Romelu Lukaku, la revanche du Giroud des Diables

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
Romelu Lukaku (Belgique) durant Belgique - Panama

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Face à la Tunisie, la Belgique a l’occasion d’assurer sa place en huitièmes de finale, tout en confirmant qu’elle est l’un des rares favoris à tenir son rang en ce début de Coupe du monde. Tenir son rang, Romelu Lukaku fait même mieux que ça. L’attaquant des Diables Rouges a déjà frappé deux fois dans ce Mondial pour, une fois de plus, fait taire toutes les critiques à son encontre.

La France a Olivier Giroud, la Belgique a Romelu Lukaku. Plus que n’importe quel poste, difficile de faire l’unanimité quand on est avant-centre, à fortiori d’une grande nation du football. Giroud en sait quelque chose, lui qui a prouvé en deux matches de Coupe du monde que sa présence dans le onze des Bleus n’a rien d’une hérésie. « Big Rom » au moins autant. L’attaquant de Manchester United n’a eu de cesse de subir les critiques depuis le début de sa carrière, en club comme en sélection. Après un premier exercice globalement abouti chez les Red Devils, il confirme cette fois avec la Belgique toute son importance dans le jeu de sa nation.

La victoire 3-0 des Diables Rouges contre le Panama pour leur entrée en lice porte ainsi le sceau de Lukaku, le baromètre de la performance de l’équipe de Roberto Martinez. Invisible en première période, à l’image d’une équipe d’Outre-Quiévrain cadenassée en première période, le joueur de 25 ans s’est réveillé après la pause. Résultat, un but de renard sur un caviar de Kevin De Bruyne et une conclusion clinique sur une contre-attaque supersonique, toute la palette du joueur résumée en 45 minutes pour un succès finalement serein.

Je ne sais pas pourquoi certaines personnes en Belgique veulent que j’échoue

"En première période, il se cachait un peu là-bas tout seul (devant), lâchait la star belge Eden Hazard après la rencontre, comme frustré de ne pas avoir eu plus de Lukaku. Même si on a des bons joueurs, ce n’est pas facile de jouer avec un joueur en moins. Et une fois qu’il a été là, impliqué dans le jeu, comme par magie, il a mis deux buts." La critique peut sembler sévère. Mais elle en dit long sur toute l’importance du numéro 9 pour le 3e du classement Fifa.

De toute façon, Lukaku a l’habitude. Les critiques, les difficultés, tout ça fait partie de l’histoire du natif d’Anvers avec le ballon rond. "Après sa saison la plus prolifique, Romelu Lukaku va-t-il enfin mettre tout le monde d'accord ?"titrait ainsi la RTBF sur son site internet le 25 mai dernier. Pas assez précis, trop peu impliqué dans le jeu, inconstant… Autant de reproches souvent attachés au colosse depuis ses débuts en pro à tout juste 16 ans avec Anderlecht. "Je ne sais pas pourquoi certaines personnes en Belgique veulent que j’échoue, explique-t-il dans un article captivant publié sur The Players Tribune, il y a quelques jours. Je ne comprends vraiment pas. Quand je suis parti à Chelsea et que je ne jouais pas, je les entendais se moquer de moi. Quand j’ai été prêté à West Bromwich, je les ai entendus se moquer de moi."

La misère de son passé comme source de sa force actuelle

Mais les mots, même durs, ne l’ont pas empêché de grandir, inlassablement. Cette attitude, Lukaku la puise dans son passé dont on ignorait beaucoup jusqu’à il y a encore peu et cette tribune touchante. Car le grand gaillard a surtout connu l’extrême misère dans son enfance, quand la nourriture et l’électricité manquaient au quotidien, ou encore quand les parents de ses adversaires en jeunes réclamaient de vérifier son âge et ses origines. Des coups durs qui lui ont fait le cuir, une de ses principales forces aujourd’hui. "Je savais que nous étions en train de lutter. Mais quand ma mère a mélangé le lait avec de l’eau, j’ai compris que c’était fini. Vous comprenez ce que je veux dire ? C’était notre vie. Les gens du football adorent parler de la force mentale. Alors, je suis le plus fort mentalement que tu rencontreras."

Alors malgré les critiques, le buteur s’est imposé comme une des plus solides références à son poste. Ses chiffres en équipe nationale en attestent. 70 sélections pour 38 pions, soit un tous les deux matches environ. Le ratio est encore plus fou depuis quelques semaines avec 15 réalisations sur ses dix derniers matches avec les Diables Rouges. "Pour être le meilleur au monde, ce serait bien de marquer un nombre absurde de buts", annonçait-il durant la préparation des Belges. Le meilleur buteur de l’histoire de la sélection pourrait même devenir le Belge le plus prolifique en compétitions internationales, lui qui n’est plus qu’à une longueur de Jan Ceulemans et ses 6 buts.

"Je m’amuse, je prends plaisir, se réjouit-il. Comme les autres. Je ne suis pas le seul à profiter de cette situation. On est tous heureux dans le groupe. On n’a jamais marqué autant que maintenant." Contre la Tunisie, accrocheuse contre l’Angleterre lors de la première journée, la Belgique espérera confirmer ses bons débuts, et devra sans doute compter pour cela sur un Lukaku au rendez-vous. Histoire de faire taire au passage quelques médisants de plus.

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