Qatar maillot de l'équipe nationale vu du ciel 2010
Le maillot de l'équipe du Qatar | AFP -

Russie, Qatar: que d'interrogations…

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Le choix de la Fifa de confier l'organisation des Mondiaux 2018 et 2022 respectivement à la Russie et au Qatar soulève de multiples questions. Tant sur le volet sécuritaire qu'au niveau logistique ou administratif, de gros progrès restent à faire d'ici là. Mais comme l'argent coule à flot, la tendance reste à l'optimisme…

Le chantier russe

La Russie est venue à bout de trois candidatures représentant des bastions traditionnels du football en Europe (Angleterre, Espagne-Portugal, Pays Bas-Belgique) et son dossier était loin de valoir celui de ses concurrents en termes de stades, hôtels ou réseau de transport. La grande taille du pays constitue déjà en soi un challenge logistique même si le dossier russe s'articule autour de treize villes regroupées en quatre pôles. 

Après avoir obtenu les Mondiaux d'athlétisme 2013, les JO d'hiver et le GP de Formule 1 en 2014, la Russie se retrouve face à de nombreux défis pour organiser cette compétition compte-tenu de la taille du pays et de l'état de ses infrastructures. Toutes ces villes sont situées dans la partie européenne du pays, hormis Ekaterinbourg, mais la distance entre Kaliningrad et Ekaterinbourg (Oural) est de 3.000 km, et la vitesse moyenne des trains en Russie n'est que de 75 km/h. "L'accessibilité des régions est un des facteurs clés pour organiser un tel évènement, surtout lorsqu'on parle d'un pays aussi grand que la Russie ", a déclaré Andrew Pine, responsable de la compagnie aérienne AviaNova. 

Compte tenu de l'étendue du pays et de l'éloignement de l'Europe de ses principales villes (excepté Kaliningrad), beaucoup s'interrogent sur sa capacité à accueillir les supporteurs. Des doutes apparaissent notamment quant aux possibilités de déplacements des fans d'une région à une autre. La Russie manque de plus cruellement d'un parc d'hôtels à prix raisonnables pour les touristes. Concernant les transports, certaines compagnies aériennes ont assuré qu'elles adapteraient leurs offres au plus bas coût possible, alors que les vols low-cost sont pour l'instant très peu répandus dans le pays. Sans compter que les autoroutes posent de criants problèmes. Dernier problème, mais pas des moindres, celui des stades: La plupart de ceux inclus dans le projet nécessitent de profondes rénovations. La principale enceinte, le stade Luzhniki de Moscou (83.000 places), devra récupérer une pelouse naturelle, puisqu'il utilise actuellement un terrain synthétique.

Maintenant, la motivation des décideurs pour le projet est énorme. Du président Dimitri Medvedev au Premier ministre Vladimir Poutine en passant par les entreprises et les leaders économiques, tous ont œuvré pour obtenir cette récompense qui offre l'avantage de booster l'économie. Le lobbying a été intense mais efficace. Deux stades sont à construire et quatorze nécessitent de grands travaux de rénovation. Kazan, Volgograd ou Sotchi bénéficieront notamment de ces aménagements importants pour le futur. La Russie n'avait jamais organisé une Coupe du monde et cela a joué en sa faveur. La Fifa voulait innover plutôt que de retourner en Angleterre ou de miser sur des tandems qui n'ont jamais plu à Sepp Blatter. Les Russes ont de l'argent, des idées et ils aiment vraiment le sport et le football en particulier. "La Russie aime le football et le pays a tout ce qu'il faut pour que le Mondial 2018 se déroule au meilleur niveau", a d'ailleurs souligné Vladimir Poutine, confiant dans les moyens de son pays de préparer un Mondial festif et sécurisé.

Le néant qatarien

La surprise du siècle ! En choisissant de confier au Qatar l'organisation du Mondial 2022, la Fifa a fait un choix très audacieux. La petite taille du pays est potentiellement problématique du point de vue logistique, les stades sont quasiment tous à l'état de projets et la chaleur en juin et juillet étant un vrai motif d'inquiétude. Commençons par la météo. Le soleil est accablant en été et les supporters du monde entier risquent de rester confinés dans leurs hôtels ou dans les grands centres commerciaux qui poussent comme des champignons. Le Cheikh Mohammed Al-Thani entend pourtant "balayer les préjugés" : "L'une des idées reçues les plus fausses c'était que le Qatar ne pourrait pas organiser le Mondial car il fait trop chaud. Mais il y a eu différents tournois sous des climats similaires au Qatar. On a considéré aussi le Qatar comme étant un pays trop petit pour mériter d'être le centre de gravité du monde du football. Mais la Fifa a choisi de nous faire confiance." Malgré les arguments du fils de l'émir qui dirige le pays, ce premier problème rejoint le deuxième, la faible superficie du pays (11.700 km2).

Si elle est une bonne nouvelle pour les spectateurs et les médias, la proximité des stades, tous prévus dans un rayon de 50 km, risque néanmoins de poser un problème de logistique et d'organisation (notamment pour les déplacements de supporters). Si la puissance financière de l'émirat apparaît également comme une sécurité aux yeux de la Fifa et si l'inquiétude ne semble pas de mise, neuf des douze stades prévus restent ainsi à construire. Et quid des "éléphants blancs" ? Elaborer de magnifiques enceintes qui ne vont servir qu'une fois n'est pas forcément une très bonne idée, n'en déplaise à Monsieur Blatter. Enfin, les menaces terroristes de certains groupes islamistes pourraient inquiéter de nombreux touristes désireux de faire le voyage. Des islamistes ont en effet accueilli l'annonce en prédisant qu'Al-Qaïda aurait établi un "état islamique" dans le Golfe d'ici là…

Le choix discuté du Qatar, richissime émirat du Moyen-Orient, possède tout de même des avantages pour la Fifa. Il s'agit déjà d'explorer un territoire inconnu (contrairement à ses principaux concurrents, les Etats-Unis (1994), le Japon (2002) et la Corée (2002). La Fifa a voulu faire confiance à cet état pétrolier, troisième producteur de gaz au monde. Le pays, qui s'était attaché les services de Zinédine Zidane pour défendre son dossier, ne manque pas de moyens et envisage de construire des stades futuristes avec climatisation. Une assurance tous risques pour la Fifa et son président Joseph Blatter, qui, en écartant Japonais et Coréens, a ouvert la voie pour 2026 à une autre nouvelle puissance: la Chine.

Le Qatar peut également se prévaloir d'une réelle expérience dans l'organisation de grands événements sportifs, dont il s'est fait une spécialité. Il a ainsi accueilli en 1995 la Coupe du monde de football des moins de 20 ans et en 2006 les XVe Jeux Asiatiques dont le déroulement a été perçu comme le meilleur de l'histoire. Le Qatar organise également depuis 1994 un Grand Prix MotoGP et depuis 1990 un tournoi de tennis ATP. Il a en outre accueilli à Doha les Masters féminin de tennis. En 2011, il organisera la Coupe d'Asie des nations de football et les Jeux panarabes.

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