Des supporteurs du Dynamo Moscou...
Des supporteurs du Dynamo Moscou... | AFP

Racisme : l’inquiétude grandit pour le Mondial 2018 en Russie

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A six mois de la Coupe du monde qui se déroulera en Russie (du 14 juin au 14 juillet), un nouvel incident raciste vient alimenter les craintes de débordements de ce genre l’été prochain. Cette fois, c’est un joueur des Espoirs du club de Liverpool, l’Anglais Rhian Brewster, qui a été victime d’injures racistes. Victime lui aussi de faits similaires, Yaya Touré avait fait part de son inquiétude et la création d'un "passeport du fan" risque d'être insuffisant face à l'étendue du problème.

Lors d’un match de Youth League (la Coupe d’Europe des moins de 19 ans) mercredi face au Spartak Moscou, Rhian Brewster a été insulté par un joueur adverse. L’international anglais des moins de 17 ans s’en est plaint auprès de l’arbitre M. Mohammed Al-Hakim et le club de Liverpool en a fait de même auprès de l’UEFA. L’association qui milite contre le racisme dans les stades de football « Kick It », s’est dit « horrifiée » par les allégations et a demandé à l’UEFA de se montrer ferme sur les problèmes de racisme.

L’UEFA attendue au tournant

« C’est extrêmement inquiétant pour cette organisation (l’UEFA) qu’un nouvel incident de racisme se produise avec l’implication d’un club russe, particulièrement avant le Mondial 2018 », s’est inquiété l’association. En septembre dernier déjà, des supporteurs du Spartak s’en étaient pris à l’attaquant nigérian Bobby Adekanye au travers de chants et gestes à caractère raciste. L’UEFA avait alors condamné le club à une sanction ridicule, soit une simple fermeture partielle des tribunes de leur prochain match de Youth League…

Plus de 100 incidents en deux ans

C’est loin d’être la première de ce genre en Russie et le racisme a été totalement banalisé depuis de nombreuses des décennies. Plus de 100 incidents à caractère raciste impliquant le football russe ont été recensés par l'organisation "Fare network" (Football Against Racism in Europe) entre 2014 et 2016. Selon l'organisation indépendante russe SOVA, il y a eu 89 incidents racistes ou extrémistes pour la seule saison 2016-2017 en Russie.

Un club comme le Zenit Saint-Petersbourg, qui compte parmi ses supporters un certain Vladimir Poutine, est fortement influencé par une frange extrémiste et ultra-nationaliste de ses fans. « Je serais heureux de faire signer n’importe qui, mais les supporteurs n’aiment pas les joueurs noirs », avait déclaré en 2008, l’entraîneur de l’époque Dick Advocaat. Dans ce même entretien accordé au Daily Telegraph, le coach néerlandais avait précisé que « les fans sont le bien le plus précieux du Zenit » et que la première question qu’ils posent lorsque le club veut recruter un joueur est celle-ci : « Est-il noir ? »….

Yaya Touré propose ses services

En octobre dernier, Yaya Touré avait fait part de sa vive inquiétude sur la situation et la menace qui planait sur le prochain Mondial. Lui-même victime de chants racistes de fans russes lors d’un match entre Manchester City et le CSKA Moscou en 2013, l’ancien capitaine de la Côte d’Ivoire craint « un gros bordel » lors du grand rendez-vous de juin prochain. "Tout le monde dit que c’est compliqué en Russie mais j’espère que les Russes vont nous surprendre en faisant bien les choses", avait-il indiqué, proposant ses services " à la Fifa ainsi qu’au gouvernement russe (…) s’ils ont besoin d’aide. Je n’ai pas juste envie d’agir à travers des paroles. Je veux des actes et des vraies personnes ", avait-il lancé.

Un « Fan-ID »

Faisant également face au problème des « fights », ces bagarres générales organisées entre supporteurs, la Russie a d’ores et déjà mis en place quelques mesures. La création d’un « Fan-ID », ou passeport du supporter, devrait notamment permettre d’écarter les supporteurs indésirables. Mais le problème du racisme est tellement important en Russie, qu’une telle mesure risque d’être insuffisante. Soucieuse de soigner son image sur le plan international, la Russie va sans doute devoir se pencher plus sérieusement encore sur ce très grave problème de société.

Romain Bonte