toutefois distants au grand dam de ses trois enfants qui auraient envie de disposer d'une collection d'autographes exceptionnelles. "Nous n'avons pas de lien avec les joueurs, d'abord parce qu'on les arbitre peu souvent, mais parce que c'est préférable: il faut conserver un droit de réserve. C'est aussi pour ça que je n'ai pas d'idole. Quand j'étais joueur, j'avais des références. Mais c'est comme un dédoublement de la personnalité: aujourd'hui j'ai fait abstraction de tout cela...Peut-être par honnêteté intellectuelle. Les stars ne me font pas rêver mais les événements oui...!"

Et en matière d'événements c'est dans le plus important en matière de football que Stéphane Lannoy se trouve désormais plongé. Une coupe du monde dans laquelle le corps arbitral se trouve sous les feux de tous les projecteurs de la planète. D'ailleurs, pour éviter les litiges -même si ceux-ci existeront- il reconnaît que des consignes ont été données. "Par rapport à l'exercice du pénalty, par exemple. Le texte de loi a été modifié. Le joueur peut toujours faire ce qu'il veut tant qu'il n'a pas frappé. Mais une fois qu'il s'élance, il ne lui est plus permis d'arrêter sa course. S'il marque ce sera à retirer. Si c'est bloqué ou raté, ce sera coup-franc indirect pour la défense et carton jaune pour le tirer. Ensuite, en ce qui concerne les tirages de maillot et les mains dans la surface.... c'est toujours d'actualité". L'objectif de la FIFA est d'éviter autant que faire se peut les polémiques et les critiques sur l'arbitrage dans une compétition avec un tel enjeu. Les arbitres en sont conscients qui, loin d'entrer dans un système de concurrence stérile, alors qu'ils sont tous regroupés au même endroit, préfèrent jouer la carte corporative. "S'il y a une concurrence, elle n'est pas criante. Il y a plutôt un esprit de solidarité qui fait que s'il y en a un qui rate son match, c'est toute la corporation qui est mise à mal. Sur tous les matches jusqu'à la finale, il y aura forcément des erreurs...."

Après cette entrée face aux Pays-Bas, il espère aller le plus loin possible dans le Tournoi. Même si ce neserait pas de bon augure pour l'équipe de France puisqu'il aura le plus de chance de passer les tours que si les Bleus sont éliminés rapidement. "La différence entre nous, les arbitres, et les joueurs de l'équipe de France, c'est qu'eux sont sûrs de disputer trois matches. Nous, on peut s'arrêter tout de suite. Mais si les Bleus peuvent aller au bout on ne va pas s'en plaindre". En attendant, Stéphane Lannoy et ses acolytes ont la responsabilité de représenter le football français, ce qui n'est déjà pas une mince affaire. 

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Christian Grégoire